Mercredi 4 février, le grand amphithéâtre de l’Académie nationale de médecine a fait salle comble pour un colloque au titre sans ambiguïté : « Accès aux soins : le système de santé et la territorialisation ». Organisée par la Conférence des doyennes et des doyens des facultés de médecine et l’Académie de médecine, la rencontre a rassemblé élus, préfets, dirigeants hospitaliers, chercheurs et représentants des usagers autour d’une question centrale : comment garantir, sur l’ensemble du territoire, un accès aux soins à la fois réel, équitable et durable ? La matinée a donné le ton avec deux tables rondes complémentaires. La première a dressé un état des lieux sans concession des fractures territoriales en santé, tandis que la seconde a ouvert une perspective novatrice, plaçant le patient-citoyen – acteur de son parcours et de la décision publique – au cœur de la transformation du système de santé.
Des territoires sous tension
Dès la première table ronde, la réalité des élus locaux frappe : l’accès aux soins n’est pas une abstraction, mais un enjeu du quotidien dans les mairies, au contact direct des habitants. Gilles Noël, maire de Varzy dans la Nièvre et vice-président de l’Association des maires ruraux de France, a décrit des territoires « à portée de baffes et à portée d’oreille », où l’on sollicite les élus pour un rendez-vous chez le dentiste, un suivi psychiatrique ou une solution après un passage aux urgences. Face à ces défis, la prévention devient un levier central dans de nombreuses communes : stands de dépistage lors des foires agricoles, actions dans les cantines scolaires… « Nous avons l’espace, les associations, les équipements », rappelle l’élu. Autant d’atouts pour créer des environnements favorables à la santé. Mais cette dynamique locale ne peut réussir sans l’adhésion et l’implication directe des habitants eux-mêmes. Car la prévention et l’accès aux soins se construisent avec ceux qui les vivent.
Du patient usager au patient acteur
C’est précisément ce changement de perspective qu’a proposé la seconde table ronde, intitulée « Le citoyen, acteur du système de santé ». « Le patient n’est plus un usager passif, il devient partenaire, expert, acteur de sa santé », a introduit Florence Le Jeune, doyenne de la Faculté de médecine de Rennes. Cette évolution soulève toutefois des questions éthiques et sociales : comment intégrer les citoyens sans accentuer les inégalités ou en créer de nouvelles ? Comment assurer la qualité et la sécurité des soins ? « Près d’un Français sur quatre renonce à des soins », faute d’information, de moyens ou d’accès géographique, a rappelé Didier Lepelletier, directeur général de la Santé. C’est là que la notion de littératie en santé devient alors cruciale : permettre à chacun de comprendre, de choisir, d’agir. Programmes de prévention, bilans personnalisés, médiateurs de santé, nouveaux métiers liés l’environnement et au logement… Pour les participants, l’objectif à terme est bien de « passer d’un système centré sur le “cure” à un système centré sur le “care”. »
Dans les hôpitaux, la participation s’organise
Sur le terrain hospitalier, cette mutation est déjà tangible. Frédéric Boiron, directeur général du CHU de Lille, a présenté plusieurs dispositifs concrets : comités d’usagers, maisons des usagers, directions « qualité et expérience patient », intégration de projets portés par les patients dans le projet d’établissement. À Lille comme ailleurs, des patients partenaires, formés et reconnus, s’engagent ainsi pour améliorer les parcours de soins, participer à l’éducation thérapeutique ou apporter leur regard sur les organisations.
À côté de l’hôpital, le monde associatif joue également un rôle déterminant. Jean-François Thébaut, membre de la Fédération française des diabétiques, a rappelé l’importance historique des associations de patients en matière d’accompagnement, de formation, de plaidoyers et de participation à la recherche. « Les associations sont aujourd’hui présentes à tous les niveaux, du cabinet médical aux instances nationales », a-t-il précisé, regrettant toutefois que les rôles soient parfois « mal compris ». « Les représentants des usagers veillent avant tout au respect des droits des patients, ce ne sont pas des patients partenaires ni des patients experts », a insisté Jean-François Thébaut, soulignant la nécessité de clarifier les fonctions pour lever les ambiguïtés et renforcer l’efficacité de la participation citoyenne.
Pour lui, cette clarification n’est pas un détail ; elle contribue aussi à l’association réelle des citoyens dans le système de santé. Car au fil des échanges s’est imposée une évidence : l’accès aux soins ne se construira ni par l’organisation des territoires seule, ni par la responsabilisation individuelle seule. Il nécessite la combinaison de territoires mieux outillés, capables de prévenir, d’organiser l’offre et de lutter contre les inégalités, et de citoyens reconnus comme des acteurs à part entière, informés, accompagnés et en mesure de s’impliquer dans les choix qui touchent leur santé et celle de la collectivité.
> Revoir le colloque sur la chaîne YouTube de l’Académie Nationale de Médecine.
À côté de l’hôpital, le monde associatif joue également un rôle déterminant. Jean-François Thébaut, membre de la Fédération française des diabétiques, a rappelé l’importance historique des associations de patients en matière d’accompagnement, de formation, de plaidoyers et de participation à la recherche. « Les associations sont aujourd’hui présentes à tous les niveaux, du cabinet médical aux instances nationales », a-t-il précisé, regrettant toutefois que les rôles soient parfois « mal compris ». « Les représentants des usagers veillent avant tout au respect des droits des patients, ce ne sont pas des patients partenaires ni des patients experts », a insisté Jean-François Thébaut, soulignant la nécessité de clarifier les fonctions pour lever les ambiguïtés et renforcer l’efficacité de la participation citoyenne.
Pour lui, cette clarification n’est pas un détail ; elle contribue aussi à l’association réelle des citoyens dans le système de santé. Car au fil des échanges s’est imposée une évidence : l’accès aux soins ne se construira ni par l’organisation des territoires seule, ni par la responsabilisation individuelle seule. Il nécessite la combinaison de territoires mieux outillés, capables de prévenir, d’organiser l’offre et de lutter contre les inégalités, et de citoyens reconnus comme des acteurs à part entière, informés, accompagnés et en mesure de s’impliquer dans les choix qui touchent leur santé et celle de la collectivité.
> Revoir le colloque sur la chaîne YouTube de l’Académie Nationale de Médecine.
La vaccination pour réduire les inégalités territoriales
L’après-midi, la troisième table ronde, consacrée à la prévention, a été marquée par plusieurs interventions, dont celle d’Anne-Claude Crémieux, infectiologue et membre du collège de la Haute Autorité de santé. « La vaccination est considérée par l’OMS comme l’un des moyens de prévention les plus efficaces et efficients », a-t-elle rappelé, en soulignant le rôle central de l’information. L’exemple de la coqueluche en 2024 est emblématique : « une grande campagne de communication […] a fait bondir la couverture vaccinale de 19 points en un an », jusqu’à atteindre 75 % chez les femmes enceintes fin 2025. Pour lever les freins persistants, la HAS mise aussi sur la simplification du calendrier vaccinal et sur une offre de proximité : regroupement des vaccins par âges clés pour donner des repères clairs aux citoyens, rappels facilités, co-administrations et implication renforcée des pharmaciens et professionnels de terrain.
L’après-midi, la troisième table ronde, consacrée à la prévention, a été marquée par plusieurs interventions, dont celle d’Anne-Claude Crémieux, infectiologue et membre du collège de la Haute Autorité de santé. « La vaccination est considérée par l’OMS comme l’un des moyens de prévention les plus efficaces et efficients », a-t-elle rappelé, en soulignant le rôle central de l’information. L’exemple de la coqueluche en 2024 est emblématique : « une grande campagne de communication […] a fait bondir la couverture vaccinale de 19 points en un an », jusqu’à atteindre 75 % chez les femmes enceintes fin 2025. Pour lever les freins persistants, la HAS mise aussi sur la simplification du calendrier vaccinal et sur une offre de proximité : regroupement des vaccins par âges clés pour donner des repères clairs aux citoyens, rappels facilités, co-administrations et implication renforcée des pharmaciens et professionnels de terrain.
> Article paru dans Hospitalia #72, édition de février 2026, à lire ici








