The Shifters : la santé à l’épreuve du changement climatique
Aurélie Pasquelin
Canicules, maladies infectieuses, pesticides, pénuries de médicaments, santé mentale… Le changement climatique bouleverse déjà notre santé et celui de notre entourage. Lors du congrès Santé en 2050, organisé à Rennes les 5 et 6 juin derniers par The Shifters, chercheurs, cliniciens et experts ont dressé un constat sans détour : la médecine de demain devra autant prévenir les effets du dérèglement climatique que les prendre en charge. Un changement de paradigme qui invite dès aujourd’hui les professionnels de santé à repenser leurs pratiques.
La médecine a longtemps considéré le climat comme un simple contexte. Il est désormais devenu un véritable facteur de risque. À mesure que les températures augmentent, que les événements climatiques extrêmes se multiplient et que les écosystèmes se transforment, les conséquences sanitaires se font de plus en plus nombreuses. Elles ne se limitent plus aux coups de chaleur ou aux épisodes de pollution ; elles affectent notre alimentation, favorisent l’émergence de nouvelles maladies, aggravent certaines pathologies chroniques et accentuent les inégalités sociales.
Quand le climat transforme notre environnement alimentaire
« Le changement climatique est probablement le plus grand risque, mais aussi la plus grande opportunité pour la santé publique du XXIe siècle. » Lors du congrès Santé en 2050, le Pr Paquito Bernard, chercheur à l’INSERM, a repris cette formule du Réseau Action Climat pour rappeler l’ampleur du défi. Car les effets du dérèglement climatique dépassent largement les seules vagues de chaleur. Ils concernent l’ensemble des déterminants de la santé, à commencer par notre alimentation. Rendements agricoles, qualité nutritionnelle des cultures, sécheresses, appauvrissement des sols ou encore apparition de nouveaux ravageurs transforment déjà notre environnement alimentaire. À l’horizon 2050, la diminution attendue de certains nutriments dans les céréales et les pertes de récoltes pourraient notamment favoriser le développement d’une agriculture plus intensive et accroître le recours aux pesticides.
Cette exposition aux pesticides constitue déjà un enjeu majeur de santé publique. « Les pesticides sont impliqués dans la survenue de plusieurs cancers, notamment chez les agriculteurs, mais aussi chez les populations exposées à proximité des zones agricoles », a rappelé le Dr Pierre Sujobert, hématologue aux Hospices Civils de Lyon. Pour les intervenants, la réponse repose autant sur la recherche que sur des politiques publiques ambitieuses : réduire les expositions, mieux reconnaître les maladies professionnelles et accompagner la transition vers des pratiques agricoles davantage protectrices de la santé et de l’environnement.
Cette exposition aux pesticides constitue déjà un enjeu majeur de santé publique. « Les pesticides sont impliqués dans la survenue de plusieurs cancers, notamment chez les agriculteurs, mais aussi chez les populations exposées à proximité des zones agricoles », a rappelé le Dr Pierre Sujobert, hématologue aux Hospices Civils de Lyon. Pour les intervenants, la réponse repose autant sur la recherche que sur des politiques publiques ambitieuses : réduire les expositions, mieux reconnaître les maladies professionnelles et accompagner la transition vers des pratiques agricoles davantage protectrices de la santé et de l’environnement.
Des maladies infectieuses aux pathologies chroniques, un paysage sanitaire bouleversé
Le changement climatique redessine également la carte des maladies infectieuses. Avec la hausse des températures, les arthropodes, notamment les moustiques et les tiques, étendent progressivement leur aire de répartition, favorisant l’émergence de pathologies dans des territoires jusqu’alors épargnés. « Plus le climat devient chaud et humide, plus les conditions sont favorables au développement des vecteurs de maladies infectieuses », souligne la Pr Karine Lacombe, infectiologue à l’hôpital Saint-Antoine de Paris. Dengue, chikungunya ou virus du Nil occidental pourraient ainsi s’installer plus durablement dans certaines régions françaises.
Autre conséquence moins connue : l’impact du changement climatique sur les maladies neurodégénératives. Les travaux présentés par la Pr Giovanna Fancello – chercheuse en épidémiologie environnementale et géographie de la santé à la Faculté de Santé de Sorbonne Université – montrent que les épisodes de fortes chaleurs peuvent aggraver les symptômes de pathologies comme la sclérose en plaques, la maladie d’Alzheimer ou la maladie de Parkinson. « Les températures supérieures à 30 °C sont associées à une augmentation du risque de poussées chez les patients atteints de sclérose en plaques », a-t-elle expliqué. En perturbant les mécanismes de thermorégulation et les rythmes biologiques, le stress thermique contribue à fragiliser ces patients et pourrait accélérer l’évolution de certaines maladies.
Autre conséquence moins connue : l’impact du changement climatique sur les maladies neurodégénératives. Les travaux présentés par la Pr Giovanna Fancello – chercheuse en épidémiologie environnementale et géographie de la santé à la Faculté de Santé de Sorbonne Université – montrent que les épisodes de fortes chaleurs peuvent aggraver les symptômes de pathologies comme la sclérose en plaques, la maladie d’Alzheimer ou la maladie de Parkinson. « Les températures supérieures à 30 °C sont associées à une augmentation du risque de poussées chez les patients atteints de sclérose en plaques », a-t-elle expliqué. En perturbant les mécanismes de thermorégulation et les rythmes biologiques, le stress thermique contribue à fragiliser ces patients et pourrait accélérer l’évolution de certaines maladies.
Le changement climatique, un amplificateur des inégalités de santé
Face au changement climatique, tous ne sont pas égaux. Les personnes âgées, les populations précaires ou vivant dans des logements mal isolés, ainsi que les habitants des quartiers les plus fortement minéralisés, sont particulièrement exposés aux effets des fortes chaleurs. « Les zones les plus chaudes sont souvent aussi celles où les vulnérabilités sociales sont les plus fortes », a souligné Paquito Bernard. Ces constats invitent à faire de l’urbanisme un véritable levier de santé publique. Végétaliser les villes, créer des îlots de fraîcheur, améliorer le confort d’été des bâtiments ou encore développer des espaces rafraîchis accessibles à tous constituent autant de mesures de prévention pour mieux protéger les populations les plus vulnérables.
Vers une médecine de l’anticipation
Face à l’ampleur des enjeux, un constat se dégage : le système de santé doit désormais intégrer pleinement les conséquences du changement climatique et engager sa transformation. Prévention, identification des populations vulnérables, adaptation des établissements aux fortes chaleurs, sécurisation des chaînes d’approvisionnement en médicaments, intégration des enjeux climatiques dans les projets hospitaliers, développement de la recherche sur les maladies émergentes… Les leviers d’action sont nombreux pour agir en amont sur les déterminants environnementaux, sociaux et territoriaux de la santé. Cette évolution invite à repenser les pratiques médicales et l’organisation des soins pour mieux anticiper les défis sanitaires à venir. Car la médecine de demain ne devra plus seulement soigner les conséquences du changement climatique, elle devra aussi apprendre à les prévenir et à s’y adapter.
Désinformation en santé : quand l’information devient un enjeu de santé publique
Autre sujet abordé lors du congrès Santé en 2050 : la désinformation en santé. Lors d’une conférence consacrée aux « vulnérabilités d’un système en transformation », Bruno Chaudet, professeur en sciences de l’information et de la communication à l’Université Rennes 2, a rappelé que « toutes les crises sanitaires s’accompagnent désormais d’une crise de l’information ». Un phénomène qualifié de « désinfodémie », où la multiplication des contenus faux ou trompeurs peut fragiliser la confiance dans la science et avoir des conséquences concrètes sur la santé publique. Un constat partagé par le Dr Hervé Maisonneuve, médecin de santé publique et co-auteur d’un rapport national sur la lutte contre la désinformation en santé, qui alerte sur une véritable « vulnérabilité collective ». Pour y répondre, le rapport formule neuf recommandations, parmi lesquelles le développement de l’éducation à l’esprit critique et à la culture scientifique tout au long de la vie, le renforcement de la formation des professionnels de santé, des chercheurs et des journalistes à la littératie numérique, ainsi qu’une meilleure évaluation et coordination des sources d’information en santé.
Parmi ces propositions figurent également la création d’un « InfoScore Santé » destiné à évaluer la qualité des contenus diffusés, la mise en place d’un observatoire national de l’information en santé et le développement de travaux de recherche sur les mécanismes de désinformation. « Ne laissons pas la science déserter l’espace public », a insisté Hervé Maisonneuve. Dans un contexte marqué par des crises sanitaires et environnementales successives, l’accès à une information fiable apparaît ainsi comme un enjeu à part entière de santé publique.
Autre sujet abordé lors du congrès Santé en 2050 : la désinformation en santé. Lors d’une conférence consacrée aux « vulnérabilités d’un système en transformation », Bruno Chaudet, professeur en sciences de l’information et de la communication à l’Université Rennes 2, a rappelé que « toutes les crises sanitaires s’accompagnent désormais d’une crise de l’information ». Un phénomène qualifié de « désinfodémie », où la multiplication des contenus faux ou trompeurs peut fragiliser la confiance dans la science et avoir des conséquences concrètes sur la santé publique. Un constat partagé par le Dr Hervé Maisonneuve, médecin de santé publique et co-auteur d’un rapport national sur la lutte contre la désinformation en santé, qui alerte sur une véritable « vulnérabilité collective ». Pour y répondre, le rapport formule neuf recommandations, parmi lesquelles le développement de l’éducation à l’esprit critique et à la culture scientifique tout au long de la vie, le renforcement de la formation des professionnels de santé, des chercheurs et des journalistes à la littératie numérique, ainsi qu’une meilleure évaluation et coordination des sources d’information en santé.
Parmi ces propositions figurent également la création d’un « InfoScore Santé » destiné à évaluer la qualité des contenus diffusés, la mise en place d’un observatoire national de l’information en santé et le développement de travaux de recherche sur les mécanismes de désinformation. « Ne laissons pas la science déserter l’espace public », a insisté Hervé Maisonneuve. Dans un contexte marqué par des crises sanitaires et environnementales successives, l’accès à une information fiable apparaît ainsi comme un enjeu à part entière de santé publique.
> Article paru dans Hospitalia #74, édition de septembre 2026, à lire ici
