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Imagerie

Les nouveaux défis de l’imagerie médicale


Rédigé par Admin le Dimanche 13 Octobre 2019 à 16:37 | Lu 502 fois


Si elle est nécessaire, la réorganisation de notre système de santé n’en appelle pas moins les acteurs hospitaliers à se repositionner au sein des nouvelles dynamiques territoriales. C’est notamment le cas de l’imagerie médicale, une discipline structurante jouant un rôle majeur dans la qualité des prises en charge. Le point avec le Docteur Philippe Cart, Président du Syndicat des Radiologues Hospitaliers (SRH) et chef du Pôle Médico-Technique du CH de Charleville-Mézières. Par Joëlle Hayek



Le Dr Philippe Cart, Président du  Syndicat des Radiologues Hospitaliers
Le Dr Philippe Cart, Président du Syndicat des Radiologues Hospitaliers
Commençons par un sujet des plus actuels : les travaux autour de la loi Santé. Quelle est ici la position du SRH ?
Dr Philippe Cart :
Sur la forme, nous déplorons qu’à l’instar des autres instances représentatives, nous ayons été mis devant le fait accompli, sans beaucoup de concertation préalable pour l’élaboration du projet de loi. D’autant que, si les grandes lignes de la réforme sont connues depuis maintenant plusieurs mois, il est à craindre que le passage par le filtre politique n’en dénature quelque peu l’esprit. Aussi sommes-nous décidés à nous faire entendre dans toutes les commissions afin de moduler les contours du texte final. Sur le fond, la future loi Santé nous laisse aujourd’hui un goût mitigé. Nous saluons par exemple la future organisation territoriale en trois niveaux – hôpitaux de proximité, de recours, de référence –, qui correspond à une demande ancienne de la communauté hospitalière. Mais son articulation avec les Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT) nous questionne.
 
Pourquoi ?
Le deuxième niveau peut tout à fait être porté par les établissements pivots de GHT, puisqu’il correspond à une même concentration des compétences sur un territoire unifié. Mais quid des CHU, également tenus d’être hôpitaux de référence ? Certains pourraient penser qu’il y aurait matière à conflit d’intérêts. Force est de constater qu’il est déjà difficile, pour les CHU, de conjuguer les GHT avec leurs missions régionales et inter-régionales de soins, d’enseignement et de recherche. Peut-être aurait-il fallu mettre à profit cette occasion pour réfléchir à leur positionnement dans le cadre global de la gradation de soins sur un territoire, afin qu’ils jouent véritablement leur rôle d’hôpital de référence régional.
 



La création des hôpitaux de proximité n’est pas sans soulever d’autres questions.
Ceux-ci auront le mérite de renforcer l’ancrage local des hôpitaux publics, puisque les représentants des Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) devraient siéger au sein des Commissions Médicales d’Établissement (CME) – ce qui ne manquera donc pas de favoriser la proximité professionnelle. En revanche, la prise en charge des patients en proximité sera fonction de leur taux d’équipements. Le SRH défend ici le déploiement de scanners et IRM afin de recréer un service public de qualité au sein des structures de niveau 1 et donc éviter l’engorgement des niveaux 2 et 3. 
 
Les radiologues hospitaliers sont déjà en sous-effectifs. Qui ferait alors fonctionner les équipements des hôpitaux de proximité ?
La mise en place de partenariats publics-privés inscrits dans un projet médical de territoire ferait ici sens, et pourrait se matérialiser à travers la création de Plateformes d’Imagerie Médicale Mutualisées (PIMM). Mais celles-ci se heurtent à deux incertitudes majeures, qui représentent autant de freins : la propriété des équipements opérés en commun, et la pérennité d’une collaboration initialement prévue sur 5 ans. Il n’y a en effet eu aucun décret d’application pour la mise en œuvre des PIMM ; les radiologues doivent eux-mêmes en définir le cadre juridique tout en essayant d’être en adéquation avec les exigences des Agences Régionales de Santé, ce qui complexifie un peu plus la donne. Cela dit, les quelques PIMM publics/privés déjà créées ont eu un impact positif sur les recrutements de radiologues et le développement de nouvelles spécialités d’organes. Le succès est donc possible sous réserve de vouloir travailler ensemble.
 
Un autre enjeu autour duquel se mobilise auJourd’hui le SRH a trait au régimes d’autorisations des équipements d’imagerie. Pouvez-vous nous en parler ?
Les pouvoirs publics souhaitent en effet dissocier le régime d’autorisation des équipements d’imagerie standard de celui de l’imagerie interventionnelle. Or il s’agit de la même spécialité : un radiologue peut à la fois poser un diagnostic, traiter le patient puis contrôler cette intervention a posteriori. La nouvelle maquette des études d’imagerie médicale met d’ailleurs l’accent sur cette approche globale, puisque tous les internes sont formés aux gestes diagnostics et interventionnels de base – ce qui leur permet, si l’on en revient à la future classification des hôpitaux, d’intervenir dans les structures de niveau 1 et 2. Seule l’imagerie interventionnelle avancée (niveau 3) nécessite une formation supplémentaire. Il n’est donc pas question de créer une séparation artificielle entre deux activités qui vont de pair.
 
Quid du projet d’accréditation de l’imagerie médicale, dévoilé par le COFRAC à l’automne dernier ? Quelle est votre position ?
Le SRH, comme les autres membres du Conseil professionnel de la radiologie française (G4), est fermement opposé à cette éventualité. D’une part parce que cette accréditation n’est qu’une certification de service et non une certification médicale, alors que la radiologie est, elle, un acte médical. Et d’autre part parce que nous avons assisté aux effets de la certification COFRAC sur les laboratoires de biologie médicale… les témoignages de nos confrères biologistes sont ici édifiants. Le G4 a d’ailleurs reçu le soutien de la Haute Autorité de Santé (HAS). Il faut savoir qu’il existe déjà un référentiel qualité en imagerie médicale : le Labelix, conçu en 2003 pour les radiologues libéraux. Le SRH, la DGS et l’AFNOR travaillent depuis 5 ans à son adaptation aux normes hospitalières, avec l’objectif qu’il serve de base à un référentiel européen. Une telle approche est à mon sens à la fois plus cohérente et plus pertinente qu’une certification par le COFRAC.
 
Les radiologues se sont également opposés à l’appel d’offre du RESAH pour les officines de télémédecine. Pourquoi ?
Cet appel d’offre va à l’encontre de ce qui devrait être fait pour améliorer la prise en charge des patients en proximité : soutenir les organisations de téléradiologie mises en place par les professionnels de santé eux-mêmes, plutôt que des officines dont les prestations peuvent créer une rupture en termes de coordination et de gradation des soins à l’échelle d’un territoire ! Le SRH expérimente ainsi, dans le cadre de l’article 51, un projet de téléradiologie appliquée aux thrombectomies, coordonné par le Pr Jean-Pierre Pruvo et le Dr Jérôme Berge, du CHU de Bordeaux. Il s’agit, plus concrètement, d’ouvrir des centres de thrombectomies dans les CH de Bayonne, Pau et Valence, qui n’ont pas de service de neuroradiologie interventionnelle mais disposent de radiologues interventionnels. Calquée sur le modèle allemand, cette organisation novatrice a vocation à être élargie afin d’améliorer le maillage territorial en matière de prise en charge des AVC. C’est là un exemple éloquent de la volonté des radiologues de trouver des réponses collectives aux enjeux de santé publique – la récente création d’un écosystème d’intelligence artificielle en imagerie médicale représente à ce titre une autre illustration.

 










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