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Baromètre santé connectée : une accélération des inégalités malgré la démocratisation des outils


Rédigé par Rédaction le Lundi 9 Mars 2026 à 18:35 | Lu 66 fois


Les avancées de l’intelligence artificielle offrent de nouvelles perspectives pour l’ensemble du système de santé. L’IA transforme en profondeur la manière dont nous concevons les soins médicaux, en ouvrant la voie à des diagnostics plus précis et à des traitements personnalisés. Dans ce contexte en mutation, l’EDHEC dévoile les résultats de la troisième vague du Baromètre santé connectée, conduit en partenariat avec Ipsos pour mieux comprendre l’évolution de la perception et des usages des outils de santé digitaux en France.



La difficulté d’accès à un médecin généraliste s’accentue depuis la dernière vague. Près de 4 personnes sur 10 évaluent leur délai d’attente à 4 jours ou plus pour obtenir un rendez-vous médical. En parallèle, environ 6 Français sur 10 déclarent avoir un accès difficile à un médecin spécialiste, un enjeu d’autant plus important pour les femmes (63%) et les personnes qui résident en zone rurale (70%).

De manière générale, 72% des Français se disent prêts à utiliser davantage la santé connectée, bien que 69% estiment ne pas être suffisamment informés sur le sujet. Une large proportion s’accorde sur le fait que l’utilisation d’outils connectés en santé offre un gain de rapidité et de praticité et permet précisément de faire face aux déserts médicaux. En revanche, moins d’1 Français sur 5 pense que ces outils garantissent davantage de précision médicale et de fiabilité dans les traitements.  

Plus spécifiquement, 54% des Français utilisent déjà ou seraient prêts à utiliser l’IA générative (ChatGPT, les chatbots…) dans le cadre de leur santé, principalement pour s’informer sur les symptômes, les maladies et les traitements. Cette tendance est encore plus nette chez les jeunes (62% des 25-34 et des 35-44 ans), les hommes (61%) et les habitants de la région parisienne (61%). Si la santé connectée est aujourd’hui entrée dans les usages, son adoption reste encore très inégale selon les profils.

Un déficit de confiance plus marqué chez les femmes

Le baromètre fait apparaitre un véritable clivage entre les femmes et les hommes dans leur rapport à la technologie médicale. Seules 48% des femmes se déclarent disposées à utiliser l’IA générative pour des questions de santé, soit une différence de 13 points avec les hommes. Elles adoptent une posture nettement plus prudente face aux outils numériques de santé, en raison principalement d’un déficit de confiance dans leur fiabilité, de craintes renforcées concernant la sécurité des données de santé et une préférence plus marquée pour l’expertise humaine du médecin plutôt que pour les algorithmes. 

Ces réserves persistent plus fortement chez les femmes même lorsque des usages concrets sont présentés, comme le diagnostic du cancer assisté par IA. L’écart de confiance entre hommes et femmes demeure significatif malgré la démonstration de performances supérieures. Aujourd’hui, près de 3 personnes sur 5 estiment que l’IA peut aider à réduire les inégalités d’accès aux soins contre le cancer, une opinion particulièrement répandue chez les plus jeunes (66% des 25-34 ans) et les hommes (64%), alors que 47% des femmes seulement partagent cette conviction. 

Plus inquiétant encore, la population des femmes âgées de 65 ans et plus, qui utilise le moins la santé connectée, figure pourtant parmi les groupes démographiques ayant les besoins médicaux les plus importants. Cette cohorte, ainsi que celle des 55-64 ans, présente une prévalence élevée de pathologies chroniques nécessitant un suivi régulier et une gestion thérapeutique rigoureuse. Paradoxalement, on observe donc un vrai décalage entre les bénéfices potentiels de ces outils et leur niveau d’adoption par les populations qui en auraient le plus besoin.

« L’enjeu de l’IA en santé n’est pas seulement technologique, il est profondément social, relationnel et genré, souligne Loick Menvielle, directeur de la Chaire Management in Innovative Health à l’EDHEC. Pour réduire les inégalités, il semble indispensable de renforcer l’éducation à la santé numérique, notamment auprès des femmes et des seniors, et de promouvoir une approche rassurante centrée sur le patient, dans laquelle l’IA reste un soutien et non un substitut ».

La crainte d’une dépendance excessive des médecins

Malgré la montée de l’utilisation de l’IA générative, environ 60% des Français déclarent accorder une confiance supérieure à leur médecin seul, tant pour le diagnostic que pour le traitement des pathologies. A l’inverse, cela signifie que seuls 4 Français sur 10 auraient davantage confiance dans le couple médecin – algorithme. Un résultat qui peut surprendre, alors même que l’intelligence artificielle est reconnue pour sa robustesse et son efficacité.

Les Français expriment aujourd’hui des craintes très claires face à l’essor de l’IA en médecine. Ils sont plus de la moitié à redouter une perte progressive des compétences cliniques de base des médecins (c’est-à-dire de leur capacité à diagnostiquer sans assistance technologique) ainsi qu’une dépendance excessive des jeunes médecins, avec le risque qu’ils ne puissent plus exercer correctement sans l’aide de l’IA. Enfin, 43% s’inquiètent d’une diminution du “sens clinique” et de l’intuition médicale au profit des outils algorithmiques. Ces préoccupations sont particulièrement marquées au sein de la catégorie CSP+, un public parmi les plus exposés aux transformations technologiques.

Enfin, 65% des Français sont favorables à l'utilisation de l’IA pour créer des profils de patients virtuels qui pourraient tester des médicaments, ce qui permettrait de limiter les tests sur les êtres vivants (humains ou animaux). L’adhésion est encore une fois plus forte chez les hommes et les catégories CSP+. 

L’étude complète est accessible en ligne via ce lien.

Méthodologie : Cette enquête a été réalisée par Ipsos auprès de 1000 Français de 18 ans et plus, du 21/10/2025 au 24/10/2025. L’échantillon est représentatif de la population française (méthode des quotas) et a été interrogé par internet via l’Access Panel Ipsos.




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