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Sûreté

Au CH de l’Estran, un exercice grandeur nature pour faire face à un acte malveillant


Rédigé par Aurélie Pasquelin le Lundi 15 Juin 2026 à 10:19 | Lu 61 fois


Le 10 février dernier, le calme apparent du CH de l’Estran a laissé place à une agitation inhabituelle. Forces de l’ordre, équipes médicales, autorités préfectorales… toutes étaient mobilisées pour un exercice de crise inédit. L’objectif ? Tester la capacité de l’établissement à faire face à un acte malveillant, et surtout, apprendre à mieux travailler ensemble.



© CH de l’Estran
© CH de l’Estran
10 février, au petit matin. Dans les couloirs du CH de l’Estran, l’activité s’intensifie rapidement. Le scénario se met en place : une attaque terroriste fictive au sein même de l’établissement. Autour des équipes hospitalières, un large panel d’acteurs est mobilisé : la préfecture de la Manche, le Samu 50, la gendarmerie nationale, la Croix-Rouge française, le SDIS (sapeurs-pompiers), le groupe d’extraction des sapeurs-pompiers (GREX), le PSIG, le GIGN, la Cellule d’Unité Medico-Psychologique, la Direction du CH de l’Estran, les élèves du Bac Professionnel Métiers de la Sécurité de Institut Saint-Lô, des collectivités locales et des partenaires institutionnels. Une coordination d’ampleur, fidèle aux situations sanitaires exceptionnelles. « Dans ce type d’événement, le Samu 50 est immédiatement sollicité, explique Thomas Delomas, directeur médical du Samu de la Manche. Nous sommes au cœur de l’intervention et coordonnons l’ensemble des moyens sanitaires engagés sur place ». Sur le terrain, les équipes médicales prennent en charge des victimes simulées, tandis qu’une unité mobile de régulation est déployée. 

Mieux se connaître pour mieux agir

En parallèle de la gestion de crise, l’établissement doit assurer la continuité de ses activités. « Il y a l’intervention, mais il y a aussi la vie de l’établissement », rappelle Thomas Delomas. Pour Romain Fortier, responsable sécurité du Centre hospitalier de l’Estran, cet exercice marque une étape importante. « Les exercices liés à des actes malveillants, de type attentat, restent encore récents dans les centres hospitaliers, souligne-t-il. Cette année, nous avons clairement franchi un cap pour nous rapprocher au plus près des conditions réelles ». Au-delà du réalisme de la simulation, l’exercice a surtout pleinement joué son rôle de révélateur. Les forces et les fragilités du dispositif sont apparues avec netteté, mises en lumière par un temps de débriefing structuré réunissant l’ensemble des participants. La journée du 10 février s’est ainsi prolongée par des échanges nourris, suivis d’une conférence organisée dans l’après-midi avec les acteurs mobilisés. Un retour d’expérience plus approfondi a été conduit quelques jours plus tard, afin de laisser à chacun le temps d’analyser ses pratiques, et d’identifier ses points d’appui comme ses marges de progression. 

© CH de l’Estran
© CH de l’Estran
Parmi les enseignements qui s’imposent, la nécessité de mieux se connaître apparaît centrale. « Le fait de ne pas se parler, de ne pas s’écouter […] peut rendre moins performants des services pourtant très compétents », observe Romain Fortier.Même lecture du côté du Samu. « Ce type d’exercice est déterminant, parce qu’il permet aux équipes d’apprendre à travailler ensemble », résume Thomas Delomas. En confrontant les différents intervenants à des conditions proches du réel, ces entraînements facilitent une meilleure compréhension des contraintes de chacun et favorisent une coordination plus fluide. Autre constat important : le manque de culture du risque face à la malveillance. « Sur les questions d’intrusion ou d’acte malveillant, nous partons de très loin », alerte le médecin. Contrairement aux risques incendie ou cyber, désormais mieux intégrés dans les pratiques, les réflexes restent encore incertains pour de nombreux professionnels. « On imagine spontanément qu’il suffit de se cacher ou de fuir, mais la réalité est bien plus complexe », précise-t-il. D’où la nécessité, selon lui, de développer des formations ciblées, autour de « deux ou trois réflexes essentiels à acquérir ».

« Un hôpital sûr est un hôpital qui soigne mieux »

Pour les participants, la sécurité ne peut désormais plus être reléguée au second plan dans le fonctionnement hospitalier. Une conviction pleinement partagée par la direction du CH de l’Estran. Comme le soulignent Stéphane Blot, le directeur général, et Jessy Couasnon, la directrice adjointe en charge de la sécurité et de la sûreté, « il ne s’agit en rien d’un choix opportuniste, mais bien d’une nécessité imposée par l’évolution du contexte. Nous constatons depuis plusieurs années une augmentation des incidents : agressions, incivilités, intrusions, vols… C’est une réalité à laquelle nous devons répondre ». À cela s’ajoutent des facteurs propres à l’établissement, notamment certaines activités en psychiatrie et en addictologie, ainsi qu’un environnement touristique dense, lié à la proximité du Mont-Saint-Michel et ses plus de 2,5 millions de visiteurs annuels. Dans ce contexte, les deux responsables défendent une approche équilibrée de la sécurité. « Un hôpital sûr est un hôpital qui soigne mieux. Un environnement apaisé est essentiel pour bien soigner », rappellent-ils, tout en insistant sur la nécessité de « protéger sans déshumaniser ». Cette ligne directrice se traduit concrètement par un renforcement des actions engagées : diagnostic de sécurité réalisé avec la gendarmerie, organisation régulière d’exercices – dont un dédié aux actes malveillants chaque année depuis trois ans – et montée en puissance progressive de ces dispositifs, à l’image de celui mis en œuvre le 10 février. 

© CH de l’Estran
© CH de l’Estran

Vers une acculturation renforcée à la gestion des risques

Si la sécurité occupe désormais une place centrale au CH de l’Estran, elle reste encore inégalement priorisée dans les établissements de santé. « Aujourd’hui, on met des moyens importants dans la sécurité incendie et c’est normal […], mais beaucoup moins dans la prévention des actes de malveillance », observe Romain Fortier, qui souligne un déséquilibre persistant. Une situation d’autant plus paradoxale que « les actes de violence ou d’agressivité sont quotidiens dans les hôpitaux », rappelle Thomas Delomas. Face à ce constat, les deux professionnels plaident pour une acculturation plus globale du risque, qui ne se limite pas aux équipements, mais intègre également la formation et une véritable stratégie de prévention. Pour Romain Fortier, l’enjeu est avant tout d’anticiper : « Ce qui est important, c’est d’être préparé. Se dire : ça va arriver, que fait-on ? ». Au-delà de l’exercice du 10 février, la journée apparaît ainsi comme un révélateur, inscrivant l’établissement dans une dynamique plus large visant à ancrer durablement la sécurité dans le quotidien hospitalier. « Tant qu’il ne se passe pas un drame, les choses avancent difficilement », regrette Thomas Delomas. Un constat lucide, mais qui n’empêche pas le CH de l’Estran d’avoir déjà franchi une étape essentielle, celle de l’anticipation. 

> Article paru dans le Hors-Série #9, édition de mai 2026, à lire ici






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