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Imagerie

Imagerie médicale : quand l’IA s’impose dans la pratique quotidienne


Rédigé par Aurélie Pasquelin le Mercredi 24 Juin 2026 à 11:13 | Lu 47 fois


Au CHU de Poitiers, l’intelligence artificielle s’est progressivement intégrée aux pratiques médicales, avec l’imagerie comme principal moteur de cette transformation. Une quinzaine d’outils d’aide au diagnostic y sont désormais utilisés en routine. Le Dr Guillaume Herpe, radiologue et coordinateur médical IA, et Alain Lamy, DSI, reviennent sur une dynamique qui redéfinit le quotidien des équipes soignantes.



© CHU de Poitiers
© CHU de Poitiers
Comment le CHU de Poitiers s’est-il organisé face à l’essor de l’IA ? 

Alain Lamy : Nous avons d’abord observé une multiplication des solutions d’IA, souvent déployées de manière isolée. Pour structurer cette évolution, un comité de pilotage a été instauré à l’échelle de l’établissement, sous l’impulsion de la direction générale. Il réunit des médecins, des techniciens et différentes directions, avec pour mission de recenser les outils existants et d’anticiper les projets à venir, afin de les évaluer en amont plutôt que de les subir. En parallèle, une gouvernance similaire a été mise en place au niveau du Groupement de coopération sanitaire (GCS) NOVA, qui associe les CHU de Bordeaux, Limoges et Poitiers. Co-animé par des médecins, dont le Dr Guillaume Herpe, ce collectif favorise une approche coordonnée. 

Où en est aujourd’hui le déploiement de l’IA au CHU de Poitiers ? 

Alain Lamy : Nous utilisons aujourd’hui une vingtaine de solutions d’IA en routine, réparties en trois grandes catégories. D’abord, des outils généralistes accessibles aux professionnels, comme des modèles conversationnels conçus pour garantir la souveraineté des données, avec des applications plutôt médicales. Ensuite, des solutions de support logistique, par exemple pour la détection de plagiat ou en cybersécurité, où l’IA permet d’identifier des comportements informatiques anormaux. Enfin, la majorité des usages concerne l’aide au diagnostic, avec une quinzaine d’outils principalement dédiés à l’imagerie médicale, qui reste le domaine le plus avancé et le plus prometteur en matière d’IA de santé. 

Dr Guillaume Herpe : Si l’aide au diagnostic en radiologie concentre aujourd’hui l’essentiel des usages, d’autres disciplines comme l’anatomopathologie commencent également à intégrer ces technologies. En imagerie, nous avons déjà évalué une dizaine d’algorithmes, dont 4 à 5 sont aujourd’hui déployés en routine. Ils couvrent principalement l’oncologie, la détection de fractures, les cancers du sein ou de la prostate, les nodules pulmonaires, les anévrismes ou encore la prise en charge des AVC aux urgences. Notre approche repose sur une évaluation continue : chaque solution est testée, suivie dans le temps, puis maintenue ou arrêtée en fonction de ses performances. Par ailleurs, certaines briques d’IA sont désormais directement intégrées aux équipements récents, notamment en IRM, afin d’accélérer l’acquisition des images. 

L’IA est-elle aujourd’hui pleinement adoptée par les professionnels, notamment en radiologie et aux urgences ? 

Dr Guillaume Herpe : L’adoption est très forte, en particulier aux urgences. Récemment, un urgentiste m’a signalé non pas un problème lié à l’IA, mais son absence sur certains dossiers. Cela montre à quel point ces outils sont désormais intégrés et attendus dans la pratique quotidienne. Il est difficile d’imaginer aujourd’hui un service d’urgence performant sans ce type d’assistance. 

Alain Lamy : Je partage ce constat. Loin de susciter des réticences, l’IA est devenue un facteur d’attractivité dans certaines spécialités, notamment en imagerie. Les professionnels la perçoivent comme un véritable appui au diagnostic, qui améliore leurs conditions de travail plutôt qu’elle ne les remplace. 

Quels sont vos principaux projets IA en cours, notamment en imagerie ? 

Dr Guillaume Herpe : L’un de nos projets majeurs est le développement du compte-rendu intelligent en radiologie. Cette solution s’appuie sur des IA génératives pour produire automatiquement un compte-rendu à partir des éléments dictés par le radiologue. Elle intègre également une brique d’assistance diagnostique : les examens sont analysés en amont, ce qui permet de pré-remplir les comptes-rendus avec les anomalies détectées. Testée depuis un an sur le site du CHU de Châtellerault dans le cadre d’une preuve de concept, la solution entre aujourd’hui dans une phase de déploiement élargi. 

Alain Lamy : Au-delà de l’imagerie, nous explorons également des usages autour de l’IA conversationnelle. L’objectif est de retranscrire automatiquement les échanges entre le patient et le médecin, puis d’en générer une synthèse structurée.Ces solutions, basées sur des technologies de reconnaissance vocale enrichies par l’IA, visent à réduire la charge administrative des praticiens et à améliorer la traçabilité des consultations. Plusieurs outils sont en cours d’évaluation afin d’identifier la solution la plus pertinente, qui sera déployée à l’échelle du CHU. 

Comment sont sélectionnées les solutions d’IA intégrées au CHU de Poitiers ? 

Dr Guillaume Herpe : Nous avons défini une grille d’évaluation que tout porteur de projet doit compléter. Elle repose d’abord sur des critères scientifiques exigeants : robustesse des algorithmes, qualité et taille des jeux de données d’entraînement, validité clinique des résultats. Un second critère clé concerne l’intégration dans les pratiques. Une solution n’est retenue que si elle améliore réellement les parcours de soins, que ce soit en termes d’efficacité, de réduction de la charge cognitive ou de confort de travail. Une technologie sans bénéfice tangible pour les patients ou les équipes n’a pas vocation à être déployée. Enfin, les aspects réglementaires et RGPD sont également pris en compte, avec une coordination à l’échelle institutionnelle. 

Alain Lamy : De mon côté, l’analyse porte surtout sur les dimensions réglementaires, techniques et économiques, notamment le retour sur investissement. Celui-ci reste encore difficile à établir de manière stable, d’autant plus que la plupart des solutions d’IA reposent sur des modèles d’abonnement plutôt que d’investissement. Ce modèle économique constitue un réel facteur limitant, dans un contexte où les financements sont souvent ponctuels et manquent de visibilité à long terme. Cette problématique dépasse le cadre du CHU de Poitiers et concerne l’ensemble des établissements hospitaliers. Pour autant, elle ne freine pas la dynamique d’innovation. L’enjeu désormais est de construire un modèle soutenable, permettant de passer progressivement de l’expérimentation à une intégration pérenne de l’IA dans le système de soins. 

> Article paru dans Hospitalia #73, édition de mai 2026, à lire ici 






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