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Hygiène

Antibiorésistance : le programme EU-Jamrai porte le dialogue au niveau européen


Rédigé par Aurélie Pasquelin le Mercredi 8 Décembre 2021 à 11:29 | Lu 583 fois


Finalisé ce printemps, le programme européen EU-Jamrai a réuni, pendant quasiment cinq ans, 44 partenaires autour d’un enjeu de santé publique majeur, la lutte contre l’antibiorésistance. Des travaux qui ont donné lieu à plusieurs recommandations, dont la mise en place de mécanismes d’incitation économique concernant spécifiquement les antibiotiques.



Marie-Cécile Ploy, coordinatrice du programme européen. ©DR
Marie-Cécile Ploy, coordinatrice du programme européen. ©DR
« Dans l’Union européenne (UE), on estime que la résistance aux antimicrobiens (RAM) coûte environ 1,5 milliard d’euros par an en frais de soins de santé et en pertes de productivité ». Partant de ce constat, les instances européennes ont officiellement lancé, en 2018, une Joint Action, ou programme joint, regroupant 44 structures implantées dans les différents États membres. Intitulé EU-Jamrai – pour European Joint Action Antimicrobial Resistance and Healthcare-Associated Infections – il s’est intéressé à la résistance microbienne chez l’homme et l’animal. « La Joint Action est un moyen de créer une synergie entre les pays pour aller vers des propositions concrètes, et ainsi définir ensemble de bonnes pratiques communes en matière de lutte contre l’antibiorésistance », explique Marie-Cécile Ploy, coordinatrice du projet européen. Après dix-huit mois de préparation et trois années de travail, les participants ont remis leur rapport au printemps. Ils y exposent leurs constats, mais aussi leurs conseils pour une action coordonnée.
 

Mode d’action : des visites pays à pays

Élaborés en concertation entre les différentes structures engagées dans la démarche, leurs travaux s’appuient sur des visites de terrain réalisées dans les États de l’Union. Ces « visites pays à pays […] ont été organisées dans un esprit d’écoute et de partage », insiste Marie-Cécile Ploy, évoquant d’ailleurs un « franc succès ». « L’exercice a été positivement vécu par tous les acteurs », poursuit celle qui espère maintenant la création d’un réseau d’instances de décision à l’échelle européenne. Recommandée par EU-Jamrai afin que les politiques et pouvoirs publics puissent mieux s’emparer des enjeux liés à l’antibiorésistance, la constitution de ces institutions s’accompagnerait dès lors d’outils et d’indicateurs communs à l’échelle du continent.
 

Tel le ruban rouge du Sidaction, EU-Jamrai a créé le symbole de la lutte contre l’antibiorésistance représentant un pansement, un cœur et des gélules brisées.
Tel le ruban rouge du Sidaction, EU-Jamrai a créé le symbole de la lutte contre l’antibiorésistance représentant un pansement, un cœur et des gélules brisées.

De nombreuses recommandations

Ainsi, face au « manque d’outils efficaces et facilement accessibles pour faciliter la mise en œuvre des programmes de bon usage des antimicrobiens », et suite à une étude menée dans onze pays européens, le programme EU-Jamrai recommande, entre autres, de créer un nouvel indicateur de consommation d’antimicrobiens (AMC) pour les hôpitaux « afin de surveiller la consommation en doses définies journalières (DDJ) pour 1 000 journées d’hospitalisation ». Un tel dispositif viendrait ainsi en complément des données actuelles, exprimées en DDJ pour 1 000 habitants.

En outre, inscrite dans une démarche One Health (« Une seule santé »), l’initiative EU-Jamrai s’est également employée à définir des axes d’amélioration pour la santé animale. « Nous recommandons la mise en place d’une surveillance européenne chez les animaux, pour constituer une base de données EARS-Vet à l’image d’EARS-Net, qui concerne actuellement les hommes et les animaux de production », indique ainsi Marie-Cécile Ploy. Dans la continuité de cette proposition et rappelant les résultats du rapport Jiacra II, le programme demande par ailleurs l’inclusion systématique des pathogènes animaux dans la surveillance de la résistance microbienne.

Encourager la recherche…

Ces appels en faveur d’une politique commune en matière de surveillance et de prévention se retrouvent tout au long des propositions du programme, dont les participants insistent par exemple sur la nécessité de développer la recherche via des actions dédiées, telles que l’introduction de l’antibiorésistance dans les appels à projets. « En collaboration avec des experts européens de la prévention et de contrôle des infections (PCI) », l’EU-Jamrai a ainsi établi une liste d’axes de recherche prioritaires avec, en premier lieu, la nécessité de développer les « données disponibles sur l’impact des changements infrastructurels au niveau des installations », citant ainsi la densité des points de lavage des mains et la disponibilité de chambres individuelles. Autres sujets d’étude fortement encouragés par le programme, « l’impact du ratio patient/lit », « l’interaction entre le microbiome humain et le microbiome hospitalier » ou encore l’évaluation des « facteurs démographiques, organisationnels, économiques, sociologiques et comportementaux ». Les signataires insistent : « Le financement de ces priorités de recherche est essentiel pour renforcer la prévention et le contrôle des infections ».
 

… et revoir ses financements

Les réflexions menées sur les différentes possibilités de financement en la matière est d’ailleurs justement l’un des points forts de ces travaux. Partant de plusieurs constats, les pénuries récurrentes de certains antimicrobiens, les coûts de recherche et de production de molécules…, les membres de l’équipe européenne proposent une révision du modèle économique de ces médicaments au niveau de l’Union. « On pourrait, par exemple, favoriser des marchés, comparables à des marchés publics communs à toute l’Europe, où chacun annoncerait ses besoins et payerait pour un approvisionnement garanti », explique Marie-Cécile Ploy. En prévision de cette refonte, trois pays pilotes ont déjà lancé des expérimentations : l’Angleterre pour un paiement annuel concernant deux antibiotiques et ne dépendant pas du volume des ventes ; l’Allemagne pour une révision de l’évaluation des antibiotiques de réserve permettant une augmentation des prix unitaires ; et la Suède, qui a signé des accords avec les fournisseurs de cinq antibiotiques leur garantissant des revenus annuels.

« Les retours ont été très positifs, notamment sur ces propositions de révision du modèle économique », constate Marie-Cécile Ploy qui « espère maintenant que le projet et ses idées, seront captés par les décideurs politiques ». La chercheuse conclut : « Ces années ont été particulièrement intéressantes, j’ai pris conscience de l’importance de l’échelon politique, de l’intérêt de toucher les décideurs pour pouvoir mettre en application les travaux des scientifiquesMais pour y arriver, il est indispensable de traduire les recherches en propos compréhensibles par le corps politique ».

*Le Joint Inter-Agency Antimicrobial Consumption and Resistance Analysis (Jiacra) réuni, depuis 2011, les conclusions des agences de l’Union Européenne en matière de consommation d’antimicrobiens et l’analyse des résistances.

- Plus d’informations sur le site d’EU-Jamrai, https://eu-jamrai.eu

Article publié dans l'édition de septembre 2021 d'Hospitalia à lire ici.






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