Au CH de Toulon, une trajectoire numérique entre sécurité et convergence
Aurélie Pasquelin
Nommé directeur des systèmes d’information (DSI) du Centre hospitalier de Toulon et du Groupement hospitalier de territoire (GHT) du Var en janvier 2026, Vincent Regnault prend ses fonctions dans un contexte de transformation numérique déjà amorcé, mais encore en structuration. Entre renforcement de la cybersécurité, organisation territoriale de la DSI, déploiement du Dossier patient informatisé (DPI) et réflexion sur l’intelligence artificielle, il défend une approche pragmatique, progressive et collective des systèmes d’information hospitaliers. Rencontre.
Quelle première analyse portez-vous sur le système d’information du CH de Toulon ?
Vincent Regnault : À mon arrivée, j’ai trouvé un schéma directeur récent, structuré et précis, qui constitue une base solide. Pour autant, avant d’aborder des sujets comme l’innovation ou l’intelligence artificielle, il est indispensable de consolider les fondamentaux, notamment en matière d’organisation et de pilotage des projets. Nous avons donc engagé une évolution de la DSI pour mieux distinguer le maintien en condition opérationnelle de la conduite de projets. En parallèle, la sécurité des systèmes d’information fait l’objet d’une attention renforcée, avec un besoin clair de consolidation des moyens et des équipes. Enfin, si le recours à des solutions infogérées offre aujourd’hui de bonnes garanties en matière de sécurité, je souhaite tendre vers un modèle plus équilibré, combinant SaaS et infrastructures internes, afin de mieux maîtriser nos données et nos coûts à moyen terme.
Comment la DSI du CH de Toulon est-elle aujourd’hui organisée et quelles évolutions envisagez-vous ?
La DSI du CH de Toulon compte actuellement une trentaine d’ETP. Mais au-delà de cette organisation, nous menons une réflexion à l’échelle du territoire, avec l’ambition de construire une équipe informatique de GHT plus intégrée. Une étude est en cours pour analyser les compétences, les métiers et les équilibres financiers des sept établissements, dans l’objectif de proposer, d’ici la rentrée, plusieurs scénarios d’organisation permettant de passer d’un fonctionnement encore fragmenté à une logique plus mutualisée et convergente. Ce projet dépasse largement la technique, il touche aussi à la gouvernance, à l’adhésion des équipes et à l’équilibre entre établissements. Il ne s’agit donc pas d’imposer un modèle, mais de le construire collectivement, avec les acteurs de terrain et les directions. À terme, cette approche territoriale apparaît essentielle pour optimiser les ressources, renforcer la cohérence des systèmes d’information et répondre aux enjeux croissants du secteur hospitalier.
Où en est aujourd’hui la convergence des systèmes d’information au sein du GHT ?
La dynamique est bien engagée. Un jalon important a été franchi cette année avec la signature récente du dossier patient informatisé (DPI), qui constituera un axe structurant des prochaines années. En amont, un travail essentiel a été réalisé autour de l’identité patient, véritable pierre angulaire de toute démarche de mutualisation. Les fondamentaux étant en place, plusieurs chantiers majeurs s’ouvrent désormais : le déploiement du DPI de territoire, la mutualisation des fonctions administratives, la mise en œuvre d’un PACS commun et la structuration d’une équipe informatique convergente. À cela s’ajoute un enjeu transverse d’innovation, notamment autour de l’intégration maîtrisée de l’intelligence artificielle. L’objectif, à l’échelle territoriale, est d’avancer de manière coordonnée sur ces chantiers prioritaires.
Quels sont vos liens avec les autres établissements du GHT ?
En tant que DSI du GHT, mon rôle s’inscrit dans une gouvernance territoriale structurée. Si le CH de Toulon représente 43 % de mon activité, le pilotage repose avant tout sur un travail collectif. Nous nous appuyons notamment sur un comité mensuel réunissant les DSI et responsables informatiques locaux, pour à la fois traiter les orientations stratégiques – convergence, schéma directeur – et des sujets plus opérationnels, particulièrement la sécurité. Au-delà de ces instances, les échanges sont réguliers et nourris par une présence sur le terrain. La géographie du territoire impose une organisation adaptée, sans nécessairement centraliser les équipes. Notre objectif est de construire une équipe informatique de GHT coordonnée, capable de fonctionner de manière distribuée tout en gagnant en cohérence et en efficacité.
Comment est organisée la cybersécurité au sein du GHT ?
Le GHT dispose d’un Responsable de la sécurité des systèmes d’information (RSSI) positionné à l’échelle du territoire, intégré à la DSI de Toulon tout en intervenant de manière transverse. Comme pour la fonction de DSI, son temps est réparti entre les établissements, avec une volonté d’équilibrer sa présence entre sur les différents sites. La relation entre DSI et RSSI est essentielle et repose sur un travail étroit et régulier, associant également les responsables informatiques des établissements, le délégué à la protection des données (DPO) et la direction. Cette coopération étroite entre les acteurs clés de la sécurité et du système d’information est aujourd’hui un levier indispensable pour renforcer la résilience du GHT. Dans cette optique, nous structurons un pilotage collectif et réactif, capable de s’adapter en permanence pour répondre efficacement aux risques.
Pourriez-vous détailler la place du DPO dans cette organisation ?
La fonction de DPO n’est pas mutualisée à l’échelle du GHT. Chaque établissement dispose, ou presque, de son propre référent. Au CH de Toulon, le DPO est rattaché à la direction générale et est indépendant de la DSI. Cette organisation reflète bien la distinction des missions : là où le RSSI pilote la gouvernance SSI et intervient naturellement sur la sécurité opérationnelle avec ses relais, le DPO se concentre sur la conformité et la protection des données. Cette séparation me paraît pertinente, à condition d’intégrer ces dimensions très en amont des projets et d’assurer une bonne coordination. C’est un axe que nous devons encore renforcer, afin d’inscrire pleinement ces réflexes dans les processus et la culture de l’établissement.
Comment abordez-vous les enjeux d’innovation et d’intelligence artificielle ?
L’innovation fait pleinement partie du rôle de la DSI, mais elle doit s’inscrire dans une gouvernance partagée. À Toulon, cela implique notamment la direction des soins, la recherche clinique, le département d’information médicale (DIM) et les représentants médicaux. L’objectif est de structurer un cadre collectif pour identifier, évaluer et prioriser les projets, notamment en matière d’intelligence artificielle. Au-delà de la veille technologique, l’enjeu est surtout d’organiser la décision : chaque projet doit être analysé en termes de pertinence, de coût et de retour sur investissement. Face à l’essor rapide des solutions d’IA, il est essentiel de canaliser les usages tout en proposant des outils simples et adaptés aux besoins des professionnels. Cette approche vise à concilier innovation, maîtrise des risques et création de valeur pour les équipes de soins.
Si vous deviez résumer les principaux axes des prochaines années, quels seraient-ils ?
La priorité reste la consolidation des fondamentaux, en particulier la sécurité des systèmes d’information, qui est aujourd’hui un prérequis incontournable. Vient ensuite la convergence à l’échelle du GHT, qui structure l’ensemble de la trajectoire. Enfin, l’innovation – notamment autour de l’intelligence artificielle – devra être organisée dans un cadre de gouvernance clair, afin de maîtriser les usages et les investissements. Plus largement, la réussite de cette transformation dépendra également de notre capacité à nous inscrire durablement dans les dynamiques nationales et réglementaires. Entre des exigences de sécurité croissantes, l’arrivée de nouveaux dispositifs de financement et des évolutions structurantes comme les directives européennes, les établissements doivent anticiper pour ne pas subir. Alors que le contexte est à la fois contraint et en mutation permanente, notre capacité d’alignement collectif constituera un levier essentiel pour renforcer la résilience de nos établissements et améliorer, à terme, la qualité de service pour les équipes comme pour les patients.
Vincent Regnault : À mon arrivée, j’ai trouvé un schéma directeur récent, structuré et précis, qui constitue une base solide. Pour autant, avant d’aborder des sujets comme l’innovation ou l’intelligence artificielle, il est indispensable de consolider les fondamentaux, notamment en matière d’organisation et de pilotage des projets. Nous avons donc engagé une évolution de la DSI pour mieux distinguer le maintien en condition opérationnelle de la conduite de projets. En parallèle, la sécurité des systèmes d’information fait l’objet d’une attention renforcée, avec un besoin clair de consolidation des moyens et des équipes. Enfin, si le recours à des solutions infogérées offre aujourd’hui de bonnes garanties en matière de sécurité, je souhaite tendre vers un modèle plus équilibré, combinant SaaS et infrastructures internes, afin de mieux maîtriser nos données et nos coûts à moyen terme.
Comment la DSI du CH de Toulon est-elle aujourd’hui organisée et quelles évolutions envisagez-vous ?
La DSI du CH de Toulon compte actuellement une trentaine d’ETP. Mais au-delà de cette organisation, nous menons une réflexion à l’échelle du territoire, avec l’ambition de construire une équipe informatique de GHT plus intégrée. Une étude est en cours pour analyser les compétences, les métiers et les équilibres financiers des sept établissements, dans l’objectif de proposer, d’ici la rentrée, plusieurs scénarios d’organisation permettant de passer d’un fonctionnement encore fragmenté à une logique plus mutualisée et convergente. Ce projet dépasse largement la technique, il touche aussi à la gouvernance, à l’adhésion des équipes et à l’équilibre entre établissements. Il ne s’agit donc pas d’imposer un modèle, mais de le construire collectivement, avec les acteurs de terrain et les directions. À terme, cette approche territoriale apparaît essentielle pour optimiser les ressources, renforcer la cohérence des systèmes d’information et répondre aux enjeux croissants du secteur hospitalier.
Où en est aujourd’hui la convergence des systèmes d’information au sein du GHT ?
La dynamique est bien engagée. Un jalon important a été franchi cette année avec la signature récente du dossier patient informatisé (DPI), qui constituera un axe structurant des prochaines années. En amont, un travail essentiel a été réalisé autour de l’identité patient, véritable pierre angulaire de toute démarche de mutualisation. Les fondamentaux étant en place, plusieurs chantiers majeurs s’ouvrent désormais : le déploiement du DPI de territoire, la mutualisation des fonctions administratives, la mise en œuvre d’un PACS commun et la structuration d’une équipe informatique convergente. À cela s’ajoute un enjeu transverse d’innovation, notamment autour de l’intégration maîtrisée de l’intelligence artificielle. L’objectif, à l’échelle territoriale, est d’avancer de manière coordonnée sur ces chantiers prioritaires.
Quels sont vos liens avec les autres établissements du GHT ?
En tant que DSI du GHT, mon rôle s’inscrit dans une gouvernance territoriale structurée. Si le CH de Toulon représente 43 % de mon activité, le pilotage repose avant tout sur un travail collectif. Nous nous appuyons notamment sur un comité mensuel réunissant les DSI et responsables informatiques locaux, pour à la fois traiter les orientations stratégiques – convergence, schéma directeur – et des sujets plus opérationnels, particulièrement la sécurité. Au-delà de ces instances, les échanges sont réguliers et nourris par une présence sur le terrain. La géographie du territoire impose une organisation adaptée, sans nécessairement centraliser les équipes. Notre objectif est de construire une équipe informatique de GHT coordonnée, capable de fonctionner de manière distribuée tout en gagnant en cohérence et en efficacité.
Comment est organisée la cybersécurité au sein du GHT ?
Le GHT dispose d’un Responsable de la sécurité des systèmes d’information (RSSI) positionné à l’échelle du territoire, intégré à la DSI de Toulon tout en intervenant de manière transverse. Comme pour la fonction de DSI, son temps est réparti entre les établissements, avec une volonté d’équilibrer sa présence entre sur les différents sites. La relation entre DSI et RSSI est essentielle et repose sur un travail étroit et régulier, associant également les responsables informatiques des établissements, le délégué à la protection des données (DPO) et la direction. Cette coopération étroite entre les acteurs clés de la sécurité et du système d’information est aujourd’hui un levier indispensable pour renforcer la résilience du GHT. Dans cette optique, nous structurons un pilotage collectif et réactif, capable de s’adapter en permanence pour répondre efficacement aux risques.
Pourriez-vous détailler la place du DPO dans cette organisation ?
La fonction de DPO n’est pas mutualisée à l’échelle du GHT. Chaque établissement dispose, ou presque, de son propre référent. Au CH de Toulon, le DPO est rattaché à la direction générale et est indépendant de la DSI. Cette organisation reflète bien la distinction des missions : là où le RSSI pilote la gouvernance SSI et intervient naturellement sur la sécurité opérationnelle avec ses relais, le DPO se concentre sur la conformité et la protection des données. Cette séparation me paraît pertinente, à condition d’intégrer ces dimensions très en amont des projets et d’assurer une bonne coordination. C’est un axe que nous devons encore renforcer, afin d’inscrire pleinement ces réflexes dans les processus et la culture de l’établissement.
Comment abordez-vous les enjeux d’innovation et d’intelligence artificielle ?
L’innovation fait pleinement partie du rôle de la DSI, mais elle doit s’inscrire dans une gouvernance partagée. À Toulon, cela implique notamment la direction des soins, la recherche clinique, le département d’information médicale (DIM) et les représentants médicaux. L’objectif est de structurer un cadre collectif pour identifier, évaluer et prioriser les projets, notamment en matière d’intelligence artificielle. Au-delà de la veille technologique, l’enjeu est surtout d’organiser la décision : chaque projet doit être analysé en termes de pertinence, de coût et de retour sur investissement. Face à l’essor rapide des solutions d’IA, il est essentiel de canaliser les usages tout en proposant des outils simples et adaptés aux besoins des professionnels. Cette approche vise à concilier innovation, maîtrise des risques et création de valeur pour les équipes de soins.
Si vous deviez résumer les principaux axes des prochaines années, quels seraient-ils ?
La priorité reste la consolidation des fondamentaux, en particulier la sécurité des systèmes d’information, qui est aujourd’hui un prérequis incontournable. Vient ensuite la convergence à l’échelle du GHT, qui structure l’ensemble de la trajectoire. Enfin, l’innovation – notamment autour de l’intelligence artificielle – devra être organisée dans un cadre de gouvernance clair, afin de maîtriser les usages et les investissements. Plus largement, la réussite de cette transformation dépendra également de notre capacité à nous inscrire durablement dans les dynamiques nationales et réglementaires. Entre des exigences de sécurité croissantes, l’arrivée de nouveaux dispositifs de financement et des évolutions structurantes comme les directives européennes, les établissements doivent anticiper pour ne pas subir. Alors que le contexte est à la fois contraint et en mutation permanente, notre capacité d’alignement collectif constituera un levier essentiel pour renforcer la résilience de nos établissements et améliorer, à terme, la qualité de service pour les équipes comme pour les patients.
Vincent Regnault
Après plus de 35 ans au sein du monde hospitalier public et de ses systèmes d’information, Vincent Regnault a construit l’essentiel de son parcours en Normandie. Il y a notamment exercé comme DSI du GHT de l’Estuaire de la Seine avec le Groupe Hospitalier du Havre comme établissement support pendant sept ans, où il a piloté la convergence des systèmes d’information de sept entités juridiques, en harmonisant progressivement les infrastructures, les organisations et les pratiques.
Après plus de 35 ans au sein du monde hospitalier public et de ses systèmes d’information, Vincent Regnault a construit l’essentiel de son parcours en Normandie. Il y a notamment exercé comme DSI du GHT de l’Estuaire de la Seine avec le Groupe Hospitalier du Havre comme établissement support pendant sept ans, où il a piloté la convergence des systèmes d’information de sept entités juridiques, en harmonisant progressivement les infrastructures, les organisations et les pratiques.
> Article paru dans Hospitalia #73, édition de mai 2026, à lire ici
