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Pharmacie

Au cœur du CHU de Poitiers, une pharmacie hospitalière tournée vers l’avenir


Rédigé par Aurélie Pasquelin le Mercredi 28 Janvier 2026 à 14:10 | Lu 70 fois


Au CHU de Poitiers, la pharmacie à usage intérieur (PUI) occupe une place stratégique au sein de l’organisation hospitalière. Entre logistique, préparation des traitements, formation des futurs professionnels et pratiques plus durables, le service combine expertise technique, innovation et engagement humain pour accompagner au mieux les patients et anticiper les évolutions de l’hôpital.



© CHU Poitiers
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Implantée sur le site de la Milétrie, la PUI du CHU de Poitiers concentre l’ensemble des activités caractéristiques des grandes pharmacies hospitalières françaises : plateforme logistique, secteur préparatoire, unité de chimiothérapie, zone d’essais cliniques, radiopharmacie et stérilisation. Cette organisation s’inscrit néanmoins dans un contexte hospitalier singulier. « Le CHU de Poitiers a la particularité de couvrir quasiment tous les hôpitaux publics du département. Trois PUI coexistent, à Poitiers, Châtelleraut et Loudun, et celle de Poitiers centralise l’essentiel des activités », explique le Dr Guillaume Binson, chef adjoint de ce service qui rassemble près de 150 professionnels.

Au-delà des 28 pharmaciens, d’une cinquantaine de préparateurs, d’une trentaine d’agents de stérilisation, d’une quinzaine de personnels logistiques et d’une vingtaine d’internes en pharmacie hospitalière, la PUI s’appuie sur une équipe de six acheteurs spécialisés dans les produits de santé. « Leur expertise permet de sécuriser les référencements et d’ajuster finement les stratégies d’achat, ce qui est indispensable quand on gère près de 3 000 médicaments et 20 000 dispositifs médicaux », souligne le Dr Simon Rodier, chef de service.  

Une logistique très automatisée, pensée pour la sécurité et l’efficacité

La plateforme logistique repose sur une organisation largement automatisée, mais pilotée par l’humain. Trois robots de stockage, un convoyeur à gares successives, une chambre froide de grande capacité et un système de gestion d’entrepôt composent un circuit parfaitement maîtrisé. « Nous faisons partie des services les plus automatisés de l’hôpital, mais l’objectif n’est pas de remplacer les professionnels, insiste Simon Rodier. L’automatisation garantit la traçabilité, sécurise le circuit du médicament et réduit les déplacements ainsi que la pénibilité pour les agents. » Les commandes des services suivent ainsi un parcours précis au sein du bâtiment, tandis que les agents effectuent le picking avec une assistance numérique.

Ce système garantit un approvisionnement sans rupture pour l’ensemble du site pavillonnaire du CHU, mais aussi des structures périphériques comme l’unité pénitentiaire de Vivonne ou l’antenne pharmaceutique de Montmorillon. « L’organisation est performante, mais elle exige une vigilance constante. La logistique implique une coordination étroite avec la direction des services logistiques de l’établissement, notamment pour la gestion du froid, la sécurisation des caisses ou les urgences de transport », ajoute le chef de service.

Un management qui valorise les professionnels

L’organisation interne a profondément évolué des dernières années. La direction de la PUI a ainsi instauré un comité de pilotage hebdomadaire, structuré une trentaine de processus pharmaceutiques et lancé une dynamique de référents. « Nous avons désigné des préparateurs référents par secteur d’activité, précise Simon Rodier. Ils travaillent aux côtés des pharmaciens référents et contribuent à l’amélioration continue des pratiques et à l’intégration des innovations. Cette reconnaissance renforce leur rôle et donne davantage de sens à leur engagement. »  

Cette volonté de valoriser les équipes a été particulièrement visible lors des journées de l’Association nationale des préparateurs en pharmacie hospitalière (ANPPH), organisées en mars 2025 au Futuroscope. Dans les mois précédant l’événement, les professionnels de la PUI ont participé activement à sa préparation. « Les préparateurs représentent une part importante de nos effectifs, et ce congrès a permis de mettre en lumière leur expertise », souligne Simon Rodier.   
© CHU Poitiers
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Une activité technique soutenue, notamment en chimiothérapie

Cette expertise humaine s’accompagne d’une exigence technique particulièrement élevée. La pharmacie de Poitiers est l’un des grands centres français de préparation de chimiothérapies, avec près de 70 000 préparations annuelles. Pour accompagner cette charge, le service s’appuie sur un contrôle vidéo-assisté. « Ce système nous permet de vérifier chaque étape, explique Simon Rodier. Il sécurise la préparation en garantissant le bon produit et la bonne dose pour chaque patient. » Un robot complète cette production, limitant les tâches répétitives.  

La radiopharmacie, les zones de préparation stérile et les espaces dédiés aux médicaments de thérapie innovante constituent également des pôles techniques majeurs. La PUI compte plus d’une cinquantaine d’enceintes thermostatiques, du froid négatif aux cuves d’azote liquide, représentant un parc d’équipements considérable. « Quand on cumule l’ensemble des équipements, on atteint plusieurs dizaines de millions d’euros d’investissements », rappelle le chef de service. 

Une activité en croissance et des besoins toujours plus importants

L’automatisation engagée ces dernières années, n’a pas freiné l’activité du service, bien au contraire. « Tous nos indicateurs sont en hausse, observe Simon Rodier. Nous réalisons davantage de stérilisations, préparons plus de chimiothérapies, multiplions les actions de pharmacie clinique, et distribuons toujours plus de médicaments. » La PUI suit plus de soixante indicateurs qui, année après année, témoignent d’une progression constante et offrent une vision claire des besoins futurs.

À terme, l’établissement prévoit de fusionner les trois pharmacies du CHU, une perspective qui mobilise les équipes autour de l’harmonisation des organisations et des pratiques. La montée en puissance des activités techniques impose également de repenser les capacités de production des chimiothérapies, d’anticiper l’arrivée de nouvelles thérapies innovantes, de revoir l’organisation de la stérilisation ou encore d’étendre une plateforme logistique devenue trop exiguë. « Un projet de service se construit sur quatre ans, mais notre horizon réel est plutôt de dix à quinze ans, souligne Guillaume Binson. Les évolutions réglementaires, l’innovation thérapeutique et les enjeux environnementaux nous obligent à regarder loin. »

Une transition écologique centrée sur les usages

Sur le plan environnemental, la PUI concentre ses efforts sur les usages et le recyclage des produits de santé plutôt que sur l’achat, fortement contraint par la production mondiale. « Nous travaillons avec nos acheteurs, mais notre véritable levier d’action réside dans la consommation raisonnée, donc dans l’amélioration des pratiques quotidiennes », précise Simon Rodier. Le projet Eco-bloc 86 illustre pleinement cette démarche. Porté par des anesthésistes et des infirmiers, et impliquant des pharmaciens et des préparateurs, il a permis de revoir la composition des trousses chirurgicales avec, à la clé, de nombreux bénéfices : réduction des déchets et des émissions de CO₂, économies budgétaires – plusieurs dizaines de milliers d’euros –, meilleure adéquation des trousses aux besoins réels des opérateurs, et même diminution du bruit en salle d’opération.  

Cette démarche RSE s’inscrit dans une vision globale qui combine innovation technologique, excellence opérationnelle, valorisation des équipes et formation des professionnels de demain. Qu’il s’agisse de sécuriser le circuit des produits de santé, d’optimiser la préparation des chimiothérapies, de mieux former les étudiants et les internes ou de réduire l’impact environnemental, chaque action poursuit un objectif commun : améliorer la qualité des soins en anticipant les besoins futurs. La PUI du CHU de Poitiers illustre ainsi comment une pharmacie hospitalière peut être à la fois un centre technique de pointe, un moteur pédagogique et un acteur engagé dans la transition durable du système de santé.  

La PUI du CHU de Poitiers 
Inaugurée en novembre 2012, la PUI du CHU de Poitiers, qui s’étend sur 3 400 m², a permis de regrouper sur le site de la Milétrie des unités auparavant dispersées. Ce projet, d’un coût d’environ 11 millions d’euros, visait à garantir la qualité, la traçabilité et la sécurité des produits pharmaceutiques, tout en déployant une organisation tournée vers les services de soins. Principalement dédié à la logistique, le bâtiment a en effet offert la possibilité de transférer certaines activités pharmaceutiques au sein même des services de soins, optimisant ainsi le circuit des produits de santé. 

La PUI en chiffres 
  • 65 121 reconstitutions de poches de chimiothérapies (site la Milétrie) 
  • 5 834 reconstitutions de poches de chimiothérapies (site de Châtellerault) 
  • 128 995 030 € de dépenses de médicaments 
  • 59 127 632 € de dépenses de dispositifs médicaux 
  • 8 503 915 volumes stérilisés 
Source : CHU de Poitiers - Chiffres clés 2024 

> Article paru dans Hospitalia #71, édition de décembre 2025, à lire ici 
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