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Outils numériques : après la technologie, quid des usages ?


Rédigé par Aurélie Pasquelin le Lundi 11 Avril 2022 à 10:00 | Lu 2561 fois


Devenu un composant incontournable des organisations sanitaires, le numérique s’est matérialisé à travers tout un panel d’outils désormais au cœur des pratiques professionnelles, tous secteurs et toutes spécialités confondus. Ces derniers mois, les initiatives se sont multipliées partout en France pour intégrer de nouveaux services et en faciliter l’usage.



Si les années 2000 ont marqué l’émergence massive des technologies numériques et leur adoption progressive par le monde de la santé, force est de constater que les années 2020 seront celles de leur intégration aux pratiques professionnelles. Véritable accélérateur de cette tendance à laquelle plus aucun établissement n’échappe désormais, la crise sanitaire aura été le vecteur de nombreuses innovations et surtout appropriations, en témoignent les succès des applications de prise de rendez-vous en ligne et de téléconsultation. Une dynamique que les pouvoirs publics s’attachent désormais à consolider au travers du Ségur Numérique, des programmes SUN-ES, ESMS numérique ou encore de la stratégie d’accélération du numérique en santé.
 

Claire Lenain, directrice Territoires et expérience clients de l’ Agence du Numérique en Santé. ©DR
Claire Lenain, directrice Territoires et expérience clients de l’ Agence du Numérique en Santé. ©DR

Faciliter le partage d’informations

« Plus qu’un frisson, on assiste aujourd’hui à un véritable engagement en faveur de la e-santé », constate avec joie le Dr Jean-François Roch, directeur médical et e-santé du Dispositif d’Appui à la Coordination de Franche-Comté (DAC-FC). Accompagnant les parcours complexes (voir encadré), le DAC-FC s’est depuis longtemps doté d’outils numériques facilitant ses suivis. « La e-santé est un atout indéniable pour coordonner les parcours, car elle offre la possibilité de partager des données de manière sécurisée entre les personnes compétentes, professionnels du soin, du médico-social et même du social », poursuit le médecin qui avait déjà créé, il y a 15 ans, un premier outil de partage de données avec d’autres professionnels de son secteur.

« Les outils numériques sont des vecteurs de dialogue. Ils s’inscrivent donc totalement dans une dynamique territoriale forte et cohérente, et permettent d’apporter les meilleures solutions aux patients qui, suivis de manière plus efficace, sont dès lors plus confiants », ajoute Jean-François Roch en partageant sa vision d’une technologie synonyme de liens, qui favorise les échanges interprofessionnels, renforce la coordination entre les différentes structures de soins et facilite, par là même, « les passages à l’hôpital et les retours à la ville ».
 

Le Dr Jean-François Roch, directeur médical et e-santé du Dispositif d’Appui à la Coordination de Franche-Comté. ©DR
Le Dr Jean-François Roch, directeur médical et e-santé du Dispositif d’Appui à la Coordination de Franche-Comté. ©DR

Plusieurs outils issus des programmes nationaux

Un constat assurément partagé par les pouvoirs publics qui, ces dernières années, ont piloté plusieurs chantiers, parmi lesquels l’on peut évoquer les Messageries Sécurisées de Santé, le Dossier Médical Partagé, les expérimentations e-parcours et plus récemment Mon Espace Santé ou encore l’Identité Nationale de Santé (INS). Portées par des programmes nationaux, ces différentes initiatives s’implantent progressivement dans les usages des établissements et des professionnels de santé. « En stockant des documents de santé tels que les synthèses médicales, les comptes-rendus de biologie, de radiologie ou d’hospitalisation, le DMP s’intègre totalement dans une démarche de facilitation de la coordination des soins », détaille Claire Lenain, directrice Territoires et expérience clients de l’Agence du Numérique en Santé (ANS).

Les autres chantiers nationaux ne sont pas en reste. Obligatoire depuis le 1er janvier 2021, l’INS, par exemple, s’inscrit lui aussi dans ce processus de facilitation des échanges d’informations médicales. L’ANS, qui s’est mobilisée pour la construction du référentiel et son suivi, a été particulièrement attentive aux démarches d’identitovigilance, « qui vont de pair avec les questions numériques », indique la responsable en rappelant que « l’INS certifie l’identité du patient et favorise à ce titre l’intégration d’outils communicants au sein des logiciels métiers ».
 

Le logiciel métier comme « porte d’entrée unique »

Pour Claire Lenain, ce sont justement ces logiciels utilisés au quotidien qui doivent « être pensés comme une porte d’entrée unique pour les professionnels », afin d’offrir « une vue unifiée qui favorisera de nouveaux usages ». Et c’est peut-être là que réside la difficulté pour les établissements de santé. Contrairement à la ville, où médecins et soignants sont, pour la plupart, équipés d’un logiciel unique propre à leur métier, les hôpitaux se distinguent par la multiplicité de leurs logiciels, certains étant spécialisés ou spécifiques à une tâche bien précise.

Personnel soignant comme administratif naviguent donc continuellement entre des solutions différentes. Mais quelques-unes sont plus utilisées que d’autres et seraient dès lors « à privilégier lors de l’intégration d’outils numériques, car ces logiciels sont mieux connus des professionnels et permettent donc un accès simplifié aux nouveaux outils », poursuit la responsable. « L’appropriation ainsi que les usages en seront facilités », résume-t-elle en évoquant également, parmi d’autres recommandations, la mise en œuvre d’un système d’authentification unique et de menus harmonisés et ergonomiques.

Cet axe, plusieurs éditeurs y ont déjà travaillé, intégrant par exemple la Messagerie Sécurisée de Santé (MSSanté) ou un accès au DMP directement à partir de leur logiciel. Ce dernier point, dit « DMP-Compatibilité », implique une homologation en lien avec les standards d’interopérabilité. Pour les professionnels de santé, il est surtout synonyme d’un accès plus simple et plus rapide au DMP, sans passer par un navigateur web. « C’est tout le principe de la porte d’entrée unique à partir du logiciel métier. L’utilisateur dispose ainsi d’une vue unifiée sur tous les outils à sa disposition, dans un environnement qui lui est familier. C’est là un atout indéniable pour accompagner l’adoption de nouveaux usages », insiste Claire Lenain.
 

Une opportunité majeure pour le système de santé

On l’a dit, pour les utilisateurs, cette simplification devrait dans l’idéal s’accompagner d’interfaces plus ergonomiques, mais aussi plus interconnectées à l’échelle de leur territoire. Une approche déjà mise en œuvre dans certaines zones, où des expérimentations, par exemple autour de la responsabilité populationnelle, imposent le développement et l’utilisation d’outils numériques parfaitement communicants entre l’ensemble des secteurs. Les initiatives se multiplient, et les nouveaux usages qui en résultent sont également vecteurs d’appropriation. Mais un accompagnement peut parfois s’avérer utile. En Franche-Comté, le DAC a ainsi mis en place des formations pour que ses agents puissent pleinement exploiter le potentiel des systèmes d’information partagés.

« Le vocabulaire utilisé, la densité des informations enregistrées, ou tout simplement la facilité de sélection des données adéquates sont autant de paramètres qui vont favoriser ou non la qualité et la quantité des échanges », indique Jean-François Roch. Très engagé dans la promotion de la e-santé, il s’attache aujourd’hui à en favoriser l’appropriation, afin qu’elle « soit féconde pour le système de santé dans sa globalité ». Le médecin, qui a aussi bien exercé à l’hôpital qu’en maison de santé, en est persuadé : « En fluidifiant les échanges de données, le numérique représente une opportunité majeure pour tous les acteurs sanitaires, qui peuvent ainsi s’inscrire plus facilement dans une démarche de juste soin ».
 

Un accompagnement local et national

Bien qu’elle soit désormais à l’œuvre, cette dynamique n’en doit pas moins être pilotée de manière transversale, eu égard aux transformations structurelles qu’elle porte en germe. Plusieurs structures ont donc été mises en place pour justement accompagner cette transition, auprès des professionnels et des établissements de santé. C’est notamment le cas des GRADeS, les Groupements régionaux d’appui au développement de la e-santé, dont l’expertise porte aussi bien sur l’intégration de nouveaux outils, le développement des usages ou encore le maintien de la confidentialité et de la sécurité des données de santé. Autres acteurs locaux majeurs, les Agences Régionales de Santé, les Conseils départementaux et les Conseils régionaux, qui contribuent eux aussi au développement de la e-santé par le biais, notamment, de financements dédiés.

Au niveau national, si les maîtres d’orchestre que sont l’ANS et la DNS sont aujourd’hui de tous les projets, un programme en particulier concentrera toutes les attentions en 2022 : le Ségur Numérique, dont le premier volet s’achèvera au 31 décembre et le deuxième est annoncé pour cet automne. « Par l’importance de ses financements, mais aussi de sa philosophie globale, ce programme va nettement favoriser et démultiplier les usages », note Claire Lenain. Un impact qui devrait rapidement se faire sentir. « Les établissements de santé s’engagent et continueront de s’engager dans le Ségur Numérique, ce qui les mènera à développer des usages nouveaux qui seront par la suite pleinement intégrés aux pratiques et aux modalités de gestion des parcours de soins », prédit Jean-François Roch en saluant l’émulation actuelle autour de la e-santé : « Nous avons aujourd’hui dépassé le cap du frémissement, nous le ressentons sur le terrain comme au niveau national. Il faut profiter de cette conjoncture favorable pour avancer, rattraper notre retard et promouvoir les usages de la e-santé partout en France ».

Article publié dans l'édition de février 2022 d'Hospitalia à lire ici.
 

Coup d’accélérateur pour MSSanté

Avec plus de 8,5 millions de messages émis au sein de l’espace de confiance en novembre 2021, le programme des messageries sécurisées de santé (MSSanté) s’installe peu à peu dans le paysage numérique français. En novembre dernier, l’espace de confiance comptait ainsi 463 448 boîtes aux lettres nominatives, 1 531 établissements de santé émetteurs et 283 572 professionnels de santé libéraux équipés pour un peu plus de 200 opérateurs de messageries respectant les référentiels de l’ANS. « L’Agence suit régulièrement les indicateurs MSSanté, par région et par type d’acteur », indique Claire Lenain, qui précise que 82 % des établissements de santé, 36 % des EHPAD et 52 % des professionnels libéraux sont aujourd’hui raccordés à l’espace de confiance. Alors que la protection des données de santé occupe de plus en plus le débat, nul doute que ces chiffres devraient continuer d’augmenter.
 

Le Dispositif d’Appui à la Coordination de Franche-Comté

Né le 1er octobre 2020 de la fusion de sept structures d’appui à la coordination locales, le Dispositif d’Appui à la Coordination de Franche-Comté accompagne au quotidien les parcours complexes de plusieurs centaines de patients. « Les parcours suivis se divisent principalement en trois profils de pathologies : oncologie, maladies neurodégénératives, et patients âgés poly-pathologiques avec perte d’indépendance et/ou d’autonomie. Mais nous accompagnons également d’autres patients, comme des personnes souffrant de maladies mentales ou des grossesses complexes », détaille Jean-François Roch, directeur médical et e-santé du DAC-FC. Mobilisant les ressources du territoire au service d’un parcours donné, le DAC-FC facilite ainsi la coordination interprofessionnelle quelle que soit la pathologie adressée. « Cette approche nous permet d’avoir une vision globale du parcours d’un patient, et de mobiliser ainsi plus facilement les personnes compétentes », indique le médecin. En 2021, le dispositif avait accompagné plus de 4 000 parcours, dont deux tiers pour des personnes de plus de 60 ans.

Pour mener à bien cette mission, la centaine d’agents du DAC-FC, dont ses 65 coordonnateurs, utilisent plusieurs outils numériques, justement destinés à faciliter les échanges avec les différentes structures du territoire. Intégralement financé par l’ARS, le DAC-FC s’est également doté de trois référents e-santé pour les quatre départements qu’il couvre. « Ces profils sont essentiels pour l’articulation des projets e-santé au sein de notre structure, et qui mobilisent à la fois le management intermédiaire, le directeur médical et e-santé et la direction générale », constate Jean-François Roch. Pour aller plus loin, la structure dispose également de deux agents chargés d’analyser la complétion et la complétude des dossiers traités à travers les outils numériques. « Évaluer la qualité et la quantité des informations retranscrites dans le dossier informatisé est essentiel pour valider les paramétrages et disposer de retours sur les usages », indique le médecin, une fois de plus persuadé que de telles actions « favorisent l’adaptation et l’appropriation du numérique en santé »
 






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