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Quand l’hôpital devient le terrain de jeu des innovateurs


Rédigé par Aurélie Pasquelin le Lundi 13 Décembre 2021 à 09:21 | Lu 1510 fois


Partenariats, développements internes, essais cliniques collaboratifs… Les hôpitaux s’impliquent plus que jamais dans l’accompagnement des innovations, créant même, pour certains, des structures de coopération inédites ouvertes aux acteurs de leur territoire. Exemples avec l’hôpital Foch de Suresnes, le CHU de Toulouse et le CHU de Bordeaux.



Alors que se dessine le visage de l’hôpital de demain, tourné vers le numérique et l’innovation, plusieurs établissements ont décidé d’accélérer son avènement. Ils sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à repenser leurs liens avec les innovateurs et à accompagner leurs démarches, nouant des partenariats ambitieux, menant des essais cliniques et engageant, plus globalement, une réflexion transversale sur la place et les apports des nouvelles technologies. À l’hôpital Foch de Suresnes, par exemple, l’équipe dirigeante a souscrit plusieurs conventions avec des partenaires extérieurs, y compris des incubateurs de start-ups.

« Ces accords offrent un système gagnant-gagnant : le développeur de la technologie peut tester en conditions réelles, tandis que nous avons gratuitement accès à son outil pour un temps donné », détaille Thibault Dautremer, chef de projets e-santé. Ce dernier travaille ainsi déjà avec plusieurs sociétés et éditeurs pour développer des programmes et outils. Pour aller plus loin, l’Hôpital Foch a également créé, avec le RESAH, un Centre d’innovation des Dispositifs Médicaux. Opérationnelle depuis début 2021, cette structure offre un accompagnement en market access, recherche clinique et médico-économique. « L’objectif est de favoriser l’accès à l’innovation pour tous les acteurs, tout en participant à l’amélioration de la compréhension des industriels sur l’environnement réglementaire et commercial », poursuit Line Farah, responsable du Centre.
 

Le CHU de Toulouse et Innov’Pôle Santé

Dans la même veine, le Centre Hospitalier Universitaire de Toulouse a lancé, le 22 octobre 2019, Innov’pôle Santé (IPS), une plateforme d’accélération de l’innovation technologique et organisationnelle. Récompensée par le prix de l’attractivité médicale 2020 de la Fédération Hospitalière de France (FHF), l’initiative regroupe l’ensemble des acteurs régionaux dont le CHU, la Métropole, la Région, les pôles de compétitivité, ou encore l’Université. « IPS fédère un écosystème dédié à la santé qui n’existe nulle part ailleurs », commente Marc Peneaud, directeur général du CHU de Toulouse et président-fondateur d’Innov’pôle Santé. « C’est une structure originale, qui enregistrait au printemps 2021 plus de 130 sollicitations », ajoute Sophie Depoutre, responsable d’IPS au sein du CHU.
 

Un lien avec les entreprises…

IPS, qui a aujourd’hui accompagné une soixantaine de projets, permet notamment « d’accélérer des phases qui peuvent être lourdes », indique Sophie Depoutre. En pratique, les industriels ou les porteurs de projets sollicitant la plateforme sont sélectionnés par commission et, le cas échéant, bénéficient d’une évaluation via des essais cliniques, une expertise, des prototypes, des preuves de concept… « Le dispositif s’adapte en fonction des besoins de chacun », ajoute la responsable, citant par exemple les tests réalisés autour de prothèses mammaires externes personnalisées, adaptées à la couleur de peau de la personne : « Une start-up toulousaine a développé ces prothèses qui sont actuellement comparées à d’autres dans un essai clinique mené en partenariat avec le Pr Charlotte Vaysse, chirurgien spécialisée dans le cancer du sein ». Un « projet de collaboration typique : la société apporte la technologie, nous l’expertise », résume-t-elle. Et le succès est au rendez-vous : le rayonnement d’IPS dépasse désormais les frontières de la région Occitanie. 44 % des projets accompagnés proviennent d’autres territoires, dont 1/5 hors de France.
 

… mais aussi un accompagnement des projets internes

Mais l’originalité d’IPS, c’est aussi l’accompagnement proposé, en interne, aux médecins et soignants porteurs d’innovations. Une approche qui s’appuie sur un partenariat noué avec le Y.spot du Centre de l’Énergie Atomique (CEA), qui dispose d’une équipe dédiée à l’innovation en santé. « Cette collaboration est particulièrement précieuse et originale, puisque le CEA et le CHU s’allient ici pour développer et tester de nouvelles technologies », ajoute Sophie Depoutre. Parmi les premiers projets en cours, citons notamment la réalisation d’un prothèse bronchique bioresorbable, effectuée en lien avec un pneumologue du CHU. « Pour l’instant, le partenariat porte sur l’ensemble de la démarche, depuis la conception jusqu’à la phase prothèse. Nous ferons ensuite le lien avec d’autres acteurs d’IPS pour réfléchir à des développements à plus grande échelle », indique la responsable en insistant sur la nécessité « d’accompagner les projets internes pour répondre plus concrètement à l’activité médicale ».
 

À Bordeaux, le tout nouveau Cercle de l’innovation

Ce constat a également été posé par d’autres établissements, dont le CHU de Bordeaux qui a lancé, en novembre dernier, son Cercle de l’innovation. « Nous disposions d’un parcours assez bien fléché pour développer la recherche médicale, mais pas forcément pour l’innovation. Nous avons donc constitué le Cercle de l’innovation pour mieux identifier les innovateurs présents au sein du CHU et faciliter leurs démarches », raconte Yann Bubien, le directeur général du CHU de Bordeaux, lui-même à l’origine de cette initiative. « La première semaine, nous avons effectué un recensement interne et le résultat a été édifiant : en envoyant un seul mail, nous avons reçu plus d’une centaine de propositions de soignants », poursuit le directeur, mettant ainsi en évidence « la nécessité de disposer d’un guichet unique ». S’attachant à accompagner les projets tant sur les plans techniques que juridiques, ce Cercle ambitionne donc d’être une porte d’entrée pour les professionnels de santé, mais aussi de faire le lien avec les start-ups du territoire, qui peuvent non seulement prendre part au développement des projets, mais aussi présenter leurs propres idées lors de réunions dédiées.
 

Une dynamique appelée à s’accélérer

Loin de s’en arrêter là, le CHU de Bordeaux compte également profiter de la prochaine restructuration de ses locaux pour créer un espace dédié à l’innovation au sein-même de l’hôpital Saint-André. « Regroupant des sessions de formation, un espace coworking et une zone d’accueil des start-ups, ce lieu situé au centre-ville de Bordeaux sera un atout indéniable pour notre CHU, ajoute Yann Bubien. Il y a une vraie demande pour ce type de projets, de la part des entrepreneurs comme des professionnels de santé, qui y voient l’occasion d’élargir leurs activités ». Ce constat, et plus largement la nécessité pour l’hôpital de mieux s’ouvrir sur l’extérieur, semblent de plus en plus partagés car « ils bénéficient à tous, dont les patients qui ont rapidement accès aux dernières innovations », indique Sophie Depoutre. Gageons que ces initiatives continueront d’essaimer, d’autant qu’elles s’inscrivent « dans la construction de la médecine du futur, en contribuant à la transformation du système de santé actuel en un système centré sur les parcours de soins et qui se nourrit de tout ce que la technologie a à lui offrir, mais aussi de l’innovation sous toutes ses formes », conclut-elle.

Article publié dans l'édition de septembre 2021 d'Hospitalia à lire ici.






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