AirShab, du drone expérimental au réseau hospitalier
Aurélie Pasquelin
Depuis novembre 2025, les Centres hospitaliers de Valenciennes et de Maubeuge assurent des liaisons régulières par drone pour transporter des échantillons biologiques. Une deuxième ligne a été ouverte en 2026 avec Le Quesnoy. Derrière l’image spectaculaire d’un « avion-drone » traversant le ciel du Hainaut-Cambrésis se joue une transformation plus profonde de la logistique hospitalière : gagner du temps pour le patient, réduire l’empreinte carbone des transports et repenser les échanges entre établissements.
En 2022, lorsque le Centre hospitalier de Valenciennes et le laboratoire multisites Sambre Hainaut Artois Biologie (SHAB) commencent à envisager le transport d’échantillons biologiques par drone, l’idée relève encore largement de l’expérimentation. Quatre ans plus tard, le projet AirShab a changé d’échelle. Depuis novembre 2025, des drones assurent des rotations régulières entre les Centres hospitaliers de Maubeuge et de Valenciennes. En mars 2026, une deuxième ligne a été mise en service avec le Centre hospitalier du Quesnoy. Le réseau compte désormais trois établissements connectés et doit continuer de s’étendre.
Le transport au service de la biologie territoriale
Pour comprendre pourquoi le drone a trouvé sa place à Valenciennes, il faut revenir à l’organisation de la biologie sur le territoire. Le Groupement de coopération sanitaire (GCS) SHAB (Sambre Hainaut Artois Biologie) est composé de six sites de production : les Centres hospitaliers de Valenciennes, Denain et Maubeuge, ainsi que les laboratoires des établissements de santé de Liévin, Hénin-Beaumont et Divion du groupe AHNAC. Il travaille donc pour huit établissements de soins du GHT, cinq cliniques médico-chirurgicales du groupe ANHAC et six établissements de soins de la filière Filiéris. « Une telle structuration nécessite de faire voyager nos échantillons biologiques entre les établissements et les plateaux techniques, et même entre les plateaux techniques, puisqu’il y a une sorte de gradation de l’offre », explique le Dr Hervé Bisiau, biologiste, chef du pôle biologie du CH de Valenciennes et responsable médical du laboratoire multisites territorial.
Le transport devient alors un maillon déterminant de la chaîne de biologie médicale. « Du fait des évolutions réglementaires et des progrès techniques, le transport par drone nous paraissait quelque chose de tout à fait atteignable », résume le biologiste. Le gain de temps constitue le premier argument. Entre Le Quesnoy et Valenciennes, le trajet aérien dure environ dix minutes, contre une vingtaine par la route. Entre Maubeuge et Valenciennes, le temps de transport est également divisé par deux. Mais la rapidité n’est pas le seul bénéfice. Le drone permet surtout de rendre le temps d’acheminement plus prévisible, en s’affranchissant des aléas de circulation.
Le transport devient alors un maillon déterminant de la chaîne de biologie médicale. « Du fait des évolutions réglementaires et des progrès techniques, le transport par drone nous paraissait quelque chose de tout à fait atteignable », résume le biologiste. Le gain de temps constitue le premier argument. Entre Le Quesnoy et Valenciennes, le trajet aérien dure environ dix minutes, contre une vingtaine par la route. Entre Maubeuge et Valenciennes, le temps de transport est également divisé par deux. Mais la rapidité n’est pas le seul bénéfice. Le drone permet surtout de rendre le temps d’acheminement plus prévisible, en s’affranchissant des aléas de circulation.
Un drone qui n’a rien d’un gadget
© AirShab
Le dispositif repose ainsi sur des couloirs aériens dédiés et sur des autorisations d’exploitation délivrées par l’aviation civile. Cette dimension aéronautique constitue l’une des principales spécificités du projet : chaque vol doit respecter un cadre strict, et chaque nouvelle étape du déploiement doit faire l’objet d’une instruction et d’une validation. Le déploiement s’est fait progressivement. Les premières expérimentations ont notamment débuté par des vols de nuit, dans un environnement aérien moins exposé aux autres usages. Des essais de jour ont ensuite été menés avant le passage aux vols réguliers. « Il faut vraiment y aller étape par étape », insiste l’ingénieur. Une stratégie qui a permis aux équipes de démontrer progressivement la sécurité et la fiabilité du dispositif.
Une logistique qui commence avant le décollage
Le drone vole dans les airs, mais son déploiement repose sur une logistique bien terrestre. Chaque site doit disposer d’une zone d’atterrissage sécurisée d’environ 5 mètres sur 5, techniquement adaptée au vol et entourée d’un périmètre de sécurité. Son emplacement doit également être suffisamment proche des équipes chargées de préparer et de récupérer les prélèvements. « Il ne faudrait pas qu’ils fassent 500 mètres à chaque fois pour aller charger le drone », souligne Pierre Houssin. Le choix de cette zone nécessite donc de trouver le bon équilibre entre contraintes techniques, sécurité et accessibilité. Une réflexion qui associe les laboratoires, mais aussi les services logistiques et techniques des établissements.
La préparation des échantillons reste conforme aux pratiques habituelles. Les équipes peuvent embarquer des prélèvements à température ambiante ou réfrigérée. « Le transport des échantillons congelés est également possible, mais il mobilise un tiers de la capacité du drone pour seulement quelques tubes », précise Hervé Bisiau. Pour ces échantillons, ainsi que pour les formats plus volumineux, une navette routière quotidienne a donc été maintenue. « L’objectif est de combiner les différents modes de transport en fonction des caractéristiques et des besoins de chaque type d’échantillon », résume le biologiste. Cette nouvelle organisation ne modifie toutefois pas seulement les flux logistiques. Elle implique également une évolution des pratiques pour les professionnels.
La préparation des échantillons reste conforme aux pratiques habituelles. Les équipes peuvent embarquer des prélèvements à température ambiante ou réfrigérée. « Le transport des échantillons congelés est également possible, mais il mobilise un tiers de la capacité du drone pour seulement quelques tubes », précise Hervé Bisiau. Pour ces échantillons, ainsi que pour les formats plus volumineux, une navette routière quotidienne a donc été maintenue. « L’objectif est de combiner les différents modes de transport en fonction des caractéristiques et des besoins de chaque type d’échantillon », résume le biologiste. Cette nouvelle organisation ne modifie toutefois pas seulement les flux logistiques. Elle implique également une évolution des pratiques pour les professionnels.
Nouvelles pratiques et sobriété énergétique
© AirShab
Comme toute innovation logistique, le projet suppose un investissement initial. Les infrastructures, les autorisations et les aménagements nécessaires représentent un coût supplémentaire au démarrage. Mais les équipes ont également travaillé sur la trajectoire économique du dispositif. « Selon nos simulations, les courbes de coûts entre transport routier et transport par drone se rejoignent au bout de deux ans et demi à trois ans d’exploitation », précise Pierre Houssin. La hausse des coûts du carburant renforce encore l’intérêt de cette alternative. Sur le plan environnemental, le bilan est tout aussi significatif : jusqu’à 95 % d’émissions de CO₂ en moins par rapport à un véhicule thermique. À l’échelle du déploiement cible, les équipes estiment que le projet pourrait permettre d’éviter environ 120 tonnes de CO₂ par an.
Une expérimentation qui essaime
Le projet est ainsi passé du statut d’expérimentation à celui de retour d’expérience. « Chaque établissement doit évaluer la pertinence du modèle au regard de ses distances, de ses volumes, de ses besoins et de ses contraintes logistiques. La clé de ce type de projet, c’est de ne pas vouloir aller trop vite », rappelle Pierre Houssin. À Valenciennes, quatre années auront été nécessaires pour passer de l’idée aux vols réguliers. Une progression faite d’essais, de validations et d’ajustements, qui a permis au projet de gagner en crédibilité pour quitter progressivement le terrain de l’expérimentation et entrer pleinement dans celui de la logistique hospitalière.
> Article paru dans Hospitalia #74, édition de septembre 2026, à lire ici
