Bionettoyage : dans les coulisses d’un métier essentiel mais invisible
Joëlle Hayek
Responsable de l’Équipe centralisée pour l’entretien des locaux au CHU de Nîmes, Marie Grenier siège également au conseil d’administration de l’Association des responsables du bionettoyage en santé (ARBS). Pour Hospitalia, elle partage son regard sur les défis d’un métier essentiel mais encore discret, et détaille les leviers engagés par le CHU de Nîmes pour en renforcer la reconnaissance et accompagner ses évolutions.
Pour commencer, pourriez-vous nous présenter le service bionettoyage du CHU de Nîmes ?
Marie Grenier : Au sein du CHU de Nîmes, l’organisation du bionettoyage repose sur trois circuits complémentaires. Tout d’abord, nous disposons d’une équipe centralisée pour l’entretien des locaux, dite ECEL, qui regroupe une soixantaine d’agents placés sous la responsabilité de trois encadrants – dont moi-même. Cette équipe assure l’entretien de l’ensemble des espaces communs de l’établissement, soit environ 50 000 m² : couloirs, vestiaires et sanitaires du personnel, sanitaires publics, zones administratives, circulations dans les unités de soins, ainsi que – de manière très ponctuelle – certaines salles de consultation. Elle intervient également sur des zones spécifiques comme la plateforme logistique, la blanchisserie ou encore les ateliers. Ensuite, au sein des services de soins, ce sont les agents de services hospitaliers (ASH) qui prennent en charge l’entretien des chambres et des offices. Leur encadrement relève des cadres de pôle ou de service. Enfin, certaines zones communes sont externalisées auprès de prestataires privés. Le suivi de ces marchés est assuré par les conseillères hôtelières.
À quelles problématiques êtes-vous confrontés au quotidien ?
La principale difficulté concerne l’absentéisme. Nos équipes présentent une moyenne d’âge relativement élevée, et de nombreux agents sont touchés par des troubles musculo-squelettiques (TMS), liés à la répétitivité des gestes inhérents aux activités de bionettoyage. Pour y répondre, nous travaillons sur l’adaptation des postes, en lien étroit avec les ergonomes, afin d’améliorer les conditions de travail et de tenir compte des pathologies individuelles lorsque cela est possible. Nous mettons également l’accent sur la formation. Une partie de nos agents est en reclassement et ne connaissait pas initialement les métiers du bionettoyage. Nous développons donc des parcours de formation internes afin de leur permettre d’acquérir les bons gestes – ce qui contribue à la prévention des TMS. Nous accompagnons également chaque année un agent dans l’obtention d’un CAP en partenariat avec le CTTN de Lyon, l’objectif étant ici à la fois de professionnaliser les équipes et de valoriser un métier encore trop peu reconnu.
Quels sont vos projets à court et moyen terme ?
Nous travaillons actuellement sur deux projets structurants. Le premier concerne la cobotique, avec l’acquisition envisagée d’un robot destiné à assister les agents, et non à les remplacer – la nuance est importante. Aujourd’hui, les tâches restent majoritairement manuelles, malgré l’utilisation d’autolaveuses. L’objectif est de déléguer certaines opérations très répétitives, comme l’entretien des halls d’accueil ou des entrées principales, afin de libérer du temps pour des missions à plus forte valeur ajoutée. Le second projet porte sur la mise en place d’une traçabilité numérique. Actuellement, le suivi des activités repose encore largement sur des supports papier. La digitalisation permettra d’améliorer la remontée d’informations, d’optimiser l’organisation et de mieux valoriser le travail réalisé sur le terrain.
Pourriez-vous nous en dire plus sur le projet de traçabilité numérique ?
Ce projet est aujourd’hui au cœur de nos priorités. Il implique un véritable accompagnement au changement, car nos équipes ne sont pas toujours familières avec les outils numériques. Nous accordons donc une grande importance à la pédagogie, afin que cet outil ne soit pas perçu comme un dispositif de contrôle, mais comme un levier d’amélioration pour tous. Il permettra notamment aux agents de transmettre des informations en temps réel, simplement, sans passer par des appels téléphoniques. De notre côté, cela nous offrira une meilleure réactivité et une capacité accrue à ajuster les effectifs et les organisations en fonction des besoins réels. Au-delà de l’aspect opérationnel, ce projet s’inscrit donc également dans une démarche de valorisation du métier. Le bionettoyage est un maillon essentiel de la prévention des infections nosocomiales, même s’il reste peu visible. La modernisation des outils contribuera à renforcer la reconnaissance et les compétences des équipes. À terme, ces évolutions feront également évoluer les fonctions d’encadrement. L’intelligence artificielle aura-t-elle un jour sa place dans le pilotage du bionettoyage en santé ? Il est encore trop tôt pour se prononcer. Mais avant d’envisager des technologies plus avancées, il est déjà essentiel de poser les bases avec la numérisation et la collecte de données.
Comment vous positionnez-vous par rapport aux tendances actuelles autour du nettoyage sans chimie ?
À ce jour, le nettoyage sans chimie ne constitue pas encore un axe structuré au sein du CHU de Nîmes. Le service bionettoyage travaille néanmoins en étroite collaboration avec les conseillères hôtelières, notamment dans le cadre des marchés publics, afin d’évaluer et de tester les produits. Nous recourons encore majoritairement à des solutions chimiques, tout en veillant à en encadrer l’usage. Plusieurs mesures sont mises en place à cet effet, comme le respect rigoureux des dilutions, le recours à la méthode de pré-imprégnation, ou encore l’utilisation de centrales de dilution dans les secteurs les plus importants. Sans être engagé dans une démarche de nettoyage sans chimie, l’établissement a donc déjà amorcé une réflexion autour de l’éconettoyage. Les enjeux de santé environnementale sont bien identifiés, et ces thématiques sont également partagées et discutées au sein de l’Association des responsables du bionettoyage en santé (ARBS).
> Article paru dans Hospitalia #73, édition de mai 2026, à lire ici
Marie Grenier : Au sein du CHU de Nîmes, l’organisation du bionettoyage repose sur trois circuits complémentaires. Tout d’abord, nous disposons d’une équipe centralisée pour l’entretien des locaux, dite ECEL, qui regroupe une soixantaine d’agents placés sous la responsabilité de trois encadrants – dont moi-même. Cette équipe assure l’entretien de l’ensemble des espaces communs de l’établissement, soit environ 50 000 m² : couloirs, vestiaires et sanitaires du personnel, sanitaires publics, zones administratives, circulations dans les unités de soins, ainsi que – de manière très ponctuelle – certaines salles de consultation. Elle intervient également sur des zones spécifiques comme la plateforme logistique, la blanchisserie ou encore les ateliers. Ensuite, au sein des services de soins, ce sont les agents de services hospitaliers (ASH) qui prennent en charge l’entretien des chambres et des offices. Leur encadrement relève des cadres de pôle ou de service. Enfin, certaines zones communes sont externalisées auprès de prestataires privés. Le suivi de ces marchés est assuré par les conseillères hôtelières.
À quelles problématiques êtes-vous confrontés au quotidien ?
La principale difficulté concerne l’absentéisme. Nos équipes présentent une moyenne d’âge relativement élevée, et de nombreux agents sont touchés par des troubles musculo-squelettiques (TMS), liés à la répétitivité des gestes inhérents aux activités de bionettoyage. Pour y répondre, nous travaillons sur l’adaptation des postes, en lien étroit avec les ergonomes, afin d’améliorer les conditions de travail et de tenir compte des pathologies individuelles lorsque cela est possible. Nous mettons également l’accent sur la formation. Une partie de nos agents est en reclassement et ne connaissait pas initialement les métiers du bionettoyage. Nous développons donc des parcours de formation internes afin de leur permettre d’acquérir les bons gestes – ce qui contribue à la prévention des TMS. Nous accompagnons également chaque année un agent dans l’obtention d’un CAP en partenariat avec le CTTN de Lyon, l’objectif étant ici à la fois de professionnaliser les équipes et de valoriser un métier encore trop peu reconnu.
Quels sont vos projets à court et moyen terme ?
Nous travaillons actuellement sur deux projets structurants. Le premier concerne la cobotique, avec l’acquisition envisagée d’un robot destiné à assister les agents, et non à les remplacer – la nuance est importante. Aujourd’hui, les tâches restent majoritairement manuelles, malgré l’utilisation d’autolaveuses. L’objectif est de déléguer certaines opérations très répétitives, comme l’entretien des halls d’accueil ou des entrées principales, afin de libérer du temps pour des missions à plus forte valeur ajoutée. Le second projet porte sur la mise en place d’une traçabilité numérique. Actuellement, le suivi des activités repose encore largement sur des supports papier. La digitalisation permettra d’améliorer la remontée d’informations, d’optimiser l’organisation et de mieux valoriser le travail réalisé sur le terrain.
Pourriez-vous nous en dire plus sur le projet de traçabilité numérique ?
Ce projet est aujourd’hui au cœur de nos priorités. Il implique un véritable accompagnement au changement, car nos équipes ne sont pas toujours familières avec les outils numériques. Nous accordons donc une grande importance à la pédagogie, afin que cet outil ne soit pas perçu comme un dispositif de contrôle, mais comme un levier d’amélioration pour tous. Il permettra notamment aux agents de transmettre des informations en temps réel, simplement, sans passer par des appels téléphoniques. De notre côté, cela nous offrira une meilleure réactivité et une capacité accrue à ajuster les effectifs et les organisations en fonction des besoins réels. Au-delà de l’aspect opérationnel, ce projet s’inscrit donc également dans une démarche de valorisation du métier. Le bionettoyage est un maillon essentiel de la prévention des infections nosocomiales, même s’il reste peu visible. La modernisation des outils contribuera à renforcer la reconnaissance et les compétences des équipes. À terme, ces évolutions feront également évoluer les fonctions d’encadrement. L’intelligence artificielle aura-t-elle un jour sa place dans le pilotage du bionettoyage en santé ? Il est encore trop tôt pour se prononcer. Mais avant d’envisager des technologies plus avancées, il est déjà essentiel de poser les bases avec la numérisation et la collecte de données.
Comment vous positionnez-vous par rapport aux tendances actuelles autour du nettoyage sans chimie ?
À ce jour, le nettoyage sans chimie ne constitue pas encore un axe structuré au sein du CHU de Nîmes. Le service bionettoyage travaille néanmoins en étroite collaboration avec les conseillères hôtelières, notamment dans le cadre des marchés publics, afin d’évaluer et de tester les produits. Nous recourons encore majoritairement à des solutions chimiques, tout en veillant à en encadrer l’usage. Plusieurs mesures sont mises en place à cet effet, comme le respect rigoureux des dilutions, le recours à la méthode de pré-imprégnation, ou encore l’utilisation de centrales de dilution dans les secteurs les plus importants. Sans être engagé dans une démarche de nettoyage sans chimie, l’établissement a donc déjà amorcé une réflexion autour de l’éconettoyage. Les enjeux de santé environnementale sont bien identifiés, et ces thématiques sont également partagées et discutées au sein de l’Association des responsables du bionettoyage en santé (ARBS).
> Article paru dans Hospitalia #73, édition de mai 2026, à lire ici
