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Le CHRU de Brest fait sa révolution


Rédigé par Joëlle Hayek le Jeudi 25 Novembre 2021 à 11:26 | Lu 1909 fois


Établissement de référence en Bretagne Occidentale, le CHRU de Brest s’est engagé dans un plan de mutation numérique ambitieux, qu’il compte mener à terme d’ici 2027. Cette révolution digitale, pensée en adéquation avec les nouvelles attentes des professionnels de santé et des usagers, représente un pas supplémentaire en faveur de l’hôpital du futur comme nous le découvrons avec Christelle Collec, la directrice de la Transformation et des Systèmes d’information.



Christelle Collec, directrice de la Transformation et des Systèmes d’information du CHRU de Brest. ©DR
Christelle Collec, directrice de la Transformation et des Systèmes d’information du CHRU de Brest. ©DR
Le CHRU de Brest a récemment validé les grandes orientations de son schéma directeur des systèmes d’information (SDSI). Pourriez-vous nous en parler ?
Christelle Collec : Notre établissement s’est en effet engagé dans une véritable révolution numérique, en écho aux souhaits de Florence Favrel-Feuillade, la nouvelle directrice générale qui, lors de sa prise de fonctions en octobre 2020, avait indiqué vouloir poursuivre la politique d’investissement en faveur du système d’information (SI). Le numérique est désormais au cœur stratégique du fonctionnement hospitalier : c’est le   pilier de toutes nos activités. Mais, à Brest comme ailleurs, il était encore bien trop souvent perçu comme un volet annexe au projet d’établissement. Avec le nouveau SDSI, le virage numérique devient un élément structurant du projet d’établissement 2022-2027, au même titre que le projet médico-soignant, pour constituer un ensemble stratégique cohérent répondant aux défis actuels et anticipant ceux à venir.

Vous avez identifié trois enjeux, « Innover, simplifier, partager », qui se matérialisent à travers quatre axes stratégiques. Lesquels ?
Le premier axe, celui qui servira de socle, consistera à mettre en place de nouvelles fondations numériques, et donc à revoir et actualiser toutes nos infrastructures. Celles-ci ont été historiquement construites par strates successives, sans véritable cohérence d’ensemble, en fonction des besoins métier identifiés au fil des années. Il nous faut désormais poser de nouveaux fondements techniques, avec des infrastructures solides et sécurisées qui nous permettront de penser la croissance numérique.

Qu’envisagez-vous, plus concrètement ?
Nous souhaitons supprimer certaines lenteurs, à travers une gestion plus industrielle des serveurs et dispositifs de stockage mais également une meilleure performance de la connexion Wifi, afin de couvrir toutes les zones et assurer ainsi la continuité des soins. Nous repenserons également la puissance globale du système pour répondre plus efficacement aux nouveaux usages, en mettant notamment en place une infrastructure adaptée aux objets connectés et qui nous permettra d’anticiper la 5G. Nous prévoyons en outre de déployer des systèmes d’authentification modernes et pratiques à utiliser au quotidien, mais aussi de revoir les modalités d’accès aux données de santé afin de faciliter l’exercice professionnel partagé, y compris à l’échelle de notre Groupement Hospitalier de Territoire (GHT). Sans oublier, naturellement, de muscler le volet cybersécurité, avec la création d’un parcours spécifique en lien avec l’ANSSI et la sensibilisation des utilisateurs à cet enjeu devenu plus que jamais primordial. Ce premier axe nécessitera donc des investissements conséquents, mais il est essentiel pour structurer et pérenniser notre transformation numérique.

Il s’agit effectivement d’un axe fondateur, qui permettra par ailleurs de construire un dossier patient informatisé (DPI) unique.
C’est notre deuxième grand projet puisque, une fois de plus, notre DPI a été construit pour répondre à des besoins hospitaliers qui ont depuis évolué. Nous mettrons à profit la fin de son cycle de vie pour non seulement simplifier l’exercice quotidien, mais aussi et surtout tenir compte des nouveaux parcours, historiquement centrés sur l’hospitalisation classique alors que le virage ambulatoire s’est entre-temps développé. Nous digitaliserons ainsi les activités ambulatoires, et nous informatiserons les consultations externes en y intégrant, en amont, l’ensemble des données patients Sur la partie conventionnelle, nous mettrons ainsi en œuvre certaines interconnexions qui faisaient défaut au niveau des services médico-techniques – le service d’imagerie médicale n’étant par exemple pas connecté aux urgences. Notre ambition est de disposer d’un DPI transversal, fluide et cohérent, ouvert vers l’extérieur, pour que les professionnels hospitaliers et leurs correspondants libéraux puissent plus facilement accéder à toutes les informations utiles à la prise en charge des patients.

Dans quelle mesure ces deux premiers volets font-ils écho à la stratégie nationale du numérique en santé ?
Avec des fondations techniques solides et un DPI opérationnel, nous serons en mesure d’alimenter l’Espace Numérique de Santé (ENS), et notamment le Dossier Médical Partagé (DMP), en y injectant par exemple les lettres de liaison et les résultats des examens médicaux. Nos liens avec les usagers et les acteurs sanitaires et médico-sociaux du territoire s’en trouveront dès lors considérablement renforcés. En parallèle, et dans la continuité de cette réflexion, nous mettrons en place une gouvernance commune sur l’usage de la donnée médicale, avec un pilotage institutionnel de la gestion des droits et la réactualisation de notre politique de protection des données. Cela nous permettra non seulement de nous mettre en adéquation avec les orientations nationales, mais aussi d’être à la hauteur des ambitions régionales, en particulier celles portées par le Groupement de Coopération Sanitaire des Hôpitaux Universitaires du Grand Ouest (GCS HUGO).

Troisième grand axe, l’amélioration de l’expérience numérique. Qu’envisagez-vous ici ?
Il s’agit en effet d’un autre enjeu majeur, historiquement peu pris en compte par les établissements de santé et qui, de ce fait, était globalement absent des anciens schémas directeurs des systèmes d’information. Or, côté patient, il existe désormais des attentes sociales fortes pour pouvoir accéder à ses propres données de santé de manière digitalisée mais aussi, plus globalement, à l’Hôpital en tant que tel. Nous poursuivrons donc la digitalisation du parcours patient afin de proposer toute une offre de services d’ici cinq ans : prise de rendez-vous et préadmission en ligne, téléconsultations et télésuivi, ordonnances dématérialisées, etc.

Les professionnels de santé ne sont pas en reste. Quels projets avez-vous pour eux ?
Ils ont eux aussi des attentes nouvelles qu’il nous faut entendre. C’est pourquoi, au-delà de la refonte des outils métier évoquée précédemment, nous renouvellerons notre parc informatique pour développer les exercices en mobilité. Nous renforcerons également les services de gestion des ressources humaines sur Smartphone, dans la continuité de ce que nous avons commencé avec l’application professionnelle MyHRA. Nous travaillerons en outre au développement du phygital [mot-valise formé par la contraction des termes « physique » et « digital » - NDLR] pour optimiser la gestion des espaces. Par exemple nous ne disposons pas, aujourd’hui, d’un outil numérique que l’ensemble des spécialités pourraient utiliser pour se répartir les salles de consultations externes. Cela s’effectue encore manuellement, alors qu’une digitalisation sera plus efficace et surtout plus confortable pour les praticiens et les secrétaires. Naturellement, tous ces projets imposent de développer les compétences numériques de nos professionnels, pour lesquels nous proposerons un plan de formation dédié afin qu’ils soient parfaitement à l’aise avec les nouveaux outils et les nouvelles organisations.

Vous évoquiez plus haut les données de santé. Celles-ci sont au cœur du quatrième et dernier grand axe, qui s’attachera à développer leur exploitation à des fins de pilotage, de recherche et d’innovation.
Développer l’innovation numérique représente en effet une ambition forte du SDSI et de la direction des systèmes d’information – il faut dire que j’ai été auparavant la directrice de l’innovation et de l’expérience patient du CHU de Brest. Aujourd’hui les données de santé ont ici un rôle majeur à jouer, en particulier en ce qui concerne les outils d’intelligence artificielle. C’est d’ailleurs un enjeu dont nous nous sommes déjà saisis, avec par exemple la mise au point d’un prototype pour la prédiction des flux aux urgences, d’ores-et-déjà opérationnel. Nous travaillons également au développement d’une oreille augmentée, et donc d’une technologie intelligente à même de détecter automatiquement les bruits dans une chambre de résidents d’EHPAD, en déclenchant des alertes sur les smartphones des soignants. Ces projets, et tous ceux que nous comptons bien co-développer à l’avenir, nécessitent de nouer des partenariats avec des innovateurs, start-ups, technopôles, etc. Il nous faut donc nous ouvrir sur cet écosystème auquel nous ne sommes pas naturellement confrontés. Nous sommes en tous cas convaincus que le co-développement des innovations bénéficiera à tous : à notre CHRU, qui portera ainsi un regard renouvelé sur ses organisations et pratiques, développera des compétences nouvelles et pourra tester et s’équiper d’outils novateurs ; et à nos partenaires, qui pourront rapidement disposer d’une solution mûre et industrialisable.

Le mot de la fin ?
Notre schéma directeur des systèmes d’information a été pensé pour à la fois répondre à nos enjeux propres, aux attentes identifiées auprès des utilisateurs, aux exigences de la stratégie nationale du numérique en santé, et aux évolutions et tendances que nous constatons déjà pour les années à venir. Il est donc ambitieux, mais aussi pragmatique. Il s’appuiera en effet sur des plans d’actions annuels, actuellement en cours de finalisation, et sur leurs déclinaisons financières afin que les résultats escomptés soient rapidement au rendez-vous.

Article publié dans l'édition de septembre 2021 d'Hospitalia à lire ici.

 

Des investissements conséquents

En octobre 2020, Florence Favrel-Feuillade, la nouvelle directrice générale du CHRU de Brest qui a succédé à Philippe El Saïr, annonçait à la presse retenir comme priorité la modernisation du système d’information de l’établissement, avec des investissements chiffrés à 30 millions d’euros dans le cadre du Plan de relance afin de « doter nos équipes dans les services de soin et médico-techniques d’outils d’applications facilitantes », a-t-elle précisé. Quelques mois plus tard, en juillet 2021, et alors que l’établissement venait de finaliser son schéma directeur des systèmes d’information, la directrice est revenue sur cette transformation numérique qui doit permettre au CHRU d’être « un établissement connecté et profondément modernisé ».
 






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