HOSPITALIA

La logistique hospitalière entre dans une nouvelle ère à Lyon Sud

Aurélie Pasquelin

Au cœur du projet BAURéaLS, la plateforme Géolab incarne une transformation profonde de la logistique hospitalière. Automatisation avancée, robotisation des flux, réorganisation des équipes… Ce dispositif inédit redéfinit les standards de préparation et d’acheminement du matériel opératoire.

À l’hôpital Lyon Sud, le projet BAURéaLS (Blocs Accueil Urgences Réanimation Lyon Sud) constitue un tournant majeur dans la modernisation du plateau technique. Initié dès 2016-2017 par les Hospices Civils de Lyon, il répond à un double objectif, regrouper des activités jusqu’alors dispersées et adapter l’organisation hospitalière à l’évolution des besoins de soins, dans un environnement marqué par de fortes contraintes foncières.

À l’horizon 2027, le programme aboutira à la mise en service de 30 salles de blocs opératoires et de 45 lits de soins critiques. « Dès la genèse du projet, nous savions que certaines fonctions ne pourraient pas être implantées à proximité directe des blocs opératoires. L’idée de mutualiser les arsenaux et de professionnaliser leur gestion s’est imposée rapidement », se souvient Guillaume Geslin, directeur adjoint de l’hôpital Lyon Sud et directeur du projet. La plateforme logistique dédiée à l’activité opératoire Géolab est ainsi devenue l’un des piliers du projet BAURéaLS, qui repose autant sur une transformation organisationnelle que sur une évolution immobilière. 

Une plateforme logistique hors norme
Installée sur près de 2 000 m², entre les deux niveaux de blocs opératoires, la plateforme Géolab centralise l’ensemble des stocks et des flux logistiques liés à l’activité chirurgicale. Mise en service en janvier 2026, elle a été conçue comme une interface unique d’approvisionnement et de gestion des dispositifs médicaux. « Nous sommes passés d’arsenaux dispersés à une plateforme logistique centralisée, capable d’alimenter l’ensemble des blocs avec une traçabilité complète », souligne Guillaume Geslin. Le basculement vers cette nouvelle organisation a été mené en trois semaines, en parallèle du transfert de l’activité chirurgicale dans les nouveaux blocs, selon un phasage précis par spécialité. Chaque étape comprenait deux jours de transfert, une journée de simulation en conditions réelles, puis une reprise progressive des activités dès le quatrième jour dans les nouveaux espaces. « La chirurgie ambulatoire et l’endoscopie ont ouvert la marche, suivis de la chirurgie digestive, puis des activités d’urgence, d’orthopédie et de chirurgie maxillo-faciale, particulièrement sensibles », poursuit le directeur de projet.  

Automatisation et robotisation au cœur du dispositif
© HCL
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Au-delà de la performance logistique, ce déploiement progressif a été voulu pour faciliter l’appropriation du système par les équipes. Il leur a laissé le temps de prendre leurs repères, de s’approprier les nouveaux espaces et de se familiariser avec des process et des outils profondément transformés. Car Géolab se distingue avant tout par un haut niveau d’automatisation. Inspirée des modèles du e-commerce, la préparation des chariots opératoires est assurée à près de 80 % par des robots autonomes. Dans un espace dédié, ceux-ci acheminent des étagères mobiles jusqu’aux postes de préparation. « Nous disposons d’une flotte de robots qui amène directement les étagères nécessaires aux opérateurs, avec un système qui optimise les flux et les déplacements », détaille Guillaume Geslin. 

Ce fonctionnement sécurise les préparations, limite les risques d’erreur et optimise l’allocation des ressources humaines. Il a également été adapté aux contraintes hospitalières, notamment pour intégrer la gestion des urgences. « Nous avions besoin d’un système capable de gérer des demandes urgentes en temps réel, sans interrompre le flux global. C’est un développement majeur réalisé avec l’industriel », ajoute-t-il. Une flotte complémentaire de robots mobiles doit assurer ensuite l’acheminement des chariots vers les blocs opératoires de façon autonome, garantissant des circuits continus et sécurisés, cohabitants avec les flux patients. « La performance de ce dispositif n’est pas encore conforme aux attentes utilisateurs », précise néanmoins le directeur.

Une véritable transformation managériale
Parallèlement à cette technologie, Géolab repose sur une nouvelle organisation des équipes. La plateforme mobilise aujourd’hui une vingtaine de professionnels, associant personnels issus des blocs opératoires et profils logistiques. « Elle est pensée pour être opérée par des personnels non soignants, avec des processus largement guidés par le système d’information », ajoute Guillaume Geslin. Trois mois après sa mise en service, les premiers retours sont encourageants. « L’équipe du Géolab se dit très satisfaite de ses conditions de travail. Et pour les équipes des blocs, c’est une véritable révolution organisationnelle », observe-t-il. La disparition des arsenaux de proximité implique en effet une formalisation plus stricte des process et une anticipation accrue des besoins. Une phase d’adaptation encore en cours, mais essentielle pour tirer pleinement parti du dispositif. 

BAURéaLS, un projet encore en mouvement
Si Géolab est opérationnel depuis janvier, le projet BAURéaLS, lui, se poursuivra jusqu’à l’automne 2027, avec notamment l’ouverture d’un second niveau de blocs opératoires et de nouvelles unités de soins critiques. Cette montée en charge aura un impact direct sur la plateforme logistique. « Géolab accompagnera cette augmentation pour atteindre, à terme, la pleine capacité des 30 salles d’opération », précise Guillaume Geslin. Dimensionnée pour traiter jusqu’à 150 interventions quotidiennes, la structure a été conçue avec des marges d’évolution lui permettant d’absorber cette croissance. 

Cette flexibilité permet notamment d’envisager une augmentation de l’activité sans hausse proportionnelle des effectifs. « Il faudra sans doute ajuster les équipes. Mais nous disposons d’une capacité de production qui nous offre déjà une marge de progression avec les ressources actuelles. Nous nous adapterons en fonction des besoins », souligne Guillaume Geslin. À mesure que BAURéaLS atteindra sa pleine maturité, Géolab poursuivra son développement au rythme du plateau technique. Au-delà de ses performances, la plateforme incarne une nouvelle approche de la logistique hospitalière, à la fois centralisée, automatisée et pleinement intégrée au parcours de soins, préfigurant les modèles de demain. 

> Article paru dans Hospitalia #73, édition de mai 2026, à lire ici 


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