Longtemps, François Jaulin a navigué entre deux univers que tout semblait opposer : celui des mathématiques abstraites et celui du chevet du malade. Après une classe préparatoire scientifique et des études supérieures en sciences fondamentales, il s’engage dans la recherche et l’enseignement des mathématiques, notamment la théorie des jeux et les probabilités à l’université Dauphine. « J’adorais enseigner, j’adorais transmettre. Mais la recherche, très solitaire, m’a aussi amené à me poser de grandes questions sur ma vie », confie-t-il.
Ces interrogations le conduisent, presque par hasard, vers la médecine. Une passerelle lui permet d’intégrer directement la troisième année à Paris-VI. Rapidement, il se retrouve au contact des patients, notamment en cardiologie. « Je voulais savoir tout de suite si j’étais capable de tenir le coup, de supporter la souffrance, voir le sang, résister au stress de l’urgence. Et j’ai compris que oui », raconte-t-il.
Ces interrogations le conduisent, presque par hasard, vers la médecine. Une passerelle lui permet d’intégrer directement la troisième année à Paris-VI. Rapidement, il se retrouve au contact des patients, notamment en cardiologie. « Je voulais savoir tout de suite si j’étais capable de tenir le coup, de supporter la souffrance, voir le sang, résister au stress de l’urgence. Et j’ai compris que oui », raconte-t-il.
La découverte d’un angle mort de la médecine
D’abord attiré par la psychiatrie, son orientation bascule lors d’un stage marquant en réanimation. Confronté à l’intensité de la prise en charge vitale, François Jaulin choisit cette spécialité, qu’il complète par l’anesthésie. Il y découvre une médecine concrète, qu’il qualifie volontiers d’« opérationnelle ». « L’anesthésie, c’est une médecine du contact et de l’action : on touche le patient, on injecte les médicaments, on prend des décisions critiques en temps réel. On ne se contente pas de prescrire, on interagit directement avec le corps humain, la vie des personnes, avec des conséquences quasi immédiates », explique-t-il.
Mais derrière la passion du métier émerge une inquiétude profonde. Dans les services, il observe des erreurs, des décès évitables, des dysfonctionnements trop souvent attribués à la gravité des cas. « Je me disais : “si c’était ma mère, est-ce que ça se passerait de la même manière ?” Et le fait même de se poser cette question montre qu’il y a un problème », confie-t-il. L’hôpital lui semble dépendre excessivement des individus, dont la performance peut être très variable dans le temps, selon la fatigue, le stress, la capacité à coopérer. « On nous enseigne la physiologie, la pathologie, la thérapeutique… mais rien sur la façon de dispenser le soin, qui est intimement fonction de la fatigue, des biais cognitifs, de la communication, du travail en équipe », ajoute l’ancien mathématicien. Peu à peu, il se convainc que la médecine ne peut progresser qu’en intégrant les sciences du fonctionnement humain et organisationnel.
Mais derrière la passion du métier émerge une inquiétude profonde. Dans les services, il observe des erreurs, des décès évitables, des dysfonctionnements trop souvent attribués à la gravité des cas. « Je me disais : “si c’était ma mère, est-ce que ça se passerait de la même manière ?” Et le fait même de se poser cette question montre qu’il y a un problème », confie-t-il. L’hôpital lui semble dépendre excessivement des individus, dont la performance peut être très variable dans le temps, selon la fatigue, le stress, la capacité à coopérer. « On nous enseigne la physiologie, la pathologie, la thérapeutique… mais rien sur la façon de dispenser le soin, qui est intimement fonction de la fatigue, des biais cognitifs, de la communication, du travail en équipe », ajoute l’ancien mathématicien. Peu à peu, il se convainc que la médecine ne peut progresser qu’en intégrant les sciences du fonctionnement humain et organisationnel.
La naissance de Facteurs Humains en Santé
En 2017, François Jaulin cofonde Facteurs Humains en Santé. L’objectif : adapter au monde hospitalier les méthodes scientifiques éprouvées dans des secteurs à haut risque comme l’aéronautique, le nucléaire ou le contrôle aérien. L’association réunit des médecins, des infirmiers, des ergonomes, des sociologues, des ingénieurs ou encore des spécialistes de la sécurité industrielle. Pour François Jaulin, cette diversité est une « richesse unique », qui permet « de regarder les soins et l’organisation des soins autrement. »
L’association produit des recommandations avec les sociétés savantes comme la SFAR (Société française d’anesthésie et de réanimation) ou la SFMU (Société française de médecine d’urgence), met en œuvre des travaux dans le cadre d’un partenariat avec la Haute Autorité de santé, organise des congrès, anime la chaîne YouTube Les Enfants du Facteur, et diffuse une culture de la sécurité centrée sur l’analyse des systèmes plutôt que sur la culpabilisation individuelle. « Son but est de réduire les événements indésirables évitables en améliorant la communication, le leadership, l’ergonomie et la prise de décision en situation complexe », résume l’anesthésiste-réanimateur.
L’association produit des recommandations avec les sociétés savantes comme la SFAR (Société française d’anesthésie et de réanimation) ou la SFMU (Société française de médecine d’urgence), met en œuvre des travaux dans le cadre d’un partenariat avec la Haute Autorité de santé, organise des congrès, anime la chaîne YouTube Les Enfants du Facteur, et diffuse une culture de la sécurité centrée sur l’analyse des systèmes plutôt que sur la culpabilisation individuelle. « Son but est de réduire les événements indésirables évitables en améliorant la communication, le leadership, l’ergonomie et la prise de décision en situation complexe », résume l’anesthésiste-réanimateur.
Changer la médecine de l’extérieur
Pour se consacrer pleinement à ce combat, François Jaulin renonce en 2019 à plusieurs bourses qu’il avait obtenues pour des projets de recherches en biologie computationnelle et analyse transcriptomique. « La question des décès évitables m’habitait profondément. Les autres sujets étaient stimulants intellectuellement, mais ils n’étaient pas autant porteurs d’engagement », explique-t-il. Il choisit également de ne pas s’installer durablement dans un service hospitalier. Selon lui, « certaines transformations ne peuvent se faire que depuis l’extérieur », en créant des outils et une culture capable d’irriguer les institutions.
Dans cette logique, il coordonne avec Régis Fuzier le premier ouvrage collectif dédié aux facteurs humains en santé, écrit avec une soixantaine d’experts du sujet. Il cofonde également en 2019 la Patient Safety Database, une plateforme où les soignants partagent anonymement les incidents et presque-accidents, pour éviter que cela n’arrive à d’autres et pour apprendre collectivement. « C’est un peu comme Waze, mais pour l’hôpital », sourit-il. Avec SafeTeam Academy qu’il fonde avec Frédéric Martin, il développe un nouveau format de simulation, la vidéo-simulation immersive, pour pouvoir former massivement les soignants aux compétences non techniques essentielles à la sécurité des soins.
Dans cette logique, il coordonne avec Régis Fuzier le premier ouvrage collectif dédié aux facteurs humains en santé, écrit avec une soixantaine d’experts du sujet. Il cofonde également en 2019 la Patient Safety Database, une plateforme où les soignants partagent anonymement les incidents et presque-accidents, pour éviter que cela n’arrive à d’autres et pour apprendre collectivement. « C’est un peu comme Waze, mais pour l’hôpital », sourit-il. Avec SafeTeam Academy qu’il fonde avec Frédéric Martin, il développe un nouveau format de simulation, la vidéo-simulation immersive, pour pouvoir former massivement les soignants aux compétences non techniques essentielles à la sécurité des soins.
De l’hôpital à l’espace
Curieux insatiable, François Jaulin se spécialise également en médecine aérospatiale. Il se forme à l’Agence spatiale européenne sur la médecine spatiale, participe à des vols en microgravité et participe au groupe SFAR Espace fondé par Seamus Thierry, dédié à l’anesthésie-réanimation pour les missions spatiales. Cette curiosité pour l’exploration et les environnements extrêmes reflète le même esprit qui l’anime dans la sécurité des soins : comprendre des systèmes complexes pour mieux protéger les personnes exposées aux risques.
Aujourd’hui, à 40 ans, François Jaulin s’apprête à passer le relais à la tête de Facteurs Humains en Santé, avec le souci d’inscrire l’association dans la durée. « L’enjeu est que ce que nous avons construit continue à protéger les patients, indépendamment de ceux qui l’ont initié », souligne-t-il. Une ambition à l’image de son parcours : collective, exigeante et profondément humaniste, tournée vers une médecine à la fois plus sûre et plus équitable.
> Article paru dans Hospitalia #72, édition de février 2026, à lire ici
Aujourd’hui, à 40 ans, François Jaulin s’apprête à passer le relais à la tête de Facteurs Humains en Santé, avec le souci d’inscrire l’association dans la durée. « L’enjeu est que ce que nous avons construit continue à protéger les patients, indépendamment de ceux qui l’ont initié », souligne-t-il. Une ambition à l’image de son parcours : collective, exigeante et profondément humaniste, tournée vers une médecine à la fois plus sûre et plus équitable.
> Article paru dans Hospitalia #72, édition de février 2026, à lire ici








