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L’excellence des soins au prisme de l’international


Rédigé par Aurélie Pasquelin le Lundi 19 Octobre 2026 à 18:45 | Lu 59 fois


Des hôpitaux ultra-spécialisés aux réseaux de proximité, plusieurs pays repensent l’organisation de leur système de santé pour garantir le bon soin, au bon moment et au bon endroit. Présentés lors de SantExpo dans le cadre de la conférence « L’excellence pour tous : inspirations internationales », les exemples du Danemark, de la Belgique et du Québec illustrent, au-delà de modèles très différents, une conviction commune : l’excellence ne repose plus uniquement sur la performance des établissements, mais sur la capacité de l’ensemble des acteurs d’un territoire à agir de manière coordonnée.



« L’excellence clinique, c’est la capacité à exécuter de façon systématique le bon service, pour la bonne personne, au bon endroit et au bon moment. » Derrière cette définition, présentée par Antoine Malone, responsable du pôle Prospective, Europe et International à la Fédération Hospitalière de France, se dessine une évolution profonde des systèmes de santé. Car les parcours de soins mobilisent désormais une multitude d’acteurs – professionnels hospitaliers, médecins de ville, infirmiers, structures médico-sociales, associations ou collectivités – dont la capacité à travailler ensemble conditionne directement la qualité de la prise en charge. Dès lors, l’échelle pertinente n’est plus seulement celle de l’établissement, mais bien celle du territoire. 

Le territoire comme échelle de référence

Cette organisation repose sur l’articulation de trois échelons complémentaires : un niveau national, chargé de définir les grandes orientations ; un niveau territorial, qui coordonne les parcours et organise les réponses aux besoins des populations ; et un niveau de proximité, où les professionnels assurent au quotidien la prise en charge des patients. Une architecture qui vise à garantir un accès équitable à des soins de qualité, tout en permettant d’adapter les approches aux spécificités de chaque territoire. Si cette ambition est largement partagée, les moyens mis en œuvre diffèrent d’un pays à l’autre. Le Danemark, la Belgique et le Québec ont ainsi engagé, depuis plusieurs années, d’importantes réformes de leur système de santé. Trois trajectoires distinctes, mais un même objectif : mieux coordonner les acteurs et offrir à chaque patient le bon soin, au bon moment, quel que soit son lieu de résidence. 

Le Danemark, une transformation engagée depuis vingt ans

Souvent cité comme une référence en matière d’organisation des soins, le Danemark n’a pas construit son modèle en quelques années. Depuis le début des années 2000, le pays mène une transformation en profondeur de son système de santé, fondée sur une répartition plus claire des responsabilités entre les différents niveaux de prise en charge, une forte numérisation et une vision de long terme. Cette stratégie s’est notamment traduite par une concentration des activités les plus complexes dans de grands hôpitaux hautement spécialisés, tandis que les communes ont vu leurs missions renforcées en matière de prévention, de réadaptation et d’accompagnement après l’hospitalisation*.

Cette organisation s’appuie sur une continuité des soins particulièrement développée. Après une hospitalisation, la responsabilité de l’établissement se poursuit pendant 72 heures afin de garantir une transition fluide avec les professionnels de proximité. « La sortie du patient est considérée comme une phase critique du parcours de soins. L’hôpital reste responsable jusqu’à ce que la prise en charge soit effectivement assurée par la commune ou le médecin traitant », précise Sophie Labrosse, attachée Santé à l’ambassade du Danemark en France. Cette coordination est largement facilitée par la numérisation du système de santé. Dossier médical partagé, accès des patients à leurs résultats, échanges sécurisés entre professionnels : les outils numériques favorisent le partage de l’information et contribuent à renforcer la continuité des parcours. Le Danemark poursuit d’ailleurs cette évolution. Une réforme engagée en 2024 prévoit la création de 17 conseils de santé, chargés de renforcer encore la coopération entre les hôpitaux, les communes et la médecine de ville, afin de mieux adapter l’organisation des soins aux besoins de chaque territoire. 

En Belgique, construire le niveau territorial

La Belgique avance sur une trajectoire différente. Son système de santé, réparti entre plusieurs niveaux de pouvoir, nécessite un important travail de concertation. C’est précisément cette complexité qui a conduit le pays à développer un nouvel échelon de coordination territoriale. « Nous avons une excellente prise en charge dans certains domaines, comme le cancer, mais nous observons encore des différences selon les territoires », constate Denis Herbeaux, directeur de la Plateforme pour l’amélioration continue de la qualité des soins (PAQS). Depuis plusieurs années, la Belgique expérimente des projets pilotes d’intégration des soins. Après la crise sanitaire, cette dynamique s’est accélérée avec la création des Organisations locorégionales de santé (OLS). Leur rôle n’est pas de délivrer directement des soins, mais de coordonner les acteurs d’un territoire, d’analyser les besoins de la population et de fluidifier les parcours entre médecine de ville, hôpital, prévention et secteur médico-social. « Nous n’ajoutons pas une couche administrative supplémentaire ; au contraire, l’objectif est réellement de simplifier la vie des soignants et, in fine, celle des patients », résume Denis Herbeaux.  

Au Québec, penser d’abord la population

Au Québec, la réflexion s’appuie sur un autre concept : la responsabilité populationnelle. Depuis près de vingt ans, les établissements de santé ne sont plus responsables uniquement des patients qui franchissent leurs portes, mais de l’état de santé de l’ensemble de la population vivant sur leur territoire. Les hôpitaux sont intégrés à de vastes centres de santé et de services sociaux, eux-mêmes organisés autour de réseaux locaux réunissant établissements, médecins de famille, pharmacies, associations et représentants des citoyens. « L’hôpital n’est qu’un épisode. Ce qui compte, c’est la continuité et la fluidité du parcours », souligne Lara Maillet, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en systèmes adaptatifs en santé et services sociaux. 

Une amélioration continue au service de tous

Malgré des organisations et des contextes très différents, le Danemark, la Belgique et le Québec montrent que les défis auxquels sont confrontés les systèmes de santé dépassent largement les frontières nationales. Vieillissement de la population, progression des maladies chroniques, tensions sur les ressources humaines et recherche d’une plus grande équité d’accès aux soins imposent partout de repenser les organisations. Ces différentes expériences montrent surtout que la coopération entre les acteurs constitue aujourd’hui un levier majeur d’amélioration de l’organisation des soins à l’échelle d’un territoire. Car l’excellence se construit aussi dans la capacité des professionnels à travailler ensemble, à partager les responsabilités et à accompagner les patients tout au long de leur parcours. Une évolution qui, bien au-delà des exemples étrangers, interroge l’ensemble des systèmes de santé sur leur capacité à conjuguer performance, proximité et équité.

[*] Financé par le Ministère des Affaires étrangères danois et rédigé par Nordic Healthcare Group, le rapport « L’organisation du système de santé danois » paru en 2025, offre une bonne vision, à la fois synthétique et globale, du système danois. Il est disponible en ligne sur https://healthcaredenmark.dk/media/hjqjnh0f/lorganisation-du-syste-me-de-sante-danois.pdf    






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