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Les organisations universitaires de psychiatrie et d’addictologie estiment que "la crise sanitaire est aussi psychiatrique, pas de santé mentale sans psychiatrie universitaire"


Rédigé par Rédaction le Vendredi 27 Novembre 2020 à 10:28 | Lu 535 fois


Communiqué commun du Collège National Universitaire de Psychiatrie (CNUP), du Conseil National des Universités (CNU), du Syndicat Universitaire de Psychiatrie (SUP), du Collège National pour la Qualité des Soins en Psychiatrie (CNQSP), et du Collège Universitaire National des Enseignants d'Addictologie (CUNEA).



L’impact de la crise sanitaire sur la santé mentale de la population est important, il pourrait devenir l’un des problèmes majeurs des années à venir. Les enquêtes le montrent clairement : les scores de bien-être mental diminuent, les consommations de substances psychoactives (alcool, tabac, cannabis) augmentent, de même que les symptômes dépressifs, anxieux, psychotiques, y compris chez ceux qui n’en souffraient pas. Plusieurs groupes sont déjà identifiés comme particulièrement vulnérables : les jeunes, les sujets âgés, les étudiants, les personnes sans emploi, les artisans et les chefs d’entreprise, les personnes en situation de handicap.

Une « deuxième vague » psychiatrique est observée dans les urgences hospitalières, en particulier chez les jeunes. Les résultats de la récente enquête de la Fondation Jean Jaurès sont alarmants : depuis la crise COVID-19, 20 % des personnes interrogées ont sérieusement envisagé de se suicider, surtout depuis le dé-confinement. Les consommations de psychotropes ont fortement augmenté. L’analyse précise des causes doit être conduite, mais l’expérience des crises passées apporte déjà un éclairage sur la dynamique de cette vague psychiatrique : l’impact des grandes crises sur la santé mentale et sur le suicide est toujours retardé de plusieurs mois à quelques années.

"​Le manque de cohérence en matière de santé mentale est criant"

L’urgence sanitaire est aujourd’hui de sauver des vies, celles des personnes touchées par une forme grave de la COVID-19, celles des personnes pour lesquelles un retard aux soins de leur pathologie aigüe ou chronique constituerait une perte de chance. Les troubles psychiatriques et addictologiques tuent eux aussi : par suicide et par manque d’accès à la prévention et aux soins. Aujourd’hui en France, l’espérance de vie des personnes qui souffrent de dépression ou de psychose est réduite de 15 à 20 ans.

Le manque de cohérence en matière de santé mentale est criant, sans doute expliqué en partie par le retard considérable de la France en matière de prévention et de développement de la santé publique. Alors que l’incertitude est extrême, que les liens sociaux sont mis à mal quotidiennement et qu’une crise économique et morale menace notre cohésion sociale, les professionnels de la santé mentale se trouvent particulièrement désarmés : le manque de financement et d’attractivité des métiers est majeur ; l’accès aux soins psychothérapiques est toujours freiné par l’absence de prise en charge par l’assurance maladie ; alors que tous les professionnels œuvrent dans le cadre des Projets Territoriaux de Santé Mentale pour décloisonner la médecine- chirurgie-obstétrique, la psychiatrie et les activités médico-sociales, une partie des hospitaliers n’est pas reconnue à travers l’attribution du complément indiciaire prévu par le Ségur de la Santé.

"Le risque qu’une fois de plus les besoins de la psychiatrie ne soient pas pris en compte"

Alors que les arbitrages sont aujourd’hui particulièrement difficiles, nous alertons sur le risque qu’une fois de plus les besoins de la psychiatrie ne soient pas pris en compte, et parmi ces besoins, ceux de la psychiatrie et de l’addictologie universitaire.

Les besoins de formation initiale et continue sont majeurs, dans une période où les pratiques doivent s’adapter et les métiers se transformer. L’attractivité de la discipline doit être soutenue, et les spécialités médicales les plus choisies par les jeunes sont aussi celles qui sont les plus dotées en ressources universitaires.

Le travail accompli ces dernières années par les universitaires de psychiatrie et d’addictologie est considérable : réforme des études médicales, formation des futurs psychiatres en lien avec le territoire, ouverture du parcours psychiatrie et santé mentale pour les infirmiers en pratiques avancées, participation à la formation de nombreux autres métiers de la santé (orthophoniste, ergothérapeute, psychomotricien...), forte productivité d’une recherche de qualité, participation à la diffusion de bonnes pratiques et d’innovations organisationnelles. Il est plus que temps d’inverser la tendance afin que la psychiatrie ne soit plus l’une des disciplines où le taux d’encadrement des étudiants est le plus faible de toutes les spécialités médicales, et la recherche la moins financée de tous les pays européens.

L’impact de la crise actuelle sur la santé mentale nous paraît justifier une large campagne d’information qui permettrait à la population d’accéder à des messages généraux en faveur de cette dimension sanitaire et favoriserait le fait que ceux qui en relèvent accèdent à une écoute et, le cas échéant, à des soins adéquats.

Si dans l’immense majorité des cas ces principes sont respectés pour ces patients vulnérables, il apparaît que ce n’est pas toujours le cas. C’est pourquoi il nous apparaît comme essentiel qu’un psychiatre puisse y être systématiquement associé afin de garantir une éthique concrète du soin et de la vulnérabilité.
Pr Marie Rose Moro, Présidente du CNUP
Pr Amine Benyamina, Président du CNU Addictologie
Pr Olivier Cottencin, Président du CUNEA
Pr Raphaël Gaillard, Président du CNU Psychiatrie d’Adultes
Pr Bernard Granger, Président du SUP
Pr Anne Catherine Rolland, Présidente du CNU Pédopsychiatrie
Pr Emmanuelle Corruble, Présidente du CNPP-CNQSP


** Les inter-titres sont de la rédaction






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