Pourriez-vous, pour commencer, revenir sur votre parcours ?
Romain Fortier : Je me suis très tôt orienté vers les métiers de la sécurité. J’ai débuté dans la prévention incendie, sapeur-pompier volontaire, avant d’élargir mes compétences à la sûreté et aux missions de protection à l’étranger. Depuis près de cinq ans, je suis ingénieur hospitalier au CH de l’Estran, en charge de la sûreté, de la prévention incendie et de la logistique. J’y ai découvert un environnement exigeant, passionnant et profondément humain. Même si la culture de la sûreté reste encore peu développée dans les hôpitaux, la direction du CH de l’Estran et son directeur, Stéphane Blot, ont fait le choix d’investir dans cette démarche. Nous avons ainsi organisé, en 2022, l’un des tout premiers exercices « attentat » à l’échelle réelle en France, et un nouvel exercice verra également le jour en 2026. Ces exercices sont essentiels pour limiter l’effet de sidération, améliorer la coordination entre soignants, forces de l’ordre et secours, et mieux anticiper les besoins de chacun en situation de crise.
Vous avez récemment publié l’ouvrage La sûreté à l’Hôpital. Pourquoi ?
J’ai voulu proposer un état des lieux clair et factuel de la sécurité dans les établissements de santé. Le livre traite des différentes formes de violence en milieu hospitalier, du risque terroriste et des réponses possibles, notamment par la formation et la sensibilisation des équipes. J’y aborde aussi de thématiques spécifiques comme la psychiatrie, la radicalisation ou la collaboration entre hôpitaux, forces de l’ordre et pompiers. Mon objectif est de rappeler que la sécurité conditionne à la fois le bien-être des professionnels et la qualité des soins. J’évoque enfin des sujets stratégiques pour l’avenir, comme la souveraineté économique et la protection des données hospitalières.
Pourquoi aborder la radicalisation et le risque terroriste dans ce livre ?
Parce que ce sont des risques réels que les hôpitaux doivent connaître pour mieux s’en prémunir. La psychiatrie, par exemple, accueille des personnes parfois vulnérables aux techniques de recrutement. Cela ne fait pas d’elles des terroristes, mais impose vigilance et coordination avec les services de renseignements pour prévenir tout endoctrinement. J’aborde également les risques d’attaque visant les hôpitaux, qui sont des cibles à fort impact. Ma démarche est pragmatique : renforcer la formation, développer les bons réflexes et fluidifier la collaboration avec les forces de l’ordre et les secours pour mieux anticiper, protéger et limiter les conséquences.
Romain Fortier : Je me suis très tôt orienté vers les métiers de la sécurité. J’ai débuté dans la prévention incendie, sapeur-pompier volontaire, avant d’élargir mes compétences à la sûreté et aux missions de protection à l’étranger. Depuis près de cinq ans, je suis ingénieur hospitalier au CH de l’Estran, en charge de la sûreté, de la prévention incendie et de la logistique. J’y ai découvert un environnement exigeant, passionnant et profondément humain. Même si la culture de la sûreté reste encore peu développée dans les hôpitaux, la direction du CH de l’Estran et son directeur, Stéphane Blot, ont fait le choix d’investir dans cette démarche. Nous avons ainsi organisé, en 2022, l’un des tout premiers exercices « attentat » à l’échelle réelle en France, et un nouvel exercice verra également le jour en 2026. Ces exercices sont essentiels pour limiter l’effet de sidération, améliorer la coordination entre soignants, forces de l’ordre et secours, et mieux anticiper les besoins de chacun en situation de crise.
Vous avez récemment publié l’ouvrage La sûreté à l’Hôpital. Pourquoi ?
J’ai voulu proposer un état des lieux clair et factuel de la sécurité dans les établissements de santé. Le livre traite des différentes formes de violence en milieu hospitalier, du risque terroriste et des réponses possibles, notamment par la formation et la sensibilisation des équipes. J’y aborde aussi de thématiques spécifiques comme la psychiatrie, la radicalisation ou la collaboration entre hôpitaux, forces de l’ordre et pompiers. Mon objectif est de rappeler que la sécurité conditionne à la fois le bien-être des professionnels et la qualité des soins. J’évoque enfin des sujets stratégiques pour l’avenir, comme la souveraineté économique et la protection des données hospitalières.
Pourquoi aborder la radicalisation et le risque terroriste dans ce livre ?
Parce que ce sont des risques réels que les hôpitaux doivent connaître pour mieux s’en prémunir. La psychiatrie, par exemple, accueille des personnes parfois vulnérables aux techniques de recrutement. Cela ne fait pas d’elles des terroristes, mais impose vigilance et coordination avec les services de renseignements pour prévenir tout endoctrinement. J’aborde également les risques d’attaque visant les hôpitaux, qui sont des cibles à fort impact. Ma démarche est pragmatique : renforcer la formation, développer les bons réflexes et fluidifier la collaboration avec les forces de l’ordre et les secours pour mieux anticiper, protéger et limiter les conséquences.
© CH de l’Estran
Les soignants sont-ils aujourd’hui suffisamment sensibilisés à la sûreté ?
La culture de la sûreté reste encore fragile, dans les petits établissements, en psychiatrie, mais aussi dans les plus grands établissements avec une approche différente. C’est collectivement que nous devons repenser notre modèle de protection.Beaucoup de professionnels considèrent la violence comme « faisant partie du métier », ce qui révèle un manque d’accompagnement. Pourtant, les situations d’agression sont bien réelles et peuvent être très traumatisantes. Au CH de l’Estran, nous avons mis en place des protocoles d’urgence, du matériel de protection, des formations et un retour systématique d’expérience. Ces actions ont renforcé la confiance des équipes et amélioré leur sécurité. Nous proposons également des formations institutionnelles sur la radicalisation, le risque attentat et la gestion de la violence co-animées par les équipes de soins et la sécurité. L’objectif n’est pas de transformer les soignants en intervenants tactiques, mais de leur donner les bons réflexes pour se protéger, car la sécurité du personnel et la qualité des soins sont indissociables. L’hôpital de demain devra intégrer la sûreté comme un pilier de gouvernance, pour l’adapter aux enjeux futurs.
Quels sont les autres leviers pour renforcer la sûreté à l’hôpital ?
Les leviers essentiels sont l’acculturation, la coordination et la formation. La création de comités sécurité-sûreté associant direction et encadrement permet d’ancrer une dynamique collective. Les outils techniques, comme le contrôle d’accès, la vidéoprotection, et l’intelligence artificielle, qui se développent pour détecter automatiquement les situations à risque, alerter plus vite, et soulager les équipes, apportent une protection adaptée aux profils de risque des services. La loi du 9 juillet 2025 constitue une avancée majeure : elle permet aux établissements d’effectuer eux-mêmes les dépôts de plainte pour soutenir les soignants victimes de violences. La collaboration régulière avec les forces de l’ordre renforce enfin la réactivité et la confiance.
La culture de la sûreté reste encore fragile, dans les petits établissements, en psychiatrie, mais aussi dans les plus grands établissements avec une approche différente. C’est collectivement que nous devons repenser notre modèle de protection.Beaucoup de professionnels considèrent la violence comme « faisant partie du métier », ce qui révèle un manque d’accompagnement. Pourtant, les situations d’agression sont bien réelles et peuvent être très traumatisantes. Au CH de l’Estran, nous avons mis en place des protocoles d’urgence, du matériel de protection, des formations et un retour systématique d’expérience. Ces actions ont renforcé la confiance des équipes et amélioré leur sécurité. Nous proposons également des formations institutionnelles sur la radicalisation, le risque attentat et la gestion de la violence co-animées par les équipes de soins et la sécurité. L’objectif n’est pas de transformer les soignants en intervenants tactiques, mais de leur donner les bons réflexes pour se protéger, car la sécurité du personnel et la qualité des soins sont indissociables. L’hôpital de demain devra intégrer la sûreté comme un pilier de gouvernance, pour l’adapter aux enjeux futurs.
Quels sont les autres leviers pour renforcer la sûreté à l’hôpital ?
Les leviers essentiels sont l’acculturation, la coordination et la formation. La création de comités sécurité-sûreté associant direction et encadrement permet d’ancrer une dynamique collective. Les outils techniques, comme le contrôle d’accès, la vidéoprotection, et l’intelligence artificielle, qui se développent pour détecter automatiquement les situations à risque, alerter plus vite, et soulager les équipes, apportent une protection adaptée aux profils de risque des services. La loi du 9 juillet 2025 constitue une avancée majeure : elle permet aux établissements d’effectuer eux-mêmes les dépôts de plainte pour soutenir les soignants victimes de violences. La collaboration régulière avec les forces de l’ordre renforce enfin la réactivité et la confiance.
Peut-on intégrer la sûreté dès la conception ou la rénovation d’un bâtiment hospitalier ?
Tout à fait. L’architecture et l’aménagement intérieur peuvent réduire les tensions et prévenir les passages à l’acte. Dès la phase de conception, on peut imaginer des espaces d’attente plus apaisants – couleurs douces, indication des temps d’attente, distributeurs de boissons, numérotation claire… L’installation de sas ou de zones de protection à l’accueil renforce également la sécurité des équipes et des patients. Contrairement à la sécurité incendie, la sûreté n’est pas encadrée par des règles strictes ; chaque hôpital doit analyser ses risques et concevoir des solutions adaptées. Agir en amont est toujours plus efficace, et bien moins coûteux, qu’intervenir après un incident.
Pour conclure, quelle est votre vision de l’hôpital de demain en matière de sûreté et de sécurité ?
Pour remplir sa mission de soins, l’hôpital doit allier sécurité et accueil universel. La violence existe et peut être grave, mais la réponse doit être proportionnée, humaine et adaptée à la réalité du soin, jamais anxiogène. L’hôpital de demain devra s’appuyer sur la prévention, la formation, la communication et l’implication de toutes les parties prenantes, direction, soignants, agents, forces de l’ordre… et patients. Associer les patients à certains comités renforce à la fois la confiance et la pertinence des actions menées. La sûreté doit devenir une culture collective, combinant organisation, moyens techniques et préparation des équipes, pour limiter l’effet de sidération et garantir que l’hôpital reste un lieu sûr et accessible à tous. Pour résumer, l’hôpital doit rester un lieu où l’on soigne, où l’on protège et où l’on rassure. Notre responsabilité collective est de bâtir cette confiance, jour après jour. La sûreté n’est pas un sujet annexe, elle conditionne un environnement sûr qui permet au soin de s’exprimer pleinement.
> À lire : FORTIER, Romain, La sûreté à l’Hôpital : cette institution à protéger à tout prix. 199 pages, 12 euros
> Article paru dans Hospitalia #71, édition de décembre 2025, à lire ici
Tout à fait. L’architecture et l’aménagement intérieur peuvent réduire les tensions et prévenir les passages à l’acte. Dès la phase de conception, on peut imaginer des espaces d’attente plus apaisants – couleurs douces, indication des temps d’attente, distributeurs de boissons, numérotation claire… L’installation de sas ou de zones de protection à l’accueil renforce également la sécurité des équipes et des patients. Contrairement à la sécurité incendie, la sûreté n’est pas encadrée par des règles strictes ; chaque hôpital doit analyser ses risques et concevoir des solutions adaptées. Agir en amont est toujours plus efficace, et bien moins coûteux, qu’intervenir après un incident.
Pour conclure, quelle est votre vision de l’hôpital de demain en matière de sûreté et de sécurité ?
Pour remplir sa mission de soins, l’hôpital doit allier sécurité et accueil universel. La violence existe et peut être grave, mais la réponse doit être proportionnée, humaine et adaptée à la réalité du soin, jamais anxiogène. L’hôpital de demain devra s’appuyer sur la prévention, la formation, la communication et l’implication de toutes les parties prenantes, direction, soignants, agents, forces de l’ordre… et patients. Associer les patients à certains comités renforce à la fois la confiance et la pertinence des actions menées. La sûreté doit devenir une culture collective, combinant organisation, moyens techniques et préparation des équipes, pour limiter l’effet de sidération et garantir que l’hôpital reste un lieu sûr et accessible à tous. Pour résumer, l’hôpital doit rester un lieu où l’on soigne, où l’on protège et où l’on rassure. Notre responsabilité collective est de bâtir cette confiance, jour après jour. La sûreté n’est pas un sujet annexe, elle conditionne un environnement sûr qui permet au soin de s’exprimer pleinement.
> À lire : FORTIER, Romain, La sûreté à l’Hôpital : cette institution à protéger à tout prix. 199 pages, 12 euros
> Article paru dans Hospitalia #71, édition de décembre 2025, à lire ici









