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Hygiène

« Il y a un réel manque de formation sur le développement durable »


Rédigé par Aurélie Pasquelin le Mercredi 26 Octobre 2022 à 09:50 | Lu 336 fois


Pensé pour tous les acteurs du secteur de la santé, le nouvel atelier collaboratif « Plan Health Faire » aborde les principaux points du développement durable appliqué à la santé. En tant que spécialité transversale en contact avec tous les services, l’hygiène hospitalière y tient une place particulièrement importante, comme nous l’expliquent les Docteurs Léa Boissinot et Jérémy Guihenneuc, co-créateurs de l’atelier et de ses différentes composantes.



Pharmacien hospitalier à l’OMEDIT Île-de-France pour l’une et pharmacien assistant hospitalo-universitaire en Santé Publique au CHU de Poitiers pour l’autre, vos profils ne sont pas tout à fait identiques. Comment avez-vous eu l’idée de créer l’atelier « Plan Health Faire » ?

Léa Boissinot : Plan Health Faire est né d’un travail universitaire conduit conjointement dans le cadre du diplôme universitaire « Développement durable du concept à la pratique de soins », suivi en 2020-2021 à la Faculté de Médecine Sorbonne Université. Quels que soient les lieux et les manières d’exercer, le constat est le même : il y a un réel manque de formation sur le développement durable en santé.

Jérémy Guihenneuc : À l’université, où j’interviens sur les thématiques de la santé publique, du climat et du développement durable, nous retrouvons le même constat. C’est pour répondre à cette situation que nous avons décidé de développer Plan Health Faire, un atelier collaboratif proposant une formation et des outils pédagogiques pour comprendre l’essentiel des enjeux du développement appliqués à la santé.

Quels sont les différents sujets abordés à travers cette formation ?

Léa Boissinot : Nous avons identifié plusieurs thématiques lors de la conception de Plan Health Faire, et avons donc décidé de décliner la formation en sept modules : le changement climatique, pour une vision large des enjeux en présence ; la gouvernance ; l’hôpital avec tous ses flux entrants et sortants ; le bloc opératoire ; le cycle de l'eau en santé ; la maternité et la santé environnementale ; le patient/usager et la ville. Ce sont autant de thématiques structurantes en matière de développement durable, dont les différentes facettes sont détaillées au sein des modules. À chaque fois, la multiplicité des thèmes abordés permet d’appréhender plusieurs sujets.

Jérémy Guihenneuc : Le module maternité et santé environnementale permet par exemple d’évoquer les perturbateurs endocriniens. Celui consacré aux blocs opératoires illustre pour sa part les contraintes des services, l’énergie, le personnel, les médicaments, les déchets… Mais la réflexion peut très bien s’appliquer à d’autres secteurs d’activités hospitalières. Pour résumer, chaque module fait le lien entre les différents aspects du développement durable. Ce point de vue transversal, global, est aujourd’hui nécessaire pour décloisonner le milieu de la santé et aborder au mieux la problématique du développement durable.

Quel est le rôle de l’hygiène hospitalière dans cette démarche ?

Jérémy Guihenneuc : Intervenant dans tout l'hôpital, l’hygiène hospitalière est importante par son large champ d’action, qui va de la prévention du risque infectieux à l’entretien des locaux, en passant par la lutte contre les résistances bactériennes et une expertise dans la stratégie de choix « usage unique » versus réutilisable (dispositifs médicaux, équipements de protection…). Cette spécialité tient donc tout naturellement une place importante au sein de l’atelier Plan Health Faire et du jeu de cartes que nous avons conçu pour l’animer. L’antibiorésistance, par exemple, et la mise en place d’une démarche One Health y sont particulièrement développées. Nous abordons également d’autres thématiques comme la gestion des déchets, ou encore les biocides et les détergents utilisés notamment dans les techniques d'entretien. Comme nous l’évoquions plus haut, le développement durable doit être vu de manière transversale. Nous sommes persuadés que l’hygiène hospitalière peut ici apporter sa pierre à l’édifice en intégrant au maximum ces réflexions aux pratiques de soins dans leur globalité.

Concrètement, comment s’organisent les formations Plan Health Faire ?  

Léa Boissinot : Plan Health Faire en est encore à ses débuts, et est à ce titre aujourd’hui proposé à l'occasion d'enseignements universitaires (master, DU...) ou lors d’événements ou d’interventions planifiées. Nous avons ainsi eu l’opportunité d’animer des ateliers Plan Health Faire à l’aide des cartes par exemple dans plusieurs rencontres professionnelles, dont le congrès national de la Société Française d’Hygiène Hospitalière en juin 2022, ou prochainement, en octobre, les Journées Francophones de Radiologie. Pendant une heure, le groupe, de 7 à 35 personnes, peut alors échanger autour des différentes thématiques. En dehors des congrès, durant lesquels nous adaptons l’atelier, une formation Plan Health Faire dure deux heures. Nous ne sommes pour le moment que deux à animer les formations, mais souhaitons renforcer l’équipe de formateurs pour en faire bénéficier plus de personnes.

Qui seront ces futurs formateurs ?

Jérémy Guihenneuc : Nous visons, dans un premier temps, des acteurs déjà sensibilisés et engagés, tant à l’université que dans les établissements de santé, comme les référents développement durable, qui pourront à leur tour être des relais. Pour les uns comme pour les autres, un temps de deux à trois heures est prévu pour réaliser l’atelier, répondre aux questions et fournir les différentes composantes matérielles. Nous mettons ici à leur disposition le guide d’autoformation que nous avons conçu autour de Plan Health Faire. Quatre techniques d'animation différentes y sont développées pour s’adapter à tous les publics.

Léa Boissinot : Notre objectif est de diffuser toutes les informations nécessaires pour que les formateurs s’approprient au mieux le jeu de cartes et le message de Plan Health Faire. Une attention toute particulière est portée sur la création d’échanges entre les participants. Le formateur apporte certes des connaissances, mais il est aussi là pour mettre en relation des personnes ne communiquant pas nécessairement entre elles au quotidien, ce qui permet d’ailleurs de favoriser cette vision globale nécessaire aux démarches de développement durable.

À qui s’adressent ces ateliers ?

Léa Boissinot : Pharmaciens, hygiénistes, médecins, aides-soignants, infirmiers, administratifs, logisticiens… Tous sont concernés par le sujet. Nous recevons aujourd’hui de plus en plus de sollicitations des professionnels. Plan Health Faire a donc été pensé pour tous les acteurs des établissements de santé, et peut même être adapté à certaines structures du médico-social. Ayant déjà réalisé plusieurs ateliers, nous avons déjà eu des retours d’apprenants qui ont tous signifié une évolution et une acquisition de connaissances. Certains ont même indiqué de potentiels changements dans leur pratique professionnelle.

Jérémy Guihenneuc : Engagés à différents niveaux en tant que citoyens, les professionnels de la santé sont aujourd’hui en attente de ce type de formation qui s’intéresse aussi au « comment ». Cela passe notamment par l’étude des possibilités d’engagement des professionnels pour aussi donner plus de sens à leurs actions. C'est pour cela que nous avons créé Plan Health Faire comme une formation universelle, qui résonne pour tout un chacun. Le jeu de cartes s'adresse ainsi à toutes les parties prenantes y compris les patients/usagers et les étudiants. Pour que ces thématiques avancent, avec des actions concrètes, il est aujourd’hui important que tous, y compris le grand public, comprennent les enjeux du développement durable en santé pour ainsi agir collectivement.

> Plus d’informations sur : https://www.omedit-idf.fr/plan-health-faire-2/

Article publié dans l'édition de septembre 2022 d'Hospitalia à lire ici.






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