Au CH de l’Estran, un exercice grandeur nature pour faire face à un acte malveillant
Aurélie Pasquelin
Le 10 février dernier, le calme apparent du CH de l’Estran a laissé place à une agitation inhabituelle. Forces de l’ordre, équipes médicales, autorités préfectorales… toutes étaient mobilisées pour un exercice de crise inédit. L’objectif ? Tester la capacité de l’établissement à faire face à un acte malveillant, et surtout, apprendre à mieux travailler ensemble.
10 février, au petit matin. Dans les couloirs du CH de l’Estran, l’activité s’intensifie rapidement. Le scénario se met en place : une attaque terroriste fictive au sein même de l’établissement. Autour des équipes hospitalières, un large panel d’acteurs est mobilisé : la préfecture de la Manche, le Samu 50, la gendarmerie nationale, la Croix-Rouge française, le SDIS (sapeurs-pompiers), le groupe d’extraction des sapeurs-pompiers (GREX), le PSIG, le GIGN, la Cellule d’Unité Medico-Psychologique, la Direction du CH de l’Estran, les élèves du Bac Professionnel Métiers de la Sécurité de Institut Saint-Lô, des collectivités locales et des partenaires institutionnels. Une coordination d’ampleur, fidèle aux situations sanitaires exceptionnelles. « Dans ce type d’événement, le Samu 50 est immédiatement sollicité, explique Thomas Delomas, directeur médical du Samu de la Manche. Nous sommes au cœur de l’intervention et coordonnons l’ensemble des moyens sanitaires engagés sur place ». Sur le terrain, les équipes médicales prennent en charge des victimes simulées, tandis qu’une unité mobile de régulation est déployée.
Mieux se connaître pour mieux agir
En parallèle de la gestion de crise, l’établissement doit assurer la continuité de ses activités. « Il y a l’intervention, mais il y a aussi la vie de l’établissement », rappelle Thomas Delomas. Pour Romain Fortier, responsable sécurité du Centre hospitalier de l’Estran, cet exercice marque une étape importante. « Les exercices liés à des actes malveillants, de type attentat, restent encore récents dans les centres hospitaliers, souligne-t-il. Cette année, nous avons clairement franchi un cap pour nous rapprocher au plus près des conditions réelles ». Au-delà du réalisme de la simulation, l’exercice a surtout pleinement joué son rôle de révélateur. Les forces et les fragilités du dispositif sont apparues avec netteté, mises en lumière par un temps de débriefing structuré réunissant l’ensemble des participants. La journée du 10 février s’est ainsi prolongée par des échanges nourris, suivis d’une conférence organisée dans l’après-midi avec les acteurs mobilisés. Un retour d’expérience plus approfondi a été conduit quelques jours plus tard, afin de laisser à chacun le temps d’analyser ses pratiques, et d’identifier ses points d’appui comme ses marges de progression.
© CH de l’Estran
« Un hôpital sûr est un hôpital qui soigne mieux »
Pour les participants, la sécurité ne peut désormais plus être reléguée au second plan dans le fonctionnement hospitalier. Une conviction pleinement partagée par la direction du CH de l’Estran. Comme le soulignent Stéphane Blot, le directeur général, et Jessy Couasnon, la directrice adjointe en charge de la sécurité et de la sûreté, « il ne s’agit en rien d’un choix opportuniste, mais bien d’une nécessité imposée par l’évolution du contexte. Nous constatons depuis plusieurs années une augmentation des incidents : agressions, incivilités, intrusions, vols… C’est une réalité à laquelle nous devons répondre ». À cela s’ajoutent des facteurs propres à l’établissement, notamment certaines activités en psychiatrie et en addictologie, ainsi qu’un environnement touristique dense, lié à la proximité du Mont-Saint-Michel et ses plus de 2,5 millions de visiteurs annuels. Dans ce contexte, les deux responsables défendent une approche équilibrée de la sécurité. « Un hôpital sûr est un hôpital qui soigne mieux. Un environnement apaisé est essentiel pour bien soigner », rappellent-ils, tout en insistant sur la nécessité de « protéger sans déshumaniser ». Cette ligne directrice se traduit concrètement par un renforcement des actions engagées : diagnostic de sécurité réalisé avec la gendarmerie, organisation régulière d’exercices – dont un dédié aux actes malveillants chaque année depuis trois ans – et montée en puissance progressive de ces dispositifs, à l’image de celui mis en œuvre le 10 février.
Vers une acculturation renforcée à la gestion des risques
© CH de l’Estran
> Article paru dans le Hors-Série #9, édition de mai 2026, à lire ici
