Dans quel contexte sont nés ces travaux de CNEH Prospective ?
Joseph Tedesco : CNEH Prospective est une initiative récente portée par notre président Frédéric Varnier. Cette initiative entend éclairer les grandes transformations du système de santé. Dans ce cadre, nous avons choisi de nous intéresser à un angle encore peu exploré : l’intelligence artificielle appliquée au métier infirmier. Le point de départ est un constat assez frappant : l’IA progresse rapidement dans le domaine médical, mais elle concerne encore peu les infirmiers, qui représentent pourtant près de 385 000 professionnels en établissement. Dans le même temps, une part significative de leur activité est absorbée par des tâches administratives – entre 30 et 50 % du temps selon les endroits. Cette situation crée un décalage avec le sens du métier, qui devrait être centré sur le soin, et soulève des enjeux majeurs d’attractivité et de fidélisation, dans un contexte où de nombreux infirmiers quittent l’hôpital public. Pour faire simple, les infirmiers ne choisissent pas ce métier pour faire de l’administratif !
Christophe Letourmy : Lorsque le CNEH nous a proposé d’accompagner cette étude, cela a immédiatement fait écho à nos propres constats. Les travaux de notre Lab Innovation sont très orientés vers les médecins, mais nous sommes pleinement conscients que les besoins sont tout aussi forts côté infirmiers. L’ensemble des soignants présente des risques importants de burn-out, notamment en raison d’une charge de travail particulièrement élevée. Leur proposer des innovations ciblées qui améliorent concrètement leurs conditions d’exercice est une nécessité.
Comment avez-vous procédé pour mener cette étude ?
Joseph Tedesco : Nous avons d’abord regardé ce qui se faisait à l’international, mais les initiatives restent limitées. Nous avons donc choisi d’aller sur le terrain, en France, pour rencontrer une cinquantaine de professionnels volontaires dans deux CHU, principalement à travers des échanges collectifs. L’objectif était de comprendre leur perception de l’IA et leurs attentes pour l’avenir de leur métier.
Quels enseignements sont ressortis de ces travaux ?
Joseph Tedesco : Le premier enseignement est positif : il existe un réel intérêt pour la modernisation du métier, le sujet ne fait pas peur. En revanche, la perception de l’IA reste encore partielle : pour 65 % des soignants, l’IA c’est l’IA générative, utilisée d’ailleurs de manière informelle dans les hôpitaux. En les invitant à se projeter au-delà des modèles de langage, nous avons identifié deux grandes attentes : une IA qui automatise des tâches, et une IA qui augmente le travail infirmier.
Pourriez-vous préciser ces deux dimensions ?
Joseph Tedesco : L’IA qui automatise vise avant tout à réduire la charge administrative. Les attentes sont particulièrement fortes autour du dossier patient informatisé, dont l’alimentation peut représenter entre 6 et 15 heures par semaine. Dès lors, des solutions comme la dictée vocale intelligente apparaissent très prometteuses. D’autres usages ont été évoqués : la génération automatique des transmissions, la production de synthèses ou encore un rappel automatisé des actions à réaliser.
Christophe Letourmy : Ces attentes rejoignent directement nos travaux, notamment sur l’IA au service des relèves inter-équipes. C’est un axe que nous avons identifié, car celles-ci restent peu outillées et très chronophages. Le chantier est complexe, mais un point essentiel ressort déjà : la technologie seule ne suffit pas. Les soignants veulent être accompagnés et conserver leurs repères. La transformation ne peut pas être seulement technologique, elle doit être aussi organisationnelle et humaine.
Et concernant l’IA qui augmente le travail infirmier ?
Joseph Tedesco : Ici, les attentes portent principalement sur des outils d’aide à la décision et d’anticipation. Par exemple, des systèmes capables de détecter une dégradation de l’état d’un patient ou de prévenir les interactions médicamenteuses. Des besoins plus ciblés ont également émergé, comme des chatbots – ou agents conversationnels – pour aider au choix des pansements, un domaine technique où certains utilisent déjà des outils d’IA générative, mais sans cadre sécurisé. D’où l’intérêt d’intégrer ces usages dans des solutions fiables, tout en les articulant avec les systèmes existants.
Comment ces travaux nourrissent-ils ceux du Lab Innovation de Softway Medical ?
Christophe Letourmy : Nous structurons notre approche autour de trois axes : alléger la charge de travail via l’automatisation, fournir rapidement des informations pertinentes pour aider à la décision, et réduire la charge mentale pour recentrer les soignants sur leur cœur de métier. Nous travaillons notamment sur la vocalisation, les outils mobiles et des approches d’IA agentique, capables de prendre en charge certaines tâches en toute autonomie. Le défi sera d’assurer l’acceptabilité de ces solutions, en construisant des systèmes fiables, souverains, éthiques, transparents et inspirants confiance.
Joseph Tedesco : La transparence est en effet essentielle pour construire la confiance : les professionnels que nous avons rencontrés veulent comprendre les outils qu’ils utilisent. Il faut aussi garder en tête que ce processus prend du temps. Une autre étude terrain conduite par le CNEH Prospective a montré qu’il fallait en moyenne 18 mois pour qu’un médecin intègre un outil IA en confiance.
L’IA en santé : promesse tenue ou chantier ouvert – et quelle est la réponse de Softway Medical ?
Joseph Tedesco : Une phrase résume bien l’esprit de l’étude : « l’informatique enferme, l’intelligence artificielle doit libérer ». Aujourd’hui, les outils sont souvent perçus comme lourds et contraignants. L’IA est attendue pour simplifier le quotidien et redonner du sens aux métiers. Elle soulève aussi la question de l’évolution des organisations et du rôle des infirmiers à moyen terme. C’est un chantier à ouvrir.
Christophe Letourmy : Reste un paradoxe. Certaines spécialités, comme la radiologie, ont massivement adopté l’IA, quand d’autres peinent encore. La clé tient à l’intégration. Une IA utile est une IA fluide, simple et discrète qui s’inscrit naturellement dans les usages. C’est cette conviction que nous défendons : apporter de la valeur sans complexifier davantage le quotidien des soignants. Elle sera au cœur de notre présence à SantExpo, avec la démonstration de nos innovations les plus récentes en matière d’IA agentiques, mais aussi en matière de data. Enfin, parce que nos solutions ont pour mission de rendre du temps de soin et d’améliorer la qualité de vie au travail des professionnels de santé, nous avons décidé de lier la venue des visiteurs sur notre stand à une action solidaire. Chaque minute passée avec nous sera convertie en don au profit de SPS, l’institut pour la santé des soignants, une association reconnue d’utilité publique.
> Plus d'informations sur le site de Softway Medical.
> Article paru dans Hospitalia #73, édition de mai 2026, à lire ici
Joseph Tedesco : CNEH Prospective est une initiative récente portée par notre président Frédéric Varnier. Cette initiative entend éclairer les grandes transformations du système de santé. Dans ce cadre, nous avons choisi de nous intéresser à un angle encore peu exploré : l’intelligence artificielle appliquée au métier infirmier. Le point de départ est un constat assez frappant : l’IA progresse rapidement dans le domaine médical, mais elle concerne encore peu les infirmiers, qui représentent pourtant près de 385 000 professionnels en établissement. Dans le même temps, une part significative de leur activité est absorbée par des tâches administratives – entre 30 et 50 % du temps selon les endroits. Cette situation crée un décalage avec le sens du métier, qui devrait être centré sur le soin, et soulève des enjeux majeurs d’attractivité et de fidélisation, dans un contexte où de nombreux infirmiers quittent l’hôpital public. Pour faire simple, les infirmiers ne choisissent pas ce métier pour faire de l’administratif !
Christophe Letourmy : Lorsque le CNEH nous a proposé d’accompagner cette étude, cela a immédiatement fait écho à nos propres constats. Les travaux de notre Lab Innovation sont très orientés vers les médecins, mais nous sommes pleinement conscients que les besoins sont tout aussi forts côté infirmiers. L’ensemble des soignants présente des risques importants de burn-out, notamment en raison d’une charge de travail particulièrement élevée. Leur proposer des innovations ciblées qui améliorent concrètement leurs conditions d’exercice est une nécessité.
Comment avez-vous procédé pour mener cette étude ?
Joseph Tedesco : Nous avons d’abord regardé ce qui se faisait à l’international, mais les initiatives restent limitées. Nous avons donc choisi d’aller sur le terrain, en France, pour rencontrer une cinquantaine de professionnels volontaires dans deux CHU, principalement à travers des échanges collectifs. L’objectif était de comprendre leur perception de l’IA et leurs attentes pour l’avenir de leur métier.
Quels enseignements sont ressortis de ces travaux ?
Joseph Tedesco : Le premier enseignement est positif : il existe un réel intérêt pour la modernisation du métier, le sujet ne fait pas peur. En revanche, la perception de l’IA reste encore partielle : pour 65 % des soignants, l’IA c’est l’IA générative, utilisée d’ailleurs de manière informelle dans les hôpitaux. En les invitant à se projeter au-delà des modèles de langage, nous avons identifié deux grandes attentes : une IA qui automatise des tâches, et une IA qui augmente le travail infirmier.
Pourriez-vous préciser ces deux dimensions ?
Joseph Tedesco : L’IA qui automatise vise avant tout à réduire la charge administrative. Les attentes sont particulièrement fortes autour du dossier patient informatisé, dont l’alimentation peut représenter entre 6 et 15 heures par semaine. Dès lors, des solutions comme la dictée vocale intelligente apparaissent très prometteuses. D’autres usages ont été évoqués : la génération automatique des transmissions, la production de synthèses ou encore un rappel automatisé des actions à réaliser.
Christophe Letourmy : Ces attentes rejoignent directement nos travaux, notamment sur l’IA au service des relèves inter-équipes. C’est un axe que nous avons identifié, car celles-ci restent peu outillées et très chronophages. Le chantier est complexe, mais un point essentiel ressort déjà : la technologie seule ne suffit pas. Les soignants veulent être accompagnés et conserver leurs repères. La transformation ne peut pas être seulement technologique, elle doit être aussi organisationnelle et humaine.
Et concernant l’IA qui augmente le travail infirmier ?
Joseph Tedesco : Ici, les attentes portent principalement sur des outils d’aide à la décision et d’anticipation. Par exemple, des systèmes capables de détecter une dégradation de l’état d’un patient ou de prévenir les interactions médicamenteuses. Des besoins plus ciblés ont également émergé, comme des chatbots – ou agents conversationnels – pour aider au choix des pansements, un domaine technique où certains utilisent déjà des outils d’IA générative, mais sans cadre sécurisé. D’où l’intérêt d’intégrer ces usages dans des solutions fiables, tout en les articulant avec les systèmes existants.
Comment ces travaux nourrissent-ils ceux du Lab Innovation de Softway Medical ?
Christophe Letourmy : Nous structurons notre approche autour de trois axes : alléger la charge de travail via l’automatisation, fournir rapidement des informations pertinentes pour aider à la décision, et réduire la charge mentale pour recentrer les soignants sur leur cœur de métier. Nous travaillons notamment sur la vocalisation, les outils mobiles et des approches d’IA agentique, capables de prendre en charge certaines tâches en toute autonomie. Le défi sera d’assurer l’acceptabilité de ces solutions, en construisant des systèmes fiables, souverains, éthiques, transparents et inspirants confiance.
Joseph Tedesco : La transparence est en effet essentielle pour construire la confiance : les professionnels que nous avons rencontrés veulent comprendre les outils qu’ils utilisent. Il faut aussi garder en tête que ce processus prend du temps. Une autre étude terrain conduite par le CNEH Prospective a montré qu’il fallait en moyenne 18 mois pour qu’un médecin intègre un outil IA en confiance.
L’IA en santé : promesse tenue ou chantier ouvert – et quelle est la réponse de Softway Medical ?
Joseph Tedesco : Une phrase résume bien l’esprit de l’étude : « l’informatique enferme, l’intelligence artificielle doit libérer ». Aujourd’hui, les outils sont souvent perçus comme lourds et contraignants. L’IA est attendue pour simplifier le quotidien et redonner du sens aux métiers. Elle soulève aussi la question de l’évolution des organisations et du rôle des infirmiers à moyen terme. C’est un chantier à ouvrir.
Christophe Letourmy : Reste un paradoxe. Certaines spécialités, comme la radiologie, ont massivement adopté l’IA, quand d’autres peinent encore. La clé tient à l’intégration. Une IA utile est une IA fluide, simple et discrète qui s’inscrit naturellement dans les usages. C’est cette conviction que nous défendons : apporter de la valeur sans complexifier davantage le quotidien des soignants. Elle sera au cœur de notre présence à SantExpo, avec la démonstration de nos innovations les plus récentes en matière d’IA agentiques, mais aussi en matière de data. Enfin, parce que nos solutions ont pour mission de rendre du temps de soin et d’améliorer la qualité de vie au travail des professionnels de santé, nous avons décidé de lier la venue des visiteurs sur notre stand à une action solidaire. Chaque minute passée avec nous sera convertie en don au profit de SPS, l’institut pour la santé des soignants, une association reconnue d’utilité publique.
> Plus d'informations sur le site de Softway Medical.
> Article paru dans Hospitalia #73, édition de mai 2026, à lire ici