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Covid-19 : Et si l'on prenait soin de nos soignants ?


Rédigé par Rédaction le Mercredi 15 Avril 2020 à 15:10 | Lu 442 fois


Une tribune du Docteur Olivier Dubois, médecin psychiatre, Directeur des Cliniques psychiatriques et des Thermes de Saujon (spécialisées dans les troubles anxieux), à l'initiative de plusieurs programmes de prise en charge du burn-out. Chaque année, il reçoit plus de 500 professionnels de santé en détresse et depuis un an leur propose un stage « Je dépose ma blouse ». Olivier Dubois rappelle combien il est fondamental pour chacun d'entre nous d'être attentif à nos soignants en prenant soin d'eux, car ce sont souvent les derniers à solliciter de l'aide.



Covid : le combat des soignants

Avec le déclenchement d'une crise sanitaire comme l'histoire n'en a jamais connu, et alors que se déroule, sous nos yeux, une crise économique qui battra, à nul doute, tous les records, voici que se profile une crise psychologique sans antécédent comparable.

Cette crainte profonde explique sans doute l'admiration des hommes pour les soignants qui sont les nouveaux « héros » d'aujourd'hui. Cette chaîne humaine consistant à applaudir les professionnels de santé aux fenêtres chaque soir pour remercier l'effort et le risque pris par ces derniers est particulièrement touchant. C'est un formidable encouragement pour une profession en souffrance, malmenée dans la situation de crise économique que nous connaissons depuis longtemps, et qui est heureuse de sentir le lien de confiance avec la population.

Les professionnels de santé sont des êtres profondément tournés vers les autres hommes. C'est, par définition le sens de leur vie, leur vocation. Soigner, sauver des vies est le but principal de leur existence, leur raison d'être.

Tout cela n'exclut pas la peur ; la peur de la contagiosité, ô combien renforcée par l'absence de protection que nous avons connue et qui est le véritable scandale politique de cette histoire. Ce sont des hommes et des femmes qui se sont retrouvés à prendre le risque, pour sauver des vies, d'attraper le virus et surtout de le transmettre à leurs autres patients et à leurs proches.

En tant que médecin-psychiatre et directeur d'une clinique privée de 150 lits, où j'exerce avec 10 autres psychiatres (dont 2 sont actuellement contaminés et un en réanimation), j'ai constaté la difficulté pour certains d'entre nous de devoir choisir entre continuer à soigner ses patients les plus gravement atteints ou céder à ses angoisses de ne plus se sentir protégé et de devenir dangereux pour autrui. Bien sûr, la raison médicale, le courage de chacun l'emporte chaque jour.

Mais qui sont ces soignants ?

Cela n'est évidemment pas sans risque, principalement sur le plan psychique. La résistance à la peur, à l'ambivalence de la situation, n'est pas sans limite. Les soignants, s'ils ont la volonté de soulager, sont aussi des êtres de grande sensibilité. Loin d'être infaillibles et d'avoir, en toute circonstance, la distance nécessaire pour gérer les émotions, ils doivent être accompagnés. Les soignants ont pour beaucoup d'entre eux des difficultés à gérer la culpabilité générée par une situation d'échec face à la maladie ou par la perte d'un être qu'ils ont tenté de protéger et dont l'évolution est fatale.

De nombreux facteurs peuvent entraîner l'épuisement des professionnels de santé tels qu'une charge de travail excessive, la confrontation à la souffrance ou à la fin de vie, le sentiment de manquer de temps ou encore les conflits de valeurs entre les exigences professionnelles, personnelles et les conditions de travail.

Pour preuve, 80 % des médecins français n'ont pas de médecin traitant, démontrant leur difficulté, voire leur honte à s'occuper d'eux-mêmes. Plutôt que d'avouer leur fatigue ou leur détresse, les médecins pratiquent volontiers l'automédication, jusqu'à l'excès. C'est plus facile et moins visible.

Plusieurs études démontrent que le burn-out des professionnels de santé peut s'accompagner d'une baisse de la performance médicale, d'une attitude de retrait psychologique, d'un manque d'impact dans la relation soignante pouvant générer, en retour, un manque de compliance du patient par rapport aux conseils émis.

Tout le monde partage cet avis : un bon médecin, s'il doit bien connaître les maladies qu'il prend en charge, doit également avoir de bonnes capacités relationnelles, d'empathie et de bienveillance. Mais l'empathie n'est pas la sympathie, c'est-à-dire que le soignant doit conserver la distance nécessaire et ne pas porter en totalité le malade dans sa souffrance. Chaque soir, il doit pouvoir retrouver le calme après les tempêtes humaines qu'il a affrontées. C'est à ce niveau que va se jouer le maintien de sa performance professionnelle.

Sinon, l'épuisement lui fera perdre progressivement l'intérêt et l'empathie qu'il porte habituellement à autrui, de même que s'éteindront en lui le sentiment apaisant d'avoir accompli sa mission, et d'estime de lui qui sont les moteurs essentiels à son action relationnelle.

Il est donc indispensable que chaque soignant soit attentif à sa santé, qu'il ne perde le juste équilibre entre sa passion, son engagement et sa santé. Il est tout aussi fondamental pour chacun d'être attentif à ses soignants en prenant soin d'eux.

Une prise en charge qui se coordonne

C'est ainsi que certaines structures de soins, associations de médecins ou professionnels de santé ont développé ces derniers temps des initiatives pour tenter d'apporter un soutien actif aux soignants en détresse.

Ainsi, le Conseil national de l'Ordre des médecins (Cnom) a mis en place un numéro vert opérationnel 7 jours/7 et 24h/24 (0800.288.038). L'association SPS (soins aux professionnels en santé) a mis en place une plateforme nationale d'écoute avec des psychologues joignables également 24h/24 et 7 jours/7. (08.05.23.23.36).

Ces jours-ci plus de 150 appels/jour ont été réceptionnés par ces centres d'appel. Dans plus d'un tiers des cas, le sujet de préoccupation majeure des soignants concerne la crainte d'attraper la maladie Covid-19.

Ces réseaux sont également reliés, dans plusieurs régions a des unités dédiées pour les soignants en souffrance appartenant pour la plupart aux cliniques privées qui ont développé, en collaboration avec le Cnom et SPS ce type de services.

Ces initiatives se développent donc, comme une prise de conscience d'une réalité grandissante, d'une nécessité criante. Face au besoin légitime des français de se sentir protégé devant ce qui est notre bien le plus précieux (la santé), il est nécessaire de veiller sur celle de nos professionnels.

La « guerre » du coronavirus a vu se développer et même se concrétiser de nouvelles initiatives qui visent à sécuriser, par l'accompagnement psychologique et médical, nos nouveaux « héros ».

Ainsi, il est rassurant de constater que cette situation dramatique renforce l'homme dans sa capacité à développer ce qu'il a de plus beau, de plus spécifique, de plus grand, en lui : son altruisme.

Dr Olivier Dubois






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