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La responsabilité populationnelle à l’essai dans le Douaisis


Rédigé par Aurélie Pasquelin le Mercredi 26 Octobre 2022 à 10:35 | Lu 887 fois


En 2017, la Fédération Hospitalière de France (FHF) lançait un programme autour de la responsabilité populationnelle dans cinq territoires expérimentateurs. Le Douaisis, l’un des bassins de vie impliqués dans cette démarche novatrice, s’est pour sa part concentré sur le diabète et l’insuffisance cardiaque, comme nous le racontent Franck Laureyns et Camille Delplace, respectivement directeur de la stratégie des affaires médicales et de la communication, et chargée de mission Responsabilité populationnelle, au Centre Hospitalier de Douai.



Franck Laureyns, directeur de la stratégie des affaires médicales et de la communication et Camille Delplace, chargée de mission Responsabilité populationnelle, au Centre Hospitalier de Douai. ©DR
Franck Laureyns, directeur de la stratégie des affaires médicales et de la communication et Camille Delplace, chargée de mission Responsabilité populationnelle, au Centre Hospitalier de Douai. ©DR
Pourriez-vous revenir sur les débuts de la démarche Responsabilité populationnelle dans le Douaisis ?
Franck Laureyns : Avant même le lancement du projet, le Douaisis, et notamment le Centre Hospitalier de Douai, avait engagé deux initiatives innovantes autour de la mise en place d'un comité mixte ville-hôpital et d’un hôpital hors les murs. En 2015, nous avions en effet constaté que les indicateurs de santé et de prévalence de certaines maladies étaient relativement importants au sein de notre population, ce qui nous avait poussés à travailler sur le cloisonnement ville-hôpital afin de fluidifier les parcours patients. Un audit nous ayant alors permis de mieux identifier les difficultés rencontrées d’un côté comme de l’autre, nous avons créé un comité mixte ville-hôpital qui s’est attaché à porter plusieurs actions concrètes en faveur du parcours des patients, et notamment de ceux, au sein de notre territoire, atteints de maladies chroniques. Cette initiative, qui a en quelque sorte constitué la première brique de notre stratégie, a par la suite été complétée d'un hôpital hors les murs, avec pour vocation de mener des actions dans les quartiers prioritaires. Ces deux actions innovantes ont été fondatrices de la politique de santé publique du CH de Douai, et ont fortement nourri notre actuelle démarche de responsabilité populationnelle.

Justement, comment le CH de Douai s’est-il inséré dans l’expérimentation de la FHF ?
Franck Laureyns : Lorsque la Fédération Hospitalière de France a souhaité expérimenter la démarche Responsabilité populationnelle, elle s’est en toute logique tournée vers cinq territoires déjà sensibilisés à cette problématique. C’est donc tout naturellement que le Douaisis, et plus particulièrement le CH de Douai, s’est dès le départ engagé dans ce projet en s’intéressant plus spécifiquement à deux thématiques : le diabète et l’insuffisance cardiaque. Des réunions cliniques organisées partout sur le territoire nous ont permis de véritablement co-construire les actions menées autour de la responsabilité populationnelle. Un collectif territorial, associant des professionnels de santé, des associations de prévention, la médecine du travail, les services de soins, la CPAM et le CH de Douai, a ainsi été créé pour élaborer des « chemins » cliniques et valider la stratification qui permettent de mettre en place des mesures concrètes. Nous nous sommes certes nourris ici des actions menées par le passé, mais la méthodologie suivie dans le cadre de la démarche Responsabilité populationnelle nous a sans conteste apporté une rigueur scientifique complémentaire, ainsi que des modalités de gestion des données de santé améliorées, pour mieux cibler les populations à risque.

Quelles mesures concrètes avez-vous alors mises en place ?
Camille Delplace : Plusieurs recommandations relatives aux deux pathologies ciblées ont été rapidement formulées, en lien avec la réalité du terrain et les constats des professionnels de santé. Nous avons par exemple édité des aide-mémoires à destination du personnel médico-soignant, mais aussi publié un « Book », véritable livret de formation autour du diabète et de l’insuffisance cardiaque. Dans la continuité de ces actions, un Mooc également destiné aux professionnels de santé verra bientôt le jour, et insistera lui aussi sur les paramètres à prendre en compte pour prévenir l'aggravation de la maladie. Plusieurs autres initiatives complémentaires ont été menées directement sur le territoire. Le parcours des patients insuffisants cardiaques a par exemple été repensé pour y intégrer un programme d'éducation thérapeutique. Comme pour toutes les mesures mises en œuvre dans le cadre de la responsabilité populationnelle, tout a été pensé et écrit avec des professionnels de ville et de l’hôpital, des patients, des associations… Ce principe de la co-construction a permis de croiser les regards pour mieux répondre aux besoins exprimés par les acteurs sanitaires et les usagers eux-mêmes.

Quelles ont été les relations entre les différentes parties prenantes ? Y a-t-il eu parfois besoin de chercher un compromis ?  
Franck Laureyns : Les compromis et arbitrages sont forcément nécessaires dans ce type de projet. Ils ne sont pas pour autant négatifs. Si nous avons travaillé sur le diabète et l’insuffisance cardiaque dans une démarche de responsabilité populationnelle, c'était aussi parce qu’il y avait dans ces parcours des irritants historiques et chronophages, difficiles voire impossibles à traiter sans action collective. Au cours des différentes réunions, chacun a pu évoquer ses impressions et les freins rencontrés au quotidien. Et force est de constater que lorsque l’on crée un climat de confiance, sans jugement ni a priori, on améliore le parcours du patient. C’est d’ailleurs l’un des points majeurs de ce projet : les points d’achoppement habituels d’un parcours patient peuvent être traités de façon collégiale, en ayant pour seul objectif un engagement collectif où chacun s’attache à les résoudre.

Quelles autres actions souhaiteriez-vous mener à l’avenir en matière de responsabilité populationnelle ?
Franck Laureyns : Nous souhaitons avant tout analyser l’impact de ce nouveau modèle, sur la base des indicateurs que nous nous sommes fixés. Nous allons donc suivre des cohortes, en nous concentrant notamment sur la prévalence des pathologies ciblées sur notre territoire. Il nous faut également analyser la perception du parcours patient, par les personnes déjà atteintes de ces deux pathologies. Ces deux thématiques devront être évaluées le plus finement possible, pour que nous puissions envisager d'autres essaimages sur d'autres pathologies. Nos premiers travaux sur le diabète et l'insuffisance cardiaque ne sont en effet que des représentations de ce qui pourrait se faire sur d'autres thématiques. Notre vision sera certainement plus large à l’avenir, car la responsabilité populationnelle est une aventure passionnante, qui réunit transformation organisationnelle, transformation humaine et transformation digitale. À terme, nous pensons que cette expérience pourrait contribuer à la modification structurelle des organisations sanitaires, de manière à récupérer plus de temps humain et à favoriser leur appropriation par les populations. Finalement, la responsabilité populationnelle est un projet angulaire, dont l’objectif est d’améliorer le fonctionnement de notre système de santé. C’est ce que nous allons maintenant essayer de démontrer, en lien avec les différents acteurs de notre territoire.

Article publié dans l'édition de septembre 2022 d'Hospitalia à lire ici.
 






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