HOSPITALIA

En Normandie, une dynamique collective face au risque infectieux

Aurélie Pasquelin

Entre établissements sanitaires et médico-sociaux, les équipes du Groupement hospitalier de territoire (GHT) Caux Maritime déploient une approche transversale de la prévention du risque infectieux. Une organisation singulière, renforcée par un partenariat étroit avec Normand’Hygiène, qui permet d’accompagner aussi bien les hôpitaux que les EHPAD du territoire.

Mis en place en 2016, le GHT Caux Maritime regroupe trois centres hospitaliers et quatre EHPAD autonomes, réunis sous une direction commune, avec le Centre Hospitalier de Dieppe comme établissement support. Dans ce dispositif, l’équipe opérationnelle d’hygiène occupe une place centrale. Composée d’un praticien hygiéniste, le Dr Stéphanie Rochon-Édouard, et de trois infirmières hygiénistes représentant 2,5 équivalents temps plein, elle intervient dans les établissements sanitaires, en lien avec les EHPAD rattachés, via un partenariat avec Normand’Hygiène, réseau régional dédié aux structures médico-sociales. « Notre action repose principalement sur la surveillance des infections, la prévention, l’évaluation et la formation des professionnels. Il s’agit d’un cycle continu », résume la praticienne. L’organisation s’appuie sur un maillage territorial structuré, chaque site disposant d’un référent en hygiène avec un temps dédié adapté. « Une infirmière est présente à 50 % à Saint-Valéry, à 20 % à Eu, tandis que la coordination globale est assurée depuis le CH de Dieppe », précise Stéphanie Rochon-Edouard. 

Une dynamique collective à l’échelle du GHT
Afin de garantir la cohérence des pratiques, des réunions trimestrielles réunissent l’ensemble des acteurs : médecins hygiénistes, cadres et correspondants en hygiène. « Ces temps d’échange favorisent l’harmonisation des pratiques et le partage des retours d’expérience », explique Corinne Fillion, infirmière hygiéniste de l’EOH. Cette coordination s’étend au-delà du GHT. L’équipe entretient des liens étroits avec les acteurs du territoire, structures d’hospitalisation à domicile, cliniques, établissements de soins de suite, ainsi que le CHU de Rouen. « Les transferts de patients exigent une communication rigoureuse sur les précautions à mettre en œuvre. Ce travail en réseau est essentiel », souligne-t-elle. 

Normand’Hygiène : un levier pour les EHPAD
Avec quatre EHPAD intégrés à son groupement, le GHT Caux Maritime présente une configuration rare en Normandie. Pour autant, cette spécificité facilite les synergies avec le dispositif Normand’Hygiène, présent dans toute la région et dédié aux établissements médico-sociaux. Infirmière hygiéniste de Normand’Hygiène, Katy Levasseur intervient ainsi dans 19 EHPAD, dont quatre du GHT. « Notre rôle est d’accompagner les structures dans la prévention du risque infectieux, de les aider à analyser leurs risques et à monter en compétence », explique-t-elle. Financé par l’ARS Normandie, le dispositif s’articule autour de trois axes : la prévention, l’accompagnement et la formation. Il soutient notamment les établissements dans l’élaboration du DARI (Document d’analyse et de maîtrise du risque infectieux) et permet une intervention rapide en cas d’épidémie. « Les EHPAD étaient souvent isolés auparavant. Aujourd’hui, la présence d’un référent et d’un appui structuré transforme en profondeur leur fonctionnement », constate Katy Levasseur. 

Des actions concrètes et coordonnées
En Normandie, une dynamique collective face au risque infectieux
La collaboration entre l’EOH et Normand’Hygiène permet de déployer des projets communs à l’échelle du territoire. Parmi les actions emblématiques figure la campagne annuelle consacrée à l’hygiène des mains, menée au mois de mai dans l’ensemble des établissements. « Des audits et des actions de sensibilisation sont organisés tout au long du mois », précise Stéphanie Rochon-Édouard. Les patients sont également associés à cette dynamique, notamment via les représentants des usagers. D’autres axes de travail sont également développés, comme l’hygiène bucco-dentaire en EHPAD ou la gestion des excrétas, enjeu majeur dans la prévention des infections liées aux bactéries résistantes. « Ce sujet revêt une importance particulière, car ces germes peuvent se transmettre rapidement lorsque les précautions standards ne sont pas respectées », rappelle l’hygiéniste.  

Entre exigences sanitaires et réalité médico-sociale
L’intervention en EHPAD nécessite néanmoins des ajustements spécifiques. « Ces structures sont avant tout des lieux de vie. Il faut trouver un équilibre entre la prévention du risque infectieux et le respect du quotidien des résidents », souligne Stéphanie Rochon-Édouard. La mise en place du port du masque ou l’installation de solutions hydroalcooliques ont ainsi reposé sur un important travail de pédagogie. « Ces évolutions ont demandé du temps, mais elles sont aujourd’hui mieux acceptées », constate-t-elle. Les équipes doivent également composer avec des contraintes propres au secteur médico-social : turnover des professionnels, hétérogénéité des moyens, diversité des statuts des établissements… « Chaque structure présente des spécificités qui nécessitent d’adapter les messages et les actions », ajoute Katy Levasseur. 

Des enjeux forts pour les années à venir
Parmi les priorités actuelles de l’EOH figure la préparation de la certification conjointe des trois établissements sanitaires du GHT, prévue en 2027. « Notre objectif est d’atteindre un haut niveau d’exigence, notamment sur des critères comme l’hygiène des mains », indique Stéphanie Rochon-Édouard. En parallèle, l’équipe poursuit la surveillance des infections associées aux soins, notamment celles liées aux cathéters ou aux sites opératoires. « Chaque situation fait l’objet d’une analyse afin d’en comprendre les causes et d’éviter leur répétition », précise la responsable.  Au-delà de ces actions, une véritable culture de la prévention se développe progressivement à l’échelle du territoire. « Nous travaillons dans une approche transversale, en associant l’ensemble des professionnels, du médecin à l’agent de bionettoyage. C’est ce qui fait la richesse de notre métier », confie l’hygiéniste. Une dynamique collective renforcée par les échanges entre pairs, notamment via le réseau régional d’hygiénistes : « le partage d’expériences constitue un levier essentiel pour progresser et faire évoluer durablement les pratiques », conclut Stéphanie Rochon-Édouard. 

> Article paru dans Hospitalia #73, édition de mai 2026, à lire ici 


Commentaires (0)
Nouveau commentaire :



ABONNEZ-VOUS À LA NEWSLETTER !