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« Il faut accélérer l’arrivée d’outils mieux adaptés aux pratiques »


Rédigé par Aurélie Pasquelin le Lundi 12 Décembre 2022 à 14:54 | Lu 1302 fois


En bouleversant les pratiques, les avancées informatiques de ces dernières décennies ont eu un impact majeur sur le quotidien des soignants. À l’avenir, « cette tendance devrait s’accentuer », nous explique Jean-Marc Pocard, Infirmier Diplômé d’État, référent logiciel métier et responsable projet SSI (Sécurité des Systèmes d’Information) au sein du Groupe Hospitalier Les Cheminots, en Essonne.



Quelles ont été, selon vous, les principales innovations de ces quinze dernières années ?
Jean-Marc Pocard : Le développement des systèmes d'information hospitaliers, et plus particulièrement l'évolution des outils métiers, ont clairement marqué l’exercice de toutes les équipes médico-soignantes – dans le bon sens, car ils ont contribué à améliorer la prise en charge des patients et favorisé une meilleure qualité de vie au travail. C’est pourquoi la transition numérique gagnerait à encore s’accélérer. Pour soutenir cette dynamique, il faudrait par exemple améliorer l’appropriation de ces technologies par les soignants, en renforçant l’ergonomie des solutions mises à leur disposition. Les smartphones, notamment, pourraient ici jouer un rôle majeur. Les décideurs hospitaliers et politiques ayant un fort pouvoir incitatif, il nous faut les convaincre de l’importance de cette démarche pour la pérennisation de notre système de santé. De nombreux autres éléments entrent naturellement en compte ici, comme la revalorisation des salaires. Mais j’en suis persuadé, la généralisation des technologies numériques, et notamment des outils utilisables en mobilité, sera structurante pour les hôpitaux et la médecine de demain.

Pensez-vous à des applications en particulier ?
Si un patient est en souffrance, on peut très bien imaginer que le soignant puisse directement accéder à son dossier médical, en scannant simplement un code-barres ou un tag RFID. Ce type de technologie faciliterait grandement le transfert d’informations, tout en accélérant la prise en charge et en limitant le risque d'incident iatrogénique. L'idée serait donc d'avoir un système d'information hospitalier dans sa poche. Tout le monde y gagnerait : le patient, car il bénéficiera de soins plus rapides, et le soignant, car il limitera les déplacements pour obtenir l’information recherchée. De la même manière, on pourrait recourir à des outils connectés et communicants pour automatiser certaines tâches répétitives et sans réelle valeur ajoutée, comme le réachalandage des ambulances au SAMU ou la vérification hebdomadaire des chariots au sein des services. Ou encore pour rationaliser la gestion des stocks hospitaliers et limiter, entre autres, les pertes liées aux produits périmés.

Comme vous l’avez déjà évoqué, l’informatique contribue à une meilleure qualité de vie au travail. Pourriez-vous nous en parler ?
L’exemple donné plus haut est à mon sens assez parlant : en facilitant le partage de l’information, on réduit les déplacements des soignants – dont le quotidien est déjà bien chargé. Cela étant dit, toute initiative limitant le temps accordé aux tâches non directement afférentes aux soins, est une démarche contribuant au bien-être et à la sécurité des soignants. La nécessité de cocher les médicaments après les avoir administrés au patient, par exemple, est un acte pouvant engendrer du stress. Il n'est pas rare qu’une fois rentrée chez elle, l’infirmière rappelle son service pour demander si un médicament a bien été coché. Un système qui permettrait de tracer instantanément cette action aura donc un impact direct sur la qualité de vie au travail. Vous le voyez, le numérique peut apporter ici une réponse concrète à une problématique qui, en plus d’être une source importante de charge mentale pour les soignants, peut également causer un événement iatrogénique.

Quel regard portez-vous sur les politiques mises en œuvre ces dernières années en matière de santé numérique ?
Les développements engagés sont clairement encourageants et doivent se poursuivre pour tendre, comme on l’a dit, vers plus d’ergonomie et donc une meilleure appropriation par les soignants. Logistique, sécurité des soins et qualité de vie au travail sont intimement liées et peuvent toutes fortement bénéficier d’un recours accru aux technologies numériques. Les responsables politiques, ainsi que les différentes professions soignantes, doivent aujourd’hui s’emparer plus largement du sujet pour accélérer l’arrivée d’outils mieux adaptés aux pratiques de chacun. La robotique, l’intelligence artificielle, les applications mobiles… tous les champs doivent être considérés pour que nos professions ne prennent pas de retard, au risque d’être par la suite dépassées.

Article publié dans l'édition de septembre 2022 d'Hospitalia à lire ici.

Un infirmier passionné par les technologies numériques

« En 1994, quand j'ai vu les premiers ordinateurs arriver dans la salle de soins, je n’en ai pas vu l’utilité. Peu à peu, je suis tombé dedans ». Référent logiciel métier pour le Dossier Patient Informatisé et responsable projet SSI (Sécurité des Systèmes d’Information) au sein du Groupe Hospitalier Les Cheminots, dans l’Essonne, Jean-Marc Pocard est un passionné du numérique en santé : depuis ses premiers contacts avec l’informatique, il a multiplié les actions pour favoriser le développement de ces technologies. Infirmier Diplômé d’État en 1991 et titulaire du Diplôme Universitaire de Logisticien Hospitalier depuis 2010, le soignant a par exemple été coopté en 2009 pour rejoindre la commission Galien, et participer au développement des coopérations francophones au sein du Haut Conseil français de la télésanté.

Jusqu’en 2014, il intervient également en parallèle auprès des étudiants de l’École Centrale d’Électronique de Paris, et suit notamment les projets de fin d’études des futurs ingénieurs. « Cette expérience était particulièrement intéressante, tant du côté humain que technique : les étudiants ne manquent pas d’ingéniosité », confie-t-il. Lui-même inventeur, Jean-Marc Pocard combine ses différentes activités pour imaginer de nouvelles solutions à destination des patients et des soignants. « QVT, logistique, nouvelles technologies… Pour moi tout est lié. C’est pourquoi il est aujourd’hui essentiel de développer de nouveaux outils et de les intégrer aux pratiques de soin », insiste-t-il.
 






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