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Hygiène

« Panique à l’hôpital », l’initiative ludique du CHU de Limoges


Rédigé par Joëlle Hayek le Lundi 28 Mars 2022 à 12:02 | Lu 1646 fois


Quelques mois avant la crise Covid, l’Équipe Opérationnelle d’Hygiène (EOH) du CHU de Limoges avait imaginé « Panique à l’hôpital », un jeu de plateau portant sur la gestion d’une infection à risque épidémique et la prévention de l’antibiorésistance. Pour en savoir plus, nous avons rencontré les Docteurs Nathalie Pestourie, responsable de l’EOH, et Camille Bataille, qui est à l’origine de cette initiative et est désormais en poste au CHU de Bordeaux.



©CHU de Limoges
©CHU de Limoges
Pourriez-vous, pour commencer, nous présenter l’EOH du CHU de Limoges ?
Dr Nathalie Pestourie : Intégrée au service de bactériologie, virologie et hygiène de l’établissement, celle-ci est composée d’un praticien hospitalier à temps plein – en l’occurrence moi-même –, d’un Maître de conférence des universités praticien hospitalier (MCU-PH), d’un assistant spécialiste partagé avec le CPias Nouvelle-Aquitaine, poste occupé jusqu’en octobre dernier par Camille Bataille qui a depuis rejoint le CHU de Bordeaux, de trois infirmiers Diplômés d’État, et d’une conseillère en vie sociale et familiale travaillant, notamment, à la prévention du risque infectieux dans les fonctions support. L’Équipe Opérationnelle d’Hygiène intervient sur les cinq sites du CHU de Limoges. Pour ma part, j’interviens également sur les CH de Saint-Junien et de Saint-Yrieix-la-Perche (direction commune avec le CHU de Limoges) dans le cadre d’un pôle inter-établissements, et je suis responsable d’une l’Équipe Mobile d’Hygiène (EMH), plus particulièrement dédiée à l’accompagnement des EHPAD de la Haute-Vienne.

Lors du dernier congrès de la SF2H en octobre dernier, vous aviez présenté « Panique à l’hôpital », un jeu sérieux développé en interne. Pourriez-vous nous en parler ?
Dr Camille Bataille : Celui-ci est né dans le cadre de la Semaine de Sécurité du Patient (SSP) de novembre 2019, alors organisée sur le thème de la résistance aux antibiotiques. Nous cherchions une idée novatrice pour à la fois répondre à cette problématique et y sensibiliser nos équipes. Or, quelque temps auparavant, lors de la Nuit européenne des chercheurs, j’avais participé avec l’Université de Limoges au développement d’un jeu destiné aux collégiens et lycéens. L’idée d’un jeu de plateau traitant de l’antibiorésistance, et plus globalement de la prévention des infections associées aux soins (IAS), s’est donc rapidement imposée. Nous avions imaginé quatre scénarios mais seuls deux avaient finalement été proposés : la grippe et la pneumopathie acquise sous ventilation mécanique. Le format du jeu et son aspect visuel – très réussi et qui représente les différents secteurs de l’hôpital – ont été travaillés avec le service communication du CHU. Il a ensuite été proposé durant quatre après-midis de la SSP, pour des sessions qui duraient environ 20 minutes. 64 soignants y ont participé, avec des retours très positifs.

En quoi consiste plus concrètement ce jeu pédagogique ?
Dr Camille Bataille : Tout commence avec une fiche décrivant le cas clinique d’un patient hospitalisé et présentant des signes d’IAS. L’objectif est donc de découvrir de laquelle il s’agit, avec quel agent infectieux et par quel mode d’infection, en se déplaçant sur le plateau à l’aide d’un dé pour obtenir des indices. Des cases marquées « ? » permettent de découvrir un indice supplémentaire en répondant à des questions sur la résistance aux antibiotiques, sensibilisant par l’occasion les joueurs à cet enjeu de santé publique. Une fois la partie terminée, ceux-ci se rendent à « l’unité hygiène » du jeu pour déterminer les précautions standard et complémentaires à mettre en place pour prévenir la transmission croisée de l’agent infectieux concerné.

Dr Nathalie Pestourie : Le jeu a vraiment eu beaucoup de succès, tant au niveau esthétique que par l’échange créé. Il est en outre adaptable et réutilisable à souhait par d’autres équipes, en modifiant par exemple les questions des cases « ? » ou en élargissant les scénarios à d’autres événements indésirables associés aux soins. Très ludique, ce format peut donc se révéler intéressant pour diffuser des messages clés contribuant à la qualité et la sécurité des soins. Nous envisagions d’ailleurs d’évaluer son impact sur les connaissances des personnels, mais cet objectif a été quelque peu laissé de côté avec l’arrivée de la crise épidémique. Cela dit, une fois la situation revenue à la normale, nous aimerions mieux le faire connaître et en faire bénéficier d’autres équipes et d’autres établissements.

Justement, quel regard portez-vous sur l’épidémie en tant que spécialistes de l’hygiène hospitalière ?
Dr Nathalie Pestourie : Le virus a eu un impact positif sur notre spécialité, dans le sens où l’hygiène des mains s’est systématisée dans les secteurs sanitaire et médico-social ; même les résidents en EHPAD la mettent en œuvre.  Le port du masque est partout entré dans les mœurs, du moins le masque chirurgical qui est également largement porté à l’extérieur de l’hôpital ; cela est encore un peu difficile pour les mesures de protection respiratoire spécifiques à nos activités, comme le port du FFP2. Il faudra, naturellement, voir ce qui en restera une fois la crise terminée. J’espère en tout cas que le Covid aura suffisamment désacralisé le port du masque pour que celui-ci devienne un geste naturel, en particulier lors de symptômes respiratoires ou pour réaliser un soin rapproché. Sur un autre registre, j’ai également constaté que mes étudiants en première année des disciplines médicales et paramédicales sont plus au fait que leurs prédécesseurs sur certaines questions, comme justement les masques, les mesures barrière, le contact tracing, les solutions hydro-alcooliques… Ils arrivent désormais avec un certain bagage, ce qui nous aide beaucoup.

Dr Camille Bataille : La crise a également eu un impact positif pour la prévention des BHRe : elle a ainsi permis aux soignants de mieux comprendre les concepts de porteur asymptomatique, de contact tracing, etc. Ce sont des enjeux essentiels pour prévenir et maîtriser la diffusion de ces micro-organismes. Nous y travaillions depuis déjà plusieurs années mais il subsistait quelques freins. Ils ont dans une certaine mesure été levés avec le Covid : les soignants sont plus réceptifs à ces notions, ils peuvent faire des parallèles entre la gestion du SARS-CoV2 et celle des BHRe. Cela dit, plusieurs établissements constatent une diminution des BHRe lors des vagues Covid, puis une inversion une fois le pic épidémique passé. Cette tendance est probablement à mettre en regard avec un meilleur respect des mesures barrière durant ces périodes. Elle n’en doit pas moins être mesurée et objectivée.

Pour en revenir à l’antibiorésistance : où en sommes-nous aujourd’hui ?
Dr Nathalie Pestourie : L’épidémie a sans doute eu un impact négatif sur le bon usage des antibiotiques, même si l’on n’en mesure pas encore l’impact : aujourd’hui encore, des antimicrobiens sont prescrits en cas de suspicion de Covid, alors que cela n’est pas recommandé. Lorsque la crise se sera calmée, il faudra probablement remettre la question de l’antibiorésistance sur le devant de la scène. Il sera à mon sens également nécessaire de reprendre la gestion des excrétas, autre grande oubliée de ces deux dernières années. La mission MATIS du RéPias a d’ailleurs proposé à ce sujet une boîte à outils très intéressante, mais celle-ci n’avait pas pu être mise en œuvre correctement. Peut-être faudra-t-il la promouvoir à nouveau, avec les autres boîtes à outils MATIS, d’autant que l’hygiène hospitalière est aujourd’hui mieux identifiée au sein des établissements de santé.

Qu’entendez-vous par là ?
Dr Camille Bataille : Depuis la crise sanitaire, les directions hospitalières, les soignants, connaissent mieux leur EOH et sont plus réceptifs à nos messages. Encore faudrait-il que nous ayons suffisamment de moyens pour pouvoir faire un réel travail de fond, sans nous en tenir uniquement à la gestion ponctuelle d’une situation de crise – même si nous savons répondre à ce type de problématique. Mettre en œuvre une véritable politique de prévention des IAS nécessite des investissements à la hauteur des enjeux. Or le contexte est difficile pour l’hygiène hospitalière, comme pour toutes les autres spécialités médicales.

Dr Nathalie Pestourie : Cela dit, et même si notre spécialité est mieux reconnue, nous devrons poursuivre la réflexion pour continuer de trouver de bons axes de communication, en particulier auprès de la communauté médicale qui, en comparaison des paramédicaux, est plus demandeuse de données scientifiques. Or l’hygiène hospitalière n’est pas aussi dogmatique : des preuves existent en ce qui concerne l’efficacité des mesures barrière, mais elles ne sont pas chiffrées. Nous savons tous qu’il est plus sûr de réaliser une intervention chirurgicale au bloc opératoire plutôt que sur le parvis de l’hôpital. Pour autant, il ne viendrait à l’esprit de personne de mettre en place un essai comparatif entre ces deux méthodes…

Évoquons, pour terminer, une autre réflexion en cours au sein de votre spécialité : l’éco-responsabilité. Que pouvez-vous nous en dire ?
Dr Nathalie Pestourie : Cette tendance de fond date d’avant le Covid et doit se poursuivre puisqu’il s’agit, après tout, d’un enjeu d’avenir qui dépasse les seuls hygiénistes. Depuis quelques décennies, les produits à usage unique se sont généralisés à l’hôpital, mais sont-ils véritablement nécessaires partout ? Ils sont par exemple justifiés pour la gestion des excrétas, où le risque infectieux est important. Mais pour d’autres activités, il est possible de recourir à des produits réutilisables, comme les sur-blouses en tissu – sous réserve de pouvoir les traiter correctement en blanchisserie. De la même manière, le recours systématique aux solutions désinfectantes pour l’entretien des locaux doit être repensé, en privilégiant des produits justement plus écoresponsables, comme un lavage à la microfibre et à l’eau. Un réajustement est nécessaire, d’autant que la crise l’a souligné avec encore plus d’acuité : la prévention des risques infectieux ne doit pas faire l’impasse sur celle des risques environnementaux.

Article publié dans l'édition de février 2022 d'Hospitalia à lire ici.
 






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