L’innovation et l’IA au service de la transformation des HCL
Aurélie Pasquelin
Aux Hospices Civils de Lyon, l’innovation et l’intelligence artificielle s’imposent désormais comme les piliers de la transformation hospitalière. Armelle Dion, directrice de l’innovation (DI), et Jean-Christophe Bernadac, directeur des services numériques (DSN), expliquent comment ces technologies sont intégrées, encadrées et déployées. Entre gouvernance, cas d’usage et enjeux de souveraineté, ils dessinent les contours d’une mutation en profondeur.
Quelle place occupe aujourd’hui l’innovation dans la stratégie globale des HCL ?
Armelle Dion : L’innovation est aujourd’hui au cœur de la stratégie des Hospices Civils de Lyon. Elle est pleinement intégrée au projet stratégique 2035, pensé sur dix ans, et irrigue l’ensemble des transformations de l’établissement. Au-delà d’un programme spécifique, elle traverse tous les axes : management, organisation des parcours, numérique et IA, prévention et santé environnementale. Elle s’incarne également dans de nouvelles méthodes de travail, fondées sur l’intelligence collective, la transversalité et l’usage d’outils collaboratifs. En l’espace de cinq ans, l’innovation est ainsi passée d’initiatives isolées à un véritable levier structurant, porté au plus haut niveau de gouvernance.
Comment est structurée la gouvernance de l’IA ?
Armelle Dion : La gouvernance de l’IA s’appuie sur une Direction de l’usage des données et de l’IA (DDIA) ainsi que sur un comité de pilotage dédié, récemment mis en place. Cette instance pluridisciplinaire a pour mission principaled’identifier et proposer des arbitrages et une doctrine à la gouvernance des HCL en matière d’IA. C’est ce Copil qui est chargé d’évaluer et de prioriser les projets numériques et d’intelligence artificielle proposés par des salariés des HCL. Les propositions sont ensuite remontées, comme pour tous les autres types de projets innovants, vers le comité des innovateurs avant décision finale par la Gouvernance des HCL. Les projets proposés par des entreprises extérieures sont, quant à eux, souvent identifiés via les tiers-lieux d’expérimentation des HCL, puis évalués et, le cas échéant, pilotés en étroite collaboration entre la DDIA, la DSN et la DI notamment.
Pourquoi créer une direction dédiée à l’IA, plutôt que de rattacher ces sujets à l’innovation ou au numérique ?
Armelle Dion : Aux HCL, l’innovation repose sur une logique collaborative. Si la direction de l’innovation apporte des méthodes, des outils et un cadre structurant, chaque projet doit être porté par une direction métier. La création d’une direction dédiée aux données et à l’IA répond à la complexité et à la transversalité de ces enjeux, à la croisée du soin, de la recherche et du pilotage. La DDIA agit aujourd’hui comme un guichet unique, garant de cohérence et de lisibilité, sans se substituer aux acteurs existants mais en facilitant leur coordination.
Jean-Christophe Bernadac : Notre organisation distingue clairement la maîtrise d’ouvrage de la maîtrise d’œuvre. La DDIA joue un rôle de maîtrise d’ouvrage, en définissant les priorités et en pilotant les projets avec les métiers, tandis que la DSN en assure la mise en œuvre technique. Ce modèle repose sur une organisation matricielle : des ingénieurs IA, rattachés à la DSN, travaillent sous le pilotage fonctionnel de la DDIA. Cette articulation permet de concilier vision stratégique et efficacité opérationnelle, tout en facilitant le passage à l’échelle des projets.
Quels sont les principaux cas d’usage déjà en place ou en expérimentation ?
Jean-Christophe Bernadac : Les cas d’usage de l’IA sont déjà nombreux et en forte croissance. Aux urgences, elle permet de modéliser les flux afin d’anticiper les besoins en ressources. Dans le champ clinique, des expérimentations portent notamment sur le « scribe ambiant », capable de générer automatiquement des comptes rendus structurés à partir des consultations, ou sur la synthèse du dossier patient en amont des rendez-vous, pour faire gagner du temps aux médecins. L’IA intervient également dans la régulation médicale, la cotation des actes et la détection précoce de situations à risque. Hors du champ du soin, elle facilite la production de documents administratifs – rapports d’activité, procès-verbaux, dossiers d’achats. Elle est aussi testée pour l’analyse des réclamations des patients et le soutien à la recherche clinique.
Quelle appétence observez-vous sur le terrain vis-à-vis de l’IA ? Est-ce une demande forte ?
Jean-Christophe Bernadac : L’appétence est effectivement très forte. Les sollicitations sont quotidiennes, mais l’enjeu principal reste d’éviter la dispersion. Avec la DDIA, nous privilégions une approche structurée : partir des besoins concrets du terrain, identifier les cas d’usage à forte valeur, puis seulement explorer les solutions disponibles. C’est cette démarche de maîtrise d’ouvrage qui permet de rester cohérents, de concentrer les efforts sur des projets à impact réel et d’éviter la multiplication d’expérimentations peu utiles.
Armelle Dion : L’innovation n’a de sens que si elle répond à un besoin réel. Sans usages identifiés, il ne s’agit que de technologie sans valeur ajoutée. Dans un contexte d’offres très abondantes, nous adoptons une approche centrée sur les attentes du terrain. Cela permet de concilier une forte appétence pour l’IA avec des préoccupations légitimes sur les données, les biais ou l’éthique, en sécurisant les usages et en accompagnant les transformations.
Comment favoriser l’intégration de l’IA, notamment sur les enjeux d’acceptabilité ?
Jean-Christophe Bernadac : L’acceptabilité est un enjeu central, notamment en ce qui concerne la confidentialité des données et les usages de l’IA générative. Les équipes s’interrogent sur les risques de divulgation ou de réutilisation des données, en particulier médicales. Pour y répondre, nous avons mis en place une charte des usages de l’IA générative, qui encadre les pratiques et précise ce qui est autorisé ou non. Sur le plan de la gouvernance, la création de la DDIA permet également de structurer deux programmes clés du projet stratégique et de coordonner les ressources issues du numérique, de la recherche et de la data. L’objectif est de sécuriser les usages, de garantir la souveraineté des solutions et d’accompagner les équipes dans l’appropriation de ces outils, dans un contexte technologique encore largement dépendant de ressources extra-européennes.
Un mot, pour finir, sur les principales conditions techniques à réunir pour déployer efficacement des solutions d’intelligence artificielle ?
Jean-Christophe Bernadac : Le déploiement de l’IA nécessite désormais des capacités de calcul haute performance en interne, ainsi que des compétences spécifiques pour les exploiter. Cela représente une évolution importante pour les équipes de la DSN. Par ailleurs, le recours au cloud devient incontournable pour les usages nécessitant une montée en charge. Il impose toutefois des exigences élevées en matière de sécurité, de protection des données et de souveraineté. L’enjeu est donc de trouver le bon équilibre : renforcer les infrastructures internes tout en s’appuyant sur des solutions cloud souveraines capables de soutenir des usages à grande échelle, dans le respect des contraintes du secteur de la santé.
> Article paru dans Hospitalia #73, édition de mai 2026, à lire ici
Armelle Dion : L’innovation est aujourd’hui au cœur de la stratégie des Hospices Civils de Lyon. Elle est pleinement intégrée au projet stratégique 2035, pensé sur dix ans, et irrigue l’ensemble des transformations de l’établissement. Au-delà d’un programme spécifique, elle traverse tous les axes : management, organisation des parcours, numérique et IA, prévention et santé environnementale. Elle s’incarne également dans de nouvelles méthodes de travail, fondées sur l’intelligence collective, la transversalité et l’usage d’outils collaboratifs. En l’espace de cinq ans, l’innovation est ainsi passée d’initiatives isolées à un véritable levier structurant, porté au plus haut niveau de gouvernance.
Comment est structurée la gouvernance de l’IA ?
Armelle Dion : La gouvernance de l’IA s’appuie sur une Direction de l’usage des données et de l’IA (DDIA) ainsi que sur un comité de pilotage dédié, récemment mis en place. Cette instance pluridisciplinaire a pour mission principaled’identifier et proposer des arbitrages et une doctrine à la gouvernance des HCL en matière d’IA. C’est ce Copil qui est chargé d’évaluer et de prioriser les projets numériques et d’intelligence artificielle proposés par des salariés des HCL. Les propositions sont ensuite remontées, comme pour tous les autres types de projets innovants, vers le comité des innovateurs avant décision finale par la Gouvernance des HCL. Les projets proposés par des entreprises extérieures sont, quant à eux, souvent identifiés via les tiers-lieux d’expérimentation des HCL, puis évalués et, le cas échéant, pilotés en étroite collaboration entre la DDIA, la DSN et la DI notamment.
Pourquoi créer une direction dédiée à l’IA, plutôt que de rattacher ces sujets à l’innovation ou au numérique ?
Armelle Dion : Aux HCL, l’innovation repose sur une logique collaborative. Si la direction de l’innovation apporte des méthodes, des outils et un cadre structurant, chaque projet doit être porté par une direction métier. La création d’une direction dédiée aux données et à l’IA répond à la complexité et à la transversalité de ces enjeux, à la croisée du soin, de la recherche et du pilotage. La DDIA agit aujourd’hui comme un guichet unique, garant de cohérence et de lisibilité, sans se substituer aux acteurs existants mais en facilitant leur coordination.
Jean-Christophe Bernadac : Notre organisation distingue clairement la maîtrise d’ouvrage de la maîtrise d’œuvre. La DDIA joue un rôle de maîtrise d’ouvrage, en définissant les priorités et en pilotant les projets avec les métiers, tandis que la DSN en assure la mise en œuvre technique. Ce modèle repose sur une organisation matricielle : des ingénieurs IA, rattachés à la DSN, travaillent sous le pilotage fonctionnel de la DDIA. Cette articulation permet de concilier vision stratégique et efficacité opérationnelle, tout en facilitant le passage à l’échelle des projets.
Quels sont les principaux cas d’usage déjà en place ou en expérimentation ?
Jean-Christophe Bernadac : Les cas d’usage de l’IA sont déjà nombreux et en forte croissance. Aux urgences, elle permet de modéliser les flux afin d’anticiper les besoins en ressources. Dans le champ clinique, des expérimentations portent notamment sur le « scribe ambiant », capable de générer automatiquement des comptes rendus structurés à partir des consultations, ou sur la synthèse du dossier patient en amont des rendez-vous, pour faire gagner du temps aux médecins. L’IA intervient également dans la régulation médicale, la cotation des actes et la détection précoce de situations à risque. Hors du champ du soin, elle facilite la production de documents administratifs – rapports d’activité, procès-verbaux, dossiers d’achats. Elle est aussi testée pour l’analyse des réclamations des patients et le soutien à la recherche clinique.
Quelle appétence observez-vous sur le terrain vis-à-vis de l’IA ? Est-ce une demande forte ?
Jean-Christophe Bernadac : L’appétence est effectivement très forte. Les sollicitations sont quotidiennes, mais l’enjeu principal reste d’éviter la dispersion. Avec la DDIA, nous privilégions une approche structurée : partir des besoins concrets du terrain, identifier les cas d’usage à forte valeur, puis seulement explorer les solutions disponibles. C’est cette démarche de maîtrise d’ouvrage qui permet de rester cohérents, de concentrer les efforts sur des projets à impact réel et d’éviter la multiplication d’expérimentations peu utiles.
Armelle Dion : L’innovation n’a de sens que si elle répond à un besoin réel. Sans usages identifiés, il ne s’agit que de technologie sans valeur ajoutée. Dans un contexte d’offres très abondantes, nous adoptons une approche centrée sur les attentes du terrain. Cela permet de concilier une forte appétence pour l’IA avec des préoccupations légitimes sur les données, les biais ou l’éthique, en sécurisant les usages et en accompagnant les transformations.
Comment favoriser l’intégration de l’IA, notamment sur les enjeux d’acceptabilité ?
Jean-Christophe Bernadac : L’acceptabilité est un enjeu central, notamment en ce qui concerne la confidentialité des données et les usages de l’IA générative. Les équipes s’interrogent sur les risques de divulgation ou de réutilisation des données, en particulier médicales. Pour y répondre, nous avons mis en place une charte des usages de l’IA générative, qui encadre les pratiques et précise ce qui est autorisé ou non. Sur le plan de la gouvernance, la création de la DDIA permet également de structurer deux programmes clés du projet stratégique et de coordonner les ressources issues du numérique, de la recherche et de la data. L’objectif est de sécuriser les usages, de garantir la souveraineté des solutions et d’accompagner les équipes dans l’appropriation de ces outils, dans un contexte technologique encore largement dépendant de ressources extra-européennes.
Un mot, pour finir, sur les principales conditions techniques à réunir pour déployer efficacement des solutions d’intelligence artificielle ?
Jean-Christophe Bernadac : Le déploiement de l’IA nécessite désormais des capacités de calcul haute performance en interne, ainsi que des compétences spécifiques pour les exploiter. Cela représente une évolution importante pour les équipes de la DSN. Par ailleurs, le recours au cloud devient incontournable pour les usages nécessitant une montée en charge. Il impose toutefois des exigences élevées en matière de sécurité, de protection des données et de souveraineté. L’enjeu est donc de trouver le bon équilibre : renforcer les infrastructures internes tout en s’appuyant sur des solutions cloud souveraines capables de soutenir des usages à grande échelle, dans le respect des contraintes du secteur de la santé.
> Article paru dans Hospitalia #73, édition de mai 2026, à lire ici
