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La réalité virtuelle au service des patients du CH de Laval


Rédigé par Aurélie Pasquelin le Mardi 17 Mars 2026 à 19:42 | Lu 37 fois


Composé de trois secteurs – hospitalisation complète, hôpital de jour et prochainement hospitalisation à domicile – le pôle Réadaptation et Performance Fonctionnelle du CH de Laval accompagne des patients présentant des troubles neurologiques, locomoteurs ou liés au vieillissement. À sa tête, le Dr Romain Champagne développe l’usage des nouvelles technologies, et notamment de la réalité virtuelle, pour enrichir la rééducation et rendre l’expérience des patients plus stimulante. Rencontre.



© CH de Laval
© CH de Laval
Dans quels cadres la réalité virtuelle est-elle utilisée au sein du pôle de réadaptation ? 

Dr Romain Champagne : La réalité virtuelle est aujourd’hui intégrée à plusieurs parcours de soins. J’ai commencé à l’utiliser il y a quelques années au Centre des Capucins d’Angers, dans le cadre de la rééducation neurologique puis locomotrice. En rejoignant le CH de Laval, qui est un pôle européen reconnu en matière de réalité virtuelle, j’ai souhaité poursuivre et amplifier cette dynamique. Nous avons répondu à plusieurs appels à projets pour financer l’acquisition de ces dispositifs. Ils sont désormais utilisés aussi bien en rééducation neurologique qu’en rééducation locomotrice, notamment chez des patients souffrant de douleurs chroniques au niveau du dos ou de l’épaule. 

À partir de quand avez-vous déployé cette technologie ? 

Le déploiement structuré a réellement débuté en 2022, à mon arrivée à temps plein au CH de Laval, même si un dispositif à visée antalgique existait déjà auparavant. Nous avons alors décidé d’en faire un véritable projet de service. Une équipe pluridisciplinaire composée de cinq membres, dont moi-même, s’est alors formée au centre de rééducation de Kerpape, à Lorient, afin de partager une vision commune et d’élaborer des protocoles d’utilisation. Nous avons également candidaté pour rejoindre l’association Approche, qui promeut l’usage des nouvelles technologies au service des personnes en situation de handicap, afin d’inscrire notre démarche dans un réseau de formation et de recherche. Notre objectif : faire de la réalité virtuelle un outil thérapeutique à part entière, et non un simple gadget technologique. 

La réalité virtuelle est-elle réellement efficace en rééducation ? 

Oui, son efficacité est aujourd’hui largement documentée. De nombreuses études montrent qu’elle améliore les résultats, en particulier lorsqu’elle est combinée aux techniques de rééducation conventionnelles. Elle a également un impact avéré sur la prise en charge de la douleur. Si les mécanismes précis restent encore à éclaircir, il est certain que ces dispositifs renforcent considérablement l’engagement des patients. Immergés dans un environnement interactif et ludique, ils fournissent plus d’efforts et répètent plus volontiers les gestes thérapeutiques. La réalité virtuelle permet en outre de proposer des exercices proches de la vie quotidienne, comme entretenir un potager virtuel, ce qui rend la séance plus stimulante qu’un entraînement classique en salle de soins. 

Quels types de réalité virtuelle utilisez-vous ?  

Nous nous appuyons sur plusieurs dispositifs complémentaires. Nous disposons notamment d’un système immersif permettant de travailler l’équilibre et la posture en toute sécurité, en exposant volontairement le patient à des perturbations visuelles ou sensorielles contrôlées. Nous avons également un simulateur de conduite, qui sert à entraîner des patients, par exemple après un AVC, avant une réévaluation officielle du permis, et à tester d’éventuels aménagements du véhicule. Nous utilisons aussi la réalité virtuelle à visée antalgique, de manière ponctuelle, pour détourner l’attention lors de soins douloureux. Plus récemment, nous avons intégré un vélo connecté développé par une entreprise lavalloise, qui plonge le patient dans des environnements virtuels pendant l’effort. Cet outil favorise des séances plus longues et mieux tolérées, notamment chez les patients douloureux. L’ensemble de ces dispositifs s’inscrit dans un programme global de rééducation défini par les professionnels du pôle. 

Développez-vous vos propres outils ?

Non, mais nous collaborons étroitement avec les entreprises spécialisées, en leur faisant part de nos objectifs thérapeutiques et de nos retours sur l’utilisation des outils par les patients. Nous partageons également notre expérience et nos projets de recherche lors d’événements tels que le salon Laval Virtual, qui réunit chaque année des experts de la réalité virtuelle venus de toute la France et même d’Europe.  

Vous développez aujourd’hui l’utilisation de la réalité virtuelle à domicile. Pourriez-vous nous en parler ?  

Dans le cadre de l’hospitalisation à domicile, la réalité virtuelle peut être utilisée lorsque le thérapeute se déplace avec un casque. Mais nous travaillons désormais sur le développement de l’auto-rééducation. L’objectif est de fournir au patient un casque équipé d’un programme personnalisé, qu’il pourra utiliser seul chez lui. Cela limite les déplacements, favorise l’autonomie et encourage une pratique régulière des exercices, ce qui améliore les résultats sur le long terme. Le rôle du soignant reste essentiel en amont, pour définir un programme adapté aux objectifs et aux capacités du patient, mais l’utilisation peut ensuite se faire en toute autonomie, le matériel étant simple à manipuler et prêt à l’emploi. 

Comment ces dispositifs de réalité virtuelle sont-ils financés ? 

Le financement repose principalement sur des appels à projets et des programmes de recherche. Cela représente un investissement en temps et en organisation, dans un contexte où les ressources hospitalières sont parfois contraintes. Notre ambition est d’intégrer ces innovations dans la pratique quotidienne sans alourdir le fonctionnement du service. L’auto-rééducation via la réalité virtuelle est particulièrement prometteuse : après une phase initiale d’accompagnement par le soignant, le patient peut poursuivre seul ses exercices, ce qui augmente le temps effectif de rééducation tout en optimisant les ressources humaines. C’est un axe prioritaire pour les mois à venir. 

Quels sont les projets et perspectives pour l’avenir de la réalité virtuelle dans votre pôle ? 

Nous menons actuellement plusieurs projets de recherche afin de mieux comprendre les effets de la réalité virtuelle en rééducation. Nous souhaitons développer également son utilisation dans la formation, en immergeant les étudiants dans des situations cliniques variées et interactives. Nous explorons par ailleurs des approches innovantes, comme l’association de la réalité virtuelle avec des exosquelettes, afin de rendre la rééducation encore plus ludique et stimulante. La réalité virtuelle ouvre ainsi de nouvelles perspectives tant pour la prise en charge des patients que pour la formation des professionnels. Son potentiel est encore largement inexploité, et notre ambition est de l’intégrer de manière créative et pertinente, pour proposer des méthodes de soin toujours plus motivantes et adaptées aux besoins des patients. 

> Article paru dans Hospitalia #72, édition de février 2026, à lire ici 

 

© CH de Laval
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