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"La santé digitale est tout simplement la santé du XXIème siècle"


Rédigé par Joëlle Hayek le Vendredi 17 Juin 2022 à 09:28 | Lu 852 fois


Médecin hospitalier, enseignant et chercheur, le Professeur Jean-Jacques Zambrowski travaille de longue date sur l’introduction de l’innovation dans le domaine de la santé. Fortement investi dans le secteur de la santé numérique, il a récemment été élu à la présidence de la Société Française de Santé Digitale (SFSD). Rencontre.



Le Pr Jean-Jacques Zambrowski, président de la SFSD. ©DR
Le Pr Jean-Jacques Zambrowski, président de la SFSD. ©DR
La SFSD est née en 2019 du rapprochement de la Société Française de Télémédecine (SFT) et de FormaTIC Santé. Pourquoi cette initiative ?
Pr Jean-Jacques Zambrowski : Parce que, si elle en est certes la partie la plus visible, la télémédecine ne représente en réalité qu’un petit pan de la santé digitale. Au-delà de la téléconsultation, la téléexpertise, la télésurveillance et le télésoin, la santé digitale désigne également les interventions chirurgicales à distance, le stockage et l’exploitation des milliers de données de santé collectées chaque jour, la possibilité de participer à des réunions pluridisciplinaires par visioconférence, l’interprétation automatique des images, l’impression de prothèses 3D… Son champ est particulièrement large, car le digital est désormais omniprésent dans les établissements et organisations sanitaires.

Par exemple ?
Il n’y a plus une seule discipline intrahospitalière ou ambulatoire qui ne bénéficie, aujourd’hui, de la digitalisation. La cardiologie, par exemple, a formidablement changé grâce à la télésurveillance, au télémonitoring et à l’interprétation automatisée des ECG. Au plus fort de la crise Covid, il aurait été impossible de gérer les lits disponibles, les flux de tests et de vaccins, sans digital. À l’hôpital, le système d’information hospitalier constitue désormais une véritable épine dorsale, dont il serait inimaginable de se passer. En résumé, je dirai que la santé digitale est tout simplement la santé du XXIème siècle, et c’est pour justement l’accompagner que la SFSD a vu le jour.

Sur quels champs travaillez-vous ?
Par vocation, notre société savante n’a aucune limite, si ce n’est celles de ses propres participants. Il faut dire que les thématiques à traiter sont tellement vastes ! Nous fédérons donc des expertises diverses et variées, sur le plan technique et technologique, bien sûr, mais aussi juridique, éthique, déontologique, administratif, financier, etc. Nous faisons également appel à des spécialistes médicaux, aux sociétés savantes de spécialités, afin que tous participent à nos travaux. Car, si comme je l’évoquais la digitalisation est au cœur du monde de la santé aujourd’hui – et le sera encore plus demain –, nous devons réfléchir collectivement à la manière dont nous pourrions l’inscrire dans un cadre éthique. Il nous faut donner toute leur place aux technologies de l’information et de la communication, dans le respect de valeurs humanistes.

Cette ambition vous a notamment vu participer à l’initiative académique et citoyenne Ethik-IA.
Ethik-IA s’est en effet attaché à proposer une série d’outils et de cadrages pour garantir un regard humain sur les algorithmes en santé, et ce principe de la Garantie Humaine de l’intelligence artificielle a, depuis, été reconnu par l’Union européenne. Mais du chemin reste à faire pour passer de la théorie à la pratique, pour que cette belle idée devienne une réalité tangible, qu’elle soit présente au sein des pratiques, connue et respectée de tous. D’où la nécessité de travailler avec toutes les spécialités médicales, tous les métiers de la santé, mais aussi avec les associations d’usagers. La population générale doit se saisir de ces questions qui nous concernent tous : la santé digitale sera ce que nous en ferons, elle sera fonction des décisions publiques.

Justement, quel rôle jouent ici les pouvoirs publics ?
La santé digitale fait aujourd’hui l’objet d’un réel engouement, dans notre pays comme dans le reste du monde, et est au cœur de plusieurs programmes nationaux – nous ne pouvons que nous en féliciter. En France par exemple, le gouvernement a pris la pleine mesure de l’enjeu avec, notamment, le Ségur Numérique. Mais il ne faudrait pas que les initiatives proviennent uniquement des pouvoirs publics. Le développement de la santé digitale impose également une mobilisation des professionnels de santé, pour qu’ils se saisissent des technologies à leur disposition et les mettent au service de leurs pratiques. La formation de tous est donc nécessaire, professionnels comme directions. Il y a néanmoins des évolutions positives sur ce point. Par exemple, nous voyons de plus en plus de doubles profils médecin-informaticien, qui sont d’ailleurs très utiles pour le développement de l’imagerie médicale moderne.

Quid des nouveaux métiers ?
Un effort doit être fait pour accompagner leur implantation au sein des établissements de santé. Je pense notamment ici aux data analysts, pour pouvoir justement exploiter tout le potentiel des données de santé – et contribuer ainsi au développement de la santé digitale. Celle-ci représente une tendance de fond, qui est désormais inexorable. Et ce qui est une évidence aujourd’hui le sera encore plus à cinq ans. Les établissements qui ne parviendront pas à prendre le virage sortiront du système, qu’ils le veuillent ou non. Bien sûr, il y a encore quelques freins sur le terrain, certaines peurs et inquiétudes par rapport à l’informatique. Mais l’on y trouve aussi de plus en plus de personnes nées avec ces technologies et qui ne sauraient s’en passer. Tout laisse donc à penser que d’ici 2027, la santé sera digitale pour être omniprésente, ubiquitaire – c’est-à-dire ouverte à tous de manière égale –, rationnelle et communicante, avec une liaison ville-hôpital plus marquée. Cette prémonition est d’ailleurs au cœur de l’Espace Numérique de Santé (ENS), qui tente de lui donner corps.

Vous avez évoqué vos échanges avec les sociétés savantes et les représentants des usagers. Qu’en est-il des industriels ?
Nous travaillons avec tout le monde. La SFSD se positionne comme un intermédiaire non partisan, pleinement engagé pour la défense de l’intérêt général. Or il faut, pour cela, regrouper toutes les expertises pour enrichir les regards sur une notion in fine pluridimensionnelle. L’objectif n’est-il pas de voir émerger des initiatives convergentes, au bénéfice du plus grand nombre ? S’il y a un réel service rendu pour les patients et les professionnels de santé, nous avons, je pense, tout intérêt à favoriser des rencontres avec des industriels. Nous pouvons tous collaborer, nous nourrir des expériences des uns et des autres, dans le respect de ces valeurs éthiques et humanistes que j’évoquais plus haut. Cet effort d’universalité est d’ailleurs une valeur inhérente aux technologies digitales, et permettra à tous d’en bénéficier équitablement. Toutes ces questions seront d’ailleurs abordées dans le cadre du 14ème congrès de la SFSD, qui se tiendra les 5 et 6 octobre à Paris sur le thème « Quelle vision pour la santé digitale en 2027 ? », à la fois en France et en Europe, pour que nous puissions continuer de la construire ensemble.

Article publié dans l'édition de mai 2022 d'Hospitalia à lire ici.

> Plus d’informations sur https://sfsd.fr
 
 







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