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Blanchisserie

José Machado nous livre sa vision de la blanchisserie de demain


Rédigé par Joëlle Hayek le Lundi 24 Mai 2021 à 11:46 | Lu 42 fois


Bien connu dans le monde de la blanchisserie hospitalière – il a notamment cogéré la blanchisserie du CHU de Toulouse –, José Machado anime aujourd’hui le groupe LinkedIn « La blanchisserie et le textile industriel francophone », un réseau d’experts mobilisé pour le partage des informations et expériences. Il nous livre sa vision d’un secteur en pleine mutation et des défis à relever pour en assurer la pérennité.



José Machado. ©DR
José Machado. ©DR
Pourriez-vous, pour commencer, nous parler de votre parcours ?
José Machado : Après une formation de mécanicien pour machines textiles, j’ai travaillé dans un laboratoire de recherche textile avant d’arriver un peu par hasard dans le monde de la blanchisserie industrielle. Ma première incursion a eu lieu en 1987, avec la gestion d’une petite unité ESAT de 250 kg/jour. J’ai ensuite intégré une structure de 750 kg/jour, et ai créé quelques années plus tard la première blanchisserie industrielle adaptée de France, qui traite 5 tonnes/jour pour le compte d’un établissement thermal. En 2011, je me suis retrouvé à cogérer une unité de 16-18 tonnes/jours pour le CHU de Toulouse, sous le statut d’ingénieur en chef.

C’était l’occasion pour vous de piloter de grands projets hospitaliers.
En effet, en 2013-2014, j’ai par exemple mis en place un modèle de logistique d’approvisionnement double-bac dans 250 réserves de soins, qui a ensuite été généralisé à l’ensemble de l’institution. Ce parcours fortement marqué par le secteur sanitaire et médico-social m’a en outre poussé à entamer, et obtenir partiellement par le biais d’une validation des acquis de l’expérience, le certificat d’aptitude aux fonctions de directeur d’établissement (CAFDES) auprès de la prestigieuse EHESP de Rennes. Sur un autre registre, j’ai été durant 10 ans sous-officier de réserve active de la gendarmerie, et j’exerce un mandat de conseiller municipal, conseiller communautaire, et vice-président d’un syndicat intercommunal.

Vous animez aujourd’hui le groupe LinkedIn « La blanchisserie et le textile industriel francophone ». En quoi consiste-t-il, plus concrètement ?
Créé en 2016 et comptant désormais 730 membres, ce groupe est activement engagé dans le partage des expériences et informations opérationnelles. Il est ouvert à tous les acteurs industriels de la blanchisserie et du textile. S’y retrouvent par exemple des responsables de petites structures qui, comme moi, se sont opportunément retrouvés à gérer des blanchisseries industrielles. Mais notre communauté accueille également des fournisseurs, acteurs historiques comme nouveaux arrivants, pour évoquer les innovations qui s’intègreront à l‘avenir dans nos organisations et process.

Par exemple ?
Sur le plan technologique, je pense notamment à la désinfection de l’air et des surfaces par UV, ozone ou eau trioxygénée, la gestion informatisée de la production, la maintenance par ultrasons ou infrarouge, l’automatisation des transports lourds… Le textile n’est pas en reste : transformation du lin et du chanvre, arrivée de nouvelles matières comme le fil de bambou ou de palmier, la fibre d’ananas, le cuir de cactus, etc. Ce groupe se positionne donc comme un véritable agrégateur d’informations, qui propose une approche pragmatique en lien avec les réalités du terrain.

Quid des problématiques métier récurrentes ?
Je reçois régulièrement des questions sur le choix des textiles et sensibilise donc à la nécessité d’analyser la qualité des fibres en amont, pour des raisons environnementales, économiques et légales. Les produits chimiques utilisés pour la fabrication textile peuvent en effet se retrouver dans les eaux rejetées par les blanchisseries, qui seront dès lors soumises à une taxation complémentaire. Une autre question récurrente a trait à la loi économie circulaire, qui impose notamment de nouvelles modalités de gestion des déchets textiles. C’est pourquoi j’ai intégré dès 2016 des membres opérant dans le secteur du recyclage, tout en sélectionnant des publications qui orientent vers des pistes concrètes, comme la réintégration des fibres dans des filières produisant de nouveaux textiles.

Vous vous êtes également beaucoup penché sur le choix entre location ou achat du linge.
Certains établissements de santé choisissent en effet la location-entretien, une prestation 100 % externalisée, tandis que d’autres, souvent les grosses structures comme les CHU, préfèrent l’internalisation. Ce dernier modèle, plus souple, a d’ailleurs été légitimé par la crise. L’épidémie a en outre souligné la nécessité d’aborder la réflexion sous un angle technico-financier avant d’arrêter son choix. J’ai moi-même réalisé une étude intégrant la variable Covid, qui a révélé qu’en-dessous d’un certain volume, il n’est pas financièrement intéressant de louer le linge. La location peut également être problématique lors des pics d’activité, puisqu’il y aura des coûts supplémentaires hors-contrat. Ce sont autant de points à analyser en amont.

Quels enseignements tirer aujourd’hui de la manière dont les blanchisseries hospitalières ont géré la crise sanitaire ?
Si, comme nous venons de l’évoquer, les unités de proximité ont globalement été plus efficaces pour faire face à l’épisode viral, les blanchisseries hospitalières ont toutes démontré qu’elles disposent des compétences nécessaires pour répondre à une crise d’envergure. Elles ont une fois de plus su se renouveler, et cette adaptabilité est incontestablement un atout à valoriser à l’avenir. D’autant qu’elles vont devoir continuer de se réinventer dans un contexte sanitaire compliqué, et alors que les budgets sont tendus.

Qu’entendez-vous par là ?
La crise sanitaire a généré de nouveaux volumes, en particulier pour le linge en forme puisque les soignants ont pris l’habitude de se changer plus régulièrement. Les blanchisseries se sont aussitôt réorganisées pour absorber cette charge supplémentaire. Or il est fort probable que ces nouvelles pratiques perdurent… Il faudra alors soit accroître l’automatisation de la chaîne de production, soit recruter du personnel d’encadrement supplémentaire pour maintenir des horaires de fonctionnement élargis. Dans un cas comme dans l’autre, des investissements seront à prévoir. Il faudra ensuite pouvoir assurer la traçabilité et la distribution de ces tenues. Les distributeurs automatiques de vêtements (DAV) représentent ici une option intéressante, mais le tout DAV n’est pas accessible à tous. Et c’est loin d’être la seule évolution née avec la crise sanitaire. Il est par exemple désormais urgent de généraliser la maîtrise de la désinfection aérienne des zones à risque, pour laquelle il existe des solutions faciles à mettre en œuvre et efficaces (brumisation, ozone, eau trioxygénée, UV-C). Il faut aussi sérieusement commencer à considérer les risques de piratages informatiques puisque, la crise l’a bien montré, aucun secteur n’est à l’abri des cyber-pirates…

Pour finir, quelles pistes de réflexion tirez-vous de votre veille auprès du terrain, pour assurer l’avenir des blanchisseries hospitalières ?
Le futur passera probablement par la mise en place d’un service clientèle dédié, sur le modèle de ce qui se fait déjà dans le secteur privé. Cette évolution est attendue par les utilisateurs, qui pourront ainsi faire remonter les problèmes au fil de l’eau plutôt qu’en masse. Ce sera en outre l’occasion de s’inscrire dans la démarche d’amélioration continue préconisée par les tutelles. Un autre enjeu d’avenir résidera dans la généralisation des puces RFID – ou QR codes pour les plus petites unités – pour optimiser la gestion des stocks et les statistiques d’exploitation, mais aussi pouvoir analyser et comprendre rapidement les dysfonctionnements. Certaines blanchisseries hospitalières desservent plus de 750 points de livraison et ne peuvent raisonnablement analyser individuellement chaque flux. Un dernier point : les grandes unités ont intérêt à faire sous-traiter le linge des résidents ou tout textile difficile à traiter industriellement. En faisant par exemple appel aux ESAT, cette démarche sera vertueuse en termes d’insertion et d’inclusion, tout en favorisant le développement des compétences. Elle permettra en outre de mobiliser de nouveaux investissements matériels. Il est ainsi possible de dégager entre 100 000 et 150 000 euros, qui pourront être fléchés sur les équipements et process industriels. Ce ne sont là que quelques exemples des pistes sur lesquelles nous réfléchissons au sein de notre groupe.

Article publié dans le numéro de mai d'Hospitalia à consulter ici
 






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