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Hygiène

Risque invisible : quand le HPV impose de repenser la désinfection en gynécologie


Rédigé par Joëlle Hayek le Mardi 26 Mai 2026 à 14:14 | Lu 35 fois


La prévention du risque infectieux en gynécologie repose depuis des décennies sur un principe structurant : éviter la transmission directe entre patientes. L’usage de protections de sonde et l’application de processus de désinfection ciblés ont ainsi façonné les recommandations actuelles. Mais une étude récente*, dont les premiers résultats ont été présentés à l’ESCMID 2025 par le CHU et l’Université de Pise, en Italie, pourrait bien rebattre les cartes. En mettant en évidence une contamination environnementale au papillomavirus humain (HPV), elle invite à reconsidérer un risque jusqu’ici largement sous-estimé.



Risque invisible : quand le HPV impose de repenser la désinfection en gynécologie
« Le HPV est un virus non enveloppé, ce qui le rend particulièrement résistant aux désinfectants standards », rappelle Sam Hardy, chef de projet clinique senior chez Tristel Global. Une caractéristique loin d’être anodine au regard du poids épidémiologique du virus. Les génotypes à haut risque, notamment HPV16 et HPV18, sont impliqués dans la quasi-totalité des cancers du col de l’utérus, 90 % des cancers de l’anus, 23 % des cancers de la vulve et du vagin, et 34 % des cancers de l’oropharynx. À cela s’ajoute une difficulté majeure en pratique clinique : l’infection est souvent asymptomatique. « Cela rend le risque difficile à identifier en amont, en particulier dans le cadre de procédures médicales invasives », précise-t-il. Si la transmission sexuelle du HPV est bien établie, la transmission indirecte via les surfaces n’a longtemps été qu’une hypothèse. « Le virus peut survivre jusqu’à sept jours sur des surfaces, avec une prévalence pouvant atteindre 33 % », insiste Sam Hardy. Les dispositifs endocavitaires, et notamment les sondes d’échographie endovaginale, apparaissent dès lors comme des vecteurs potentiels, malgré l’usage systématique de protections.
 

L’étude de Pise : un changement de paradigme

L’étude en cours au service de gynécologie du CHU de Pise est déjà pionnière par sa méthodologie et son objectif : contrairement à de nombreux travaux antérieurs, elle inclut uniquement des patientes HPV positives. « Cela permet de sécuriser l’interprétation des résultats et d’optimiser la détection environnementale », explique Aurora Filpi, directrice de la branche italienne de Tristel Global. Trente-deux examens d’échographie endovaginale ont été analysés, avec des prélèvements réalisés sur l’ensemble de l’écosystème du dispositif : sonde, poignée, support, câbles et surfaces environnantes. Dans les 32 procédures diagnostiques, un préservatif à usage unique, spécifiquement conçu pour les sondes d’échographie, a été utilisé. Les résultats montrent que, dans 9 des 28 examens, le HPV a été détecté sur au moins deux des surfaces échantillonnées. « D’ailleurs, la charge virale la plus élevée a été trouvée sur le clavier, soulignant un risque potentiel non seulement pour les patientes, mais aussi pour les opérateurs eux-mêmes », indique-t-elle. 

Au total, 14 génotypes ont été identifiés, dont six à haut risque : HPV16, retrouvé sur le corps de la sonde en contact direct avec la patiente, HPV31 et HPV56 sur le préservatif, HPV45 sur la poignée et le support de la sonde, HPV51 sur le support de la sonde également, et HPV59 à la fois sur la poignée et le préservatif. Ainsi, si la partie distale de la sonde figure parmi les zones les plus contaminées, d’autres éléments a priori non critiques, comme le support de la sonde et le câble, apparaissent également parmi les sites les plus fréquemment contaminés. Un point a été relevé : les génotypes retrouvés sur les surfaces ne correspondent pas toujours à ceux portés par les patientes. « Cela suggère une contamination résiduelle laissée sur la surface de la sonde, liée à des patientes précédentes, ou une transmission manuportée par l’opérateur, y compris avec des gants », avance Aurora Filpi. L’hypothèse d’une contamination cumulative de l’environnement prend ainsi de l’ampleur, confirmant des travaux déjà publiés dans des contextes similaires. Dans un cas, le génotype de la patiente – identifié sur le préservatif – correspondait à celui retrouvé sur la poignée de la sonde, indiquant qu’une contamination peut survenir au cours de la procédure diagnostique, même en présence d’une protection. D’autres publications ont par ailleurs montré les limites des préservatifs de sonde, ce qui explique que les recommandations préconisent une désinfection de haut niveau, indépendamment de leur utilisation.

La preuve d’un risque infectieux au-delà de la transmission sexuelle

Un autre apport majeur de l’étude réside dans l’analyse de l’infectiosité. Jusqu’à présent, la majorité des travaux se limitaient à la détection de l’ADN viral, sans permettre de conclure sur la capacité réelle du virus à infecter un hôte. Ici, une étape supplémentaire est franchie. « L’équipe a testé la viabilité des particules virales détectées », explique Aurora Filpi. À ce stade, seuls huit prélèvements ont été analysés, dont quatre se sont révélés contenir du HPV infectieux.  Les résultats ne sont pas encore statistiquement significatifs et des analyses complémentaires sont toujours en cours. Une évaluation plus complète fera l’objet d’une publication spécifique cet été, et pourrait modifier de manière importante l’appréciation du risque : l’un des échantillons infectieux provenait en effet de la poignée de la sonde, une zone non en contact direct avec la patiente.

L’efficacité reconnue de la chimie Tristel à base de dioxyde de chlore

À la lumière de ces premières données, les limites des pratiques actuelles apparaissent plus nettement. Si la Société Française d’Hygiène Hospitalière (SF2H) recommande de prendre en compte le risque lié au HPV dans le retraitement des dispositifs médicaux semi-critiques, les solutions réellement efficaces couvrant l’ensemble des surfaces restent limitées sur le marché. En pratique, les désinfectants utilisés en routine, notamment ceux à base d’alcool, sont inefficaces contre le HPV. La problématique est renforcée par les méthodes de validation. « De nombreux désinfectants sont testés sur des virus substituts, comme le virus simien 40 (SV40, un polyomavirus), qui ne reflètent pas nécessairement la résistance réelle du HPV  », rappelle Sam Hardy. En 2020, les travaux du Dr Craig Meyers ont constitué une avancée majeure en testant directement des désinfectants sur du matériel médical contaminé par du HPV natif, et non sur un virus substitut, grâce à une méthode innovante de culture virale. « La chimie Tristel à base de dioxyde de chlore, et plus spécifiquement la mousse Tristel DUO ULT  et les lingettes Trio Wipes Systems, ont démontré une réduction supérieure à 99,99 % des HPV16 et 18, précise-t-il. C’est un niveau d’efficacité conforme aux exigences virucides, qui a été obtenu dans des conditions plus proches de la réalité clinique ». 
 

Vers une approche holistique de la désinfection

Face aux résultats préliminaires de l’étude en cours à Pise, qui confirment d’autres publications décrivant une contamination des échantillons environnementaux en pratique gynécologique, il apparaît nécessaire de réévaluer ce qui relève de la désinfection de haut niveau, et ce qui est actuellement classé en désinfection de bas niveau ou de niveau intermédiaire, dans l’environnement échographique. Dans de nombreux cas, des éléments tels que le câble, le clavier ou le support de la sonde sont considérés comme des zones à faible risque – car non en contact direct avec la patiente – et relèvent donc uniquement d’une désinfection de bas niveau. Or, les données disponibles montrent que ces surfaces peuvent héberger des agents pathogènes et constituer une source de contamination, au même titre que les zones dites critiques. 
Au-delà des performances d’un produit tel que la chimie Tristel à base de dioxyde de chlore, c’est une évolution plus globale des pratiques qui se dessine. « Il faut sortir d’une approche centrée uniquement sur la sonde, résume Sam Hardy. Le dispositif doit être considéré dans son ensemble : poignée, câbles, environnement. » Un défi que certaines méthodes, notamment les systèmes automatisés, ne permettent pas de relever entièrement. Ces résultats dépassent d’ailleurs le seul champ de la gynécologie. Ils interrogent plus largement la gestion du risque infectieux lié aux dispositifs médicaux réutilisables dans l’ensemble des spécialités concernées, comme en ORL, où une majorité des cancers de l’amygdale et de la base de la langue est liée à une infection par le HPV« Les données préliminaires dont nous disposons aujourd’hui justifient d’ouvrir une réflexion sur l’évolution des recommandations », conclut Aurora Filpi. 


* M. Sidoti, F. Chiovelli, E. Esposito, Y. Ferchichi, M. Basile, A. Giannini, G. Del Bravo, T. Simoncini, B. Casini, « Risk evaluation of iatrogenic transmission of Human Papillomavirus (HPV) during gynaecological procedures », ESCMID 2025.

> Article paru dans Hospitalia #73, édition de mai 2026, à lire ici 
 






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