Représentant près de 8 % des émissions nationales de gaz à effet de serre, le secteur de la santé doit désormais concilier qualité des soins et sobriété environnementale.
Pour accompagner cette transformation, l’ANAP déploie une stratégie structurée autour des soins éco-responsables (SER). « Les soins éco-responsables permettent d’agir simultanément sur l’empreinte environnementale, la pertinence des actes et la qualité de la prise en charge », a rappelé Émeline Flinois, directrice générale adjointe de l’ANAP, lors d’une conférence de presse le 30 mars.
L’enjeu est clairement affiché : passer de la prise de conscience à la mise en œuvre opérationnelle dans les établissements.
Des référentiels pour passer du « pourquoi » au « comment »
Après un premier référentiel dédié aux blocs opératoires, l’ANAP accélère le déploiement de sa démarche en élaborant une collection de guides thématiques couvrant progressivement l’ensemble du parcours de soins. Déjà enrichie de deux publications – l’une sur les blocs opératoires, l’autre sur l’imagerie – cette série doit s’élargir rapidement, avec de nouveaux référentiels attendus d’ici fin juin pour les maternités, la pharmacie, l’hospitalisation et le médico-social. « Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir pourquoi agir, mais comment le faire », souligne le Pr Patrick Pessaux, président du Collectif écoresponsabilité en santé (CERES). Co-construits avec les sociétés savantes, ces outils visent à rendre concrètes des recommandations souvent dispersées dans la littérature scientifique. « L’idée est de centraliser, simplifier et rendre accessibles des pratiques éprouvées à l’ensemble des professionnels, médicaux comme paramédicaux », précise Émeline Flinois.
L’imagerie, un levier stratégique
Dernier référentiel publié, celui consacré à l’imagerie médicale occupe une place centrale dans cette dynamique. Avec 138 millions d’actes réalisés chaque année en France, ce secteur constitue un pilier du parcours de soins… mais aussi un contributeur important à l’empreinte environnementale. « Les équipements d’imagerie représentent près de 1 % des émissions mondiales, et leur consommation énergétique est considérable », rappelle Jade Adler, experte développement durable à l’ANAP. Une IRM peut ainsi consommer jusqu’à 130 MWh par an, soit l’équivalent de plusieurs dizaines de foyers. À cela s’ajoutent les impacts liés à la fabrication des équipements, à l’extraction de ressources rares, et à l’usage de produits de contraste à base de gadolinium, source de pollution dans les milieux aquatiques. Pour répondre à ces enjeux, le Premier référentiel national pour une imagerie et une radiologie éco-responsables s’organise autour de neuf thématiques couvrant l’ensemble de l’activité d’un service de radiologie : produits de contraste, numérique, équipements, consommables, énergie, pertinence des actes, déchets, formation et recherche, ainsi que radiologie interventionnelle.
Neuf thématiques et des actions concrètes
Chaque fiche suit une structure homogène : état des lieux de l’impact environnemental, recommandations opérationnelles et retours d’expérience. « Nous avons compilé des données scientifiques et des pratiques de terrain pour proposer des actions simples et immédiatement applicables », explique la radiologue Camille Bourillon, membre de la Société française de radiologie et d’imagerie médicale, impliquée dans l’élaboration du référentiel. Parmi les leviers identifiés, la pertinence des actes apparaît comme centrale. Selon certaines études, 20 à 50 % des examens seraient de faible valeur clinique. « Mieux prescrire, c’est à la fois améliorer la qualité des soins et réduire l’impact environnemental », souligne-t-elle. Le référentiel encourage également, lorsque cela est pertinent, le recours à l’échographie plutôt qu’à l’IRM, l’optimisation des doses de produits de contraste ou encore l’extinction des équipements en veille.
Allonger la durée de vie des équipements
Le guide insiste également sur les achats et la gestion du parc technologique. Car une part importante de l’empreinte carbone des équipements provient de leur fabrication. « Deux tiers des émissions sont liés à sa production, contre un tiers à l’usage », rappelle Camille Bourillon. D’où la nécessité d’allonger leur durée de vie, de privilégier des équipements réparables ou évolutifs, et d’intégrer des critères environnementaux dans les appels d’offres. « Ce sont des réflexes encore nouveaux pour les professionnels, mais essentiels pour une approche durable », ajoute-t-elle. Certaines innovations ouvrent également des perspectives prometteuses, comme la récupération du gadolinium dans les urines ou le développement de scanners limitant le recours aux produits de contraste.
Une dynamique appelée à s’étendre
Au-delà de l’imagerie, l’ANAP ambitionne de couvrir progressivement l’ensemble du champ des soins à travers ses futurs référentiels. « Près d’une vingtaine de sociétés savantes sont mobilisées pour outiller les professionnels et permettre une mise en œuvre concrète des soins éco-responsables », indique Émeline Flinois. L’enjeu est double : accélérer la transition écologique tout en améliorant la qualité et la pertinence des soins. Une logique de « co-bénéfices » largement partagée par les différentes parties prenantes. « Souvent, mieux soigner revient aussi à moins polluer, résume Clara Mourgues, cheffe de projet planification écologique au ministère de la Santé et de l’Accès aux soins. La transition écologique devient alors une continuité naturelle du métier de soignant. »
Une première Journée nationale des soins éco-responsables
L’ANAP organise le 30 juin prochain la première Journée nationale des soins éco-responsables, au Beffroi de Montrouge.Au programme : plénières, ateliers pratiques et retours d’expérience autour de thématiques variées (imagerie, chirurgie, pharmacie, EHPAD, biologie…). Douze ateliers permettront d’approfondir des leviers d’action concrets, avec un fort accent mis sur les échanges entre pairs.
> Informations et inscriptions sur le site de l’ANAP.
L’ANAP organise le 30 juin prochain la première Journée nationale des soins éco-responsables, au Beffroi de Montrouge.Au programme : plénières, ateliers pratiques et retours d’expérience autour de thématiques variées (imagerie, chirurgie, pharmacie, EHPAD, biologie…). Douze ateliers permettront d’approfondir des leviers d’action concrets, avec un fort accent mis sur les échanges entre pairs.
> Informations et inscriptions sur le site de l’ANAP.
> Article paru dans Hospitalia #73, édition de mai 2026, à lire ici







