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Le CHU de Guyane prend forme et engage la DSIN dans de nouveaux défis


Rédigé par Aurélie Pasquelin le Mercredi 15 Avril 2026 à 16:54 | Lu 70 fois


La création du CHU de Guyane marque une étape historique pour l’organisation sanitaire de ce territoire ultramarin, avec le regroupement de trois hôpitaux et d’un vaste réseau de sites de proximité. Denis Jeannelle, directeur territorial des systèmes d’information depuis novembre 2025, pilote la convergence des systèmes d’information, le déploiement des infrastructures numériques et la mise en place d’outils de télémédecine et de télésanté, afin de répondre aux contraintes géographiques et humaines propres à la Guyane. Rencontre.



En quoi la création du CHU constitue-t-elle un tournant pour votre DSIN ? 

Denis Jeannelle : L’impact est majeur. Passer de trois systèmes d’information [ceux des CH de Cayenne, de Kourou et Saint-Laurent-du-Maroni, NDLR] à un SI unique, dans un calendrier contraint, représente un chantier de très grande ampleur, tant pour la DSIN que pour les services métiers. Il s’agit concrètement de bâtir une DSIN territoriale du CHU à partir de trois directions aujourd’hui distinctes. Nous élaborons actuellement une feuille de route, qui sera présentée à l’ARS courant mars. Il est évident que tous les modules du SI hospitalier ne pourront pas être fusionnés en douze mois. Le socle prioritaire devra couvrir la gestion administrative du patient, les ressources humaines ainsi que la gestion économique et financière. Le défi central reste toutefois le DPI unique. Nous utilisons déjà la même solution logicielle sur les trois sites, mais avec des bases patients, des organisations et des paramétrages différents. Harmoniser ces éléments constituera sans doute l’un des chantiers les plus complexes de la création du CHU de Guyane. 

Une équipe spécifique sera-t-elle mise en place pour piloter la fusion des SI ? 

Elle est en cours de constitution. Un chef de projet dédié sera indispensable pour piloter la convergence, appuyé par une équipe resserrée. Mais, au-delà de cette structure, le chantier mobilisera l’ensemble des compétences des trois DSIN actuelles, ainsi que les métiers utilisateurs des solutions numériques. C’est un effort collectif de long terme, qui s’inscrira au-delà du 1er janvier 2027. 

La Guyane présente des contraintes territoriales très particulières. Comment influencent-elles l’organisation des équipes et la convergence des systèmes d’information ? 

Le CHU ne s’appuie pas uniquement sur trois hôpitaux distants les uns des autres, mais sur un maillage beaucoup plus large : 13 centres délocalisés de prévention et de soins (CDPS) et trois hôpitaux de proximité, parfois accessibles uniquement en pirogue ou en avion. La Guyane est le plus vaste département français, d’une superficie comparable à celle de la Nouvelle-Aquitaine, ce qui rend les déplacements longs et complexes. À ces contraintes géographiques s’ajoutent des réalités sanitaires et sociales spécifiques. À Saint-Laurent-du-Maroni, par exemple, près de la moitié des patients ne disposent pas d’INS, car une part importante de la population est étrangère ou transfrontalière. Cela complique considérablement la qualité des données, l’alimentation du DMP et, plus largement, le fonctionnement du système d’information. Dans ce contexte, le numérique devient un levier stratégique pour développer la télémédecine et la télé-expertise, afin de garantir un accès aux soins équitable aux soins malgré l’éloignement. 

Comment déployer la télémédecine sur des sites très isolés ? 

C’est aujourd’hui un vrai défi. Sur de nombreux sites situés à l’intérieur du territoire, l’accès à Internet est limité, voire inexistant. Pour y remédier, nous équipons certains centres de soins et hôpitaux de proximité avec des solutions satellitaires, car aucun réseau local ne permet d’assurer une couverture suffisante. La Guyane reste extrêmement hétérogène : certaines zones ne disposent pas de la 4G, rendant la télémédecine totalement dépendante de ces solutions alternatives. D’ici le premier semestre, nous prévoyons de finaliser deux projets structurants : la mise en place d’un réseau fédérateur à l’échelle du territoire, et la création d’un datacenter central labellisé HDS.  

Pouvez-vous nous en dire plus sur le projet d’entrepôt de données de santé (EDS) ?

Nous en sommes encore aux prémices. Les premières réunions de cadrage démarrent, et il faudra constituer une équipe dédiée, car la DSIN ne pourra pas porter seule un tel projet. Le défi est double : conduire la fusion des systèmes existants tout en répondant aux nouveaux besoins liés à la data, à l’IA, et à l’EDS, le tout sur un socle informatique parfois vieillissant. Il est difficile de se prononcer sur les délais. Les EDS constitués dans l’Hexagone ont mobilisé des équipes pluri-compétentes pendant plusieurs années. En Guyane, notre priorité est d’abord de consolider les fondamentaux avant de définir un calendrier précis, mais l’objectif est d’aboutir à un système robuste et pérenne, adapté aux spécificités du territoire et aux besoins des soignants comme des chercheurs. 

Vous travaillez également sur l’intégration de l’IA au CHU. Où en êtes-vous ? 

Nous avons commencé par recenser les besoins et les usages potentiels. Comme en métropole, l’IA peut apporter des bénéfices significatifs, pour l’expertise en imagerie, l’optimisation des flux ou sur d’autres cas d’usages éprouvés. La principale difficulté est ici humaine. La Guyane ne dispose pas du même vivier d’ingénieurs, de data scientists ou de spécialistes informatiques que la métropole. Recruter, fidéliser et stabiliser ces compétences est complexe. Or ces enjeux humains sont au moins aussi déterminants que les aspects technologiques pour réussir l’intégration de l’IA au sein du CHU. 

L’intégration de l’université dans le CHU a-t-elle des conséquences pour la DSIN ? 

Oui, très clairement. L’accueil d’internes et d’externes formés localement implique la mise en place d’outils et d’infrastructures adaptés : salles de formation, espaces de télémédecine, accès Internet fiable pour les travaux universitaires et modules de téléformation. Un autre défi propre à la Guyane réside dans le décalage horaire avec la métropole, qui réduit à une demi-journée les échanges en temps réel avec les formateurs, les partenaires, les éditeurs et les équipes techniques. Par ailleurs, une grande partie du matériel doit être importée de métropole, souvent par voie maritime, avec des délais pouvant atteindre deux à trois mois. Le marché local étant restreint, peu de fournisseurs disposent de stocks ou de bases opérationnelles sur place. Ces contraintes logistiques et techniques exigent une anticipation et une planification très fines pour accompagner à la fois la création du CHU et son volet universitaire. 

D’autres projets sont-ils en cours au CHU ? 

Oui, plusieurs. Nous travaillons, par exemple, sur le partage d’images médicales avec les Antilles et l’Hexagone via un PACS interrégional, indispensable pour les échanges d’avis et de diagnostics spécialisés. Le renouvellement du système d’information du laboratoire est également engagé, tout comme plusieurs projets de télé-expertise. L’essentiel de nos efforts porte aujourd’hui sur la consolidation des infrastructures, la fusion des systèmes d’information et la mise en place des fondations nécessaires à la création du CHU. Ces projets structurants sont indispensables pour garantir un SI performant, fiable et en mesure de soutenir l’hôpital et l’université. Ils posent les bases d’un CHU moderne et connecté, capable de répondre aux besoins des patients, d’accompagner la formation des internes et de renforcer la coopération avec les partenaires régionaux et métropolitains, tout en tenant compte des contraintes uniques du territoire.  

Le CHU de Guyane en construction 

La création du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Guyane, officialisée le 16 juin 2025, constitue une étape historique dans l’organisation sanitaire du territoire. Devenu le 33e CHU de France, l’établissement ambitionne de renforcer l’accès aux soins spécialisés, de réduire les évacuations sanitaires hors du territoire, et de développer localement la formation et la recherche médicales. Structuré en réseau autour de trois hôpitaux principaux – Cayenne, Kourou et Saint-Laurent-du-Maroni –, le CHU intègre également les nombreux centres de soins des communes isolées. Cette organisation multisite permet d’adapter l’offre de soins à un territoire vaste, dispersé et pour partie difficilement accessible.  

Le projet se décline en objectifs concrets : développement de spécialités clés (neurologie, cardiologie, cancérologie), renforcement des capacités en soins critiques, création de filières universitaires de santé et mise en place d’unités dédiées aux problématiques locales, notamment en santé tropicale. À terme, le CHU de Guyane ambitionne de s’imposer comme un pôle d’excellence régional, contribuant à réduire les inégalités d’accès aux soins et à favoriser l’ancrage durable des professionnels de santé sur le territoire.

> Article paru dans Hospitalia #72, édition de février 2026, à lire ici 




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