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« Le citoyen ne doit pas se mettre en retrait des nouveaux outils numériques »


Rédigé par Rédaction le Mercredi 26 Avril 2023 à 09:34 | Lu 973 fois


Professeur des universités - praticien hospitalier (PU-PH) spécialisé en Biostatistique et Informatique de Santé, président de l’Association française d'Informatique Médicale (AIM) et responsable du Département d'information et d'informatique médicale du Groupement Hospitalier de Territoire des Alpes-Maritimes, le Pr Pascal Staccini a consacré toute sa carrière au développement et à la structuration de l’informatique en santé. Véritable passionné, il poursuit aujourd’hui ses travaux, s’intéressant tout particulièrement à la médiation scientifique en matière de santé numérique. Rencontre.



Le Pr Pascal Staccini , président de l’Association française d’Informatique Médicale. ©DR
Le Pr Pascal Staccini , président de l’Association française d’Informatique Médicale. ©DR
Aujourd’hui âgé de 61 ans, votre carrière s’est entièrement construite autour de l’informatique médicale. Pourriez-vous revenir sur votre parcours ? 

Pr Pascal Staccini : Après une thèse de médecine, obtenue en 1992 et qui portait sur l’informatisation d’un bloc opératoire, j’ai poursuivi avec un diplôme d'études approfondies (DEA), une thèse de science, puis une habilitation à diriger des recherches (HDR). Mon parcours est donc plutôt classique, mais aussi révélateur d’une forte tendance à « universitariser » les professions de santé. Et cela ne se limite plus aux médecins, aux odontologues et pharmaciens. Aujourd’hui, les kinésithérapeutes, les sages-femmes et les infirmiers peuvent eux aussi bénéficier de cette évolution nécessaire au développement de leur spécialité.

Vous dirigez aujourd’hui l’unité de recherche en santé publique RETINES, de l’Université Côte d’Azur. Quelles sont ses spécificités ?

Créée en 2019, l’unité RETINES, pour « Risques, Épidémiologie, Territoires, Information, Éducation et Santé », se concentre sur l’étude des vulnérabilités appliquées aux populations, aux pratiques et à l’apprentissage. Nous essayons notamment de nourrir la réflexion autour d’une meilleure collaboration entre professionnels de santé. La première thèse soutenue par l’unité porte d’ailleurs sur l’enseignement pluriprofessionnel. Bien entendu, l’informatique médicale a toute sa place dans ces travaux, en tant qu’outil de communication, d’information et de traçabilité. Ce dernier point a largement été mis en avant par les différentes démarches de certification des établissements de santé. Bien qu’elles puissent certes être perçues comme excessives, elles n’en restent pas moins indispensables pour une meilleure traçabilité, une meilleure communication, et donc un meilleur accès à l’information au sein du monde hospitalier. 

Outre ces évolutions réglementaires, avez-vous également noté des évolutions auprès des patients et des soignants dans leur approche du numérique ?

Il est aujourd’hui évident que les plus jeunes ont une culture numérique différente de celle des générations précédentes. Il faut dire que les évolutions numériques ont été très importantes ces dernières décennies, et nul doute que cette dynamique s’accentuera encore. Mais la méfiance envers les outils numériques, les inquiétudes concernant leur sécurité, augmentent également. Si une meilleure prise de conscience des enjeux autour de la protection et de la confidentialité des données me semble nécessaire, le citoyen ne doit pas, pour autant, se mettre en retrait des nouveaux outils numériques. Disponible depuis déjà quelques mois, Mon Espace Santé, par exemple, n’est pas autant ouvert qu’il le faudrait. Et j’en suis surpris, car il s’agit d’une évolution extrêmement importante. Il faut aujourd’hui convaincre le grand public de l’importance d’avoir son entrepôt personnel de données, même si le bénéfice attendu n’est pas immédiat.

La médiation scientifique en matière de santé numérique est d'ailleurs un thème central de vos derniers travaux…

À l’heure où l’on parle de sciences participatives, il est important d’impliquer tous les acteurs de la santé à la recherche. Dans cet esprit, l’Université Côte d’Azur a par exemple lancé en 2019 le Centre d'Innovation du Partenariat avec les Patients et le Public (CI3P). Lieu d’échanges privilégiés entre tous les professionnels de santé et les patients, cet espace est essentiel pour une approche pluridisciplinaire et pluriprofessionnelle de la santé. Et ce n’est qu’un exemple des démarches que l’on peut mettre en place pour rapprocher le grand public du monde de la santé et du numérique en santé. Une meilleure compréhension de l’informatique médicale bénéficiera à tous, car elle facilitera l’appropriation de ces outils tout en accroissant la sécurité globale. Rappelons-le, la prévention en matière de cybersécurité passe avant tout par la limitation des fautes humaines. Face à un flux d’informations toujours plus important, elle impose aussi le développement de l’esprit critique, nécessaire pour trier ces informations et développer le concept d’hygiène du numérique permettant aussi de limiter la transmission des virus.

Vous travaillez également sur la thématique du numérique en EHPAD. Quels sont ici vos constats ?

Les capacités des résidents, et surtout le turn-over du personnel et le sous-effectif chronique des ressources soignantes, sont des freins indéniables à la mise en place de tout nouvel outil au sein de ces structures. Pourtant, des outils numériques adaptés, faciles d’accès et d’usage, pourraient répondre à de nombreuses problématiques rencontrées quotidiennement dans les EHPAD. On peut, par exemple, imaginer l’installation d’un capteur infrarouge à la porte d’une chambre, pour savoir si le résident est sorti. De la même manière, poser un capteur dans le lit peut permettre de savoir si une personne tend à se lever de plus en plus tard. Sans être forcément complexes, de tels systèmes offrent des modalités de suivi supplémentaires, et peuvent d’ailleurs être également installés à l’hôpital.

Qu’en est-il de la télémédecine en EHPAD ?

Bien qu’elle s’y développe, cette dynamique n’est pas propre à la structure EHPAD : la télémédecine, et notamment l’usage des cabines de télémédecine, sont des modalités en plein essor ces dernières années. Mais elles nécessitent un savoir-faire spécifique. Je milite ici pour la création d’un statut d’Infirmier de Pratique Avancée (IPA) en télésanté. Ces professionnels dûment formés pourraient alors apporter des informations complémentaires, assister le patient, organiser l’agenda et la traçabilité des actes, tout en étant en capacité de comprendre les pathologies de manière générale. Ils seraient de précieux atouts pour le développement et le bon déroulement des actes de télésanté.

Le mot de la fin ?

Au-delà du seul aspect numérique, ma réflexion porte sur le système dans son ensemble. L’essor du numérique a certes un attrait particulier, mais il gagnerait à s’accompagner d’une réflexion plus transversale sur nos organisations, sur la place du patient, mais aussi sur celle tous les acteurs de la santé. Les outils et services numériques apportent une vision parfois nouvelle, qui peut à la fois assister la prise de décisions et limiter de fait certains risques, mais aussi favoriser les interactions à plus large échelle. La technologie se positionne à ce titre comme un véritable pont entre les professionnels, les spécialités et les structures de santé, et est à terme amenée à faciliter l’ouverture de notre système de santé dans sa globalité.

Article publié dans l'édition de février 2023 d'Hospitalia à lire ici.
 






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