© Hôpital Foch
Quand et comment l’IA a-t-elle pris place à l’hôpital Foch ?
Alexandre Drezet : La fin de l’année 2024 a marqué un tournant. C’est à ce moment que nous avons décidé de structurer une gouvernance dédiée à l’IA, pour devenir acteur et moteur de cette transformation. Cette organisation permet d’assurer une veille technologique, de prioriser nos projets et d’accompagner les équipes dans l’appropriation des outils. Elle joue également un rôle dans le choix des partenaires, en encadrant des phases d’expérimentation puis de validations rigoureuses, avant tout déploiement à plus grande échelle si les retours utilisateurs sont satisfaisants.
Plus concrètement, comment est organisée cette gouvernance ?
Elle s’appuie sur un « comité IA » pluridisciplinaire. Des médecins de différentes spécialités y siègent, aux côtés d’une représentation des équipes soignantes, notamment des cadres de santé, et les principales directions concernées, sous la présidence du directeur général. Le comité se réunit tous les deux à trois mois pour suivre l’avancement des projets, partager les retours d’expérience des équipes utilisatrices et évaluer les partenariats en cours ou en initier de nouveaux. Cette organisation nous a permis de conduire des projets d’IA innovants dans un cadre maîtrisé.
Dans quels services l’IA est-elle déjà utilisée ?
L’IA est aujourd’hui déployée dans différents services grâce à des médecins « early adopters », avec l’ambition de l’élargir progressivement à tous les services. Un exemple emblématique est celui du partenariat avec une société externe pour la génération automatique de comptes rendus médicaux, testée dans quelques services pilotes et appelée à s’étendre à tous les médecins concernés par l’activité de consultation. La méthode est simple : expérimenter et mesurer l’impact, puis diffuser par effet d’entraînement, même si certaines applications ont toutefois des usages plus ciblés, par exemple en imagerie médicale, où l’IA ne se concentre que sur le plateau médico-technique.
Qu’en est-il de la recherche ?
L’IA va transformer notre manière de faire de la recherche. Les outils génératifs facilitent et accélèrent les projets, tant en amont lors du montage du projet que lors de la restitution des résultats. Mais la transformation la plus structurante concerne l’exploitation des données. L’IA nous permet de traiter des volumes de données beaucoup plus importants, afin de mieux valoriser les données collectées dans le cadre du soin. À titre d’exemple, nous collaborons par exemple avec une entreprise spécialisée pour constituer des cohortes dynamiques à partir de comptes rendus médicaux. Dans ce cadre, nous sommes porteurs du projet « Cub Trajectory » consacré aux maladies bronchiques chroniques (BPCO, asthme) et porté par le service de pneumologie. Cette cohorte dénombre aujourd’hui plus d’un millier de patients inclus en moins d’un an et sans action manuelle de notre part.
Vous travaillez aussi sur des données de santé « artificielles ». De quoi s’agit-il ?
Ce projet consiste à mobiliser l’IA pour finaliser des études cliniques lorsque le nombre de patients inclus dans la cohorte n’est pas suffisant. Nous l’avons expérimenté à partir d’un essai initié pendant la période Covid et qui n’a pu être finalisé faute de patients potentiels à inclure. À partir des données réellement collectées, la technologie utilisée a généré des données « augmentées » permettant d’atteindre la puissance statistique nécessaire pour répondre à la question posée. Les premiers résultats obtenus sont très proches de ceux rapportés dans la littérature, ce qui conforte la robustesse de l’approche. Cette méthode est particulièrement intéressante pour les maladies à faibles effectifs comme les maladies rares, la pédiatrie ou certains cancers peu fréquents. L’enjeu est désormais d’obtenir sa reconnaissance réglementaire par les autorités de santé.
L’introduction de l’IA dans les services suscite-t-elle des réticences ?
Aucune opposition structurée n’a émergé, mais certains utilisateurs individuels ont pu manifester des interrogations légitimes, compte tenu du caractère sensible des données de santé. Cela étant dit, l’IA est globalement bien accueillie, car ses bénéfices sont tangibles et mesurables. Les outils de génération automatique de comptes rendus illustrent bien cette dynamique : ils allègent la charge médico-administrative des médecins en leur permettant de se recentrer sur l’échange avec leur patient. Beaucoup y voient une amélioration de la qualité de leur consultation et de leurs conditions d’exercice.
Comment intégrez-vous les exigences de l’AI Act européen ?
La conformité réglementaire est bien évidemment une priorité. L’AI Act établit notamment le principe fondamental de supervision humaine pour les usages en santé. Nous travaillons donc avec des experts externes pour mettre en place une plateforme de « garantie humaine » visant à assurer un développement et un déploiement éthique des solutions d’IA au sein de l’établissement. Ce travail mobilise des ressources internes : le DPO, la direction de la recherche et le comité d’éthique sont pleinement mobilisés pour garantir le respect du RGPD et de l’AI Act.
Vous envisagez aussi l’IA pour la performance énergétique, notamment via des « jumeaux numériques ». Où en est ce projet ?
Il s’agit d’un axe prometteur, toutefois encore en phase de structuration. Le principe des jumeaux numériques repose sur la modélisation virtuelle des infrastructures à partir des données de consommation, de flux et d’organisations. Ces modèles permettent ensuite de simuler des scénarios et d’anticiper leur impact, notamment énergétique – mais de nombreux secteurs hospitaliers sont potentiellement concernés. Nous avons aujourd’hui avec plusieurs discussions avec des partenaires potentiels pour transformer ces pistes en applications concrètes.
Pour conclure, comment imaginez-vous l’avenir de l’IA à l’hôpital Foch ?
Notre ambition est de rester moteurs et à la pointe de l’innovation, en testant et en validant continuellement de nouvelles solutions. L’hôpital s’est également donné la capacité de développer ses propres projets d’IA. Nous disposons désormais de ressources et de compétences internes qui nous permettent de porter des projets adaptés aux besoins de nos utilisateurs.
> Article paru dans Hospitalia #72, édition de février 2026, à lire ici
Alexandre Drezet : La fin de l’année 2024 a marqué un tournant. C’est à ce moment que nous avons décidé de structurer une gouvernance dédiée à l’IA, pour devenir acteur et moteur de cette transformation. Cette organisation permet d’assurer une veille technologique, de prioriser nos projets et d’accompagner les équipes dans l’appropriation des outils. Elle joue également un rôle dans le choix des partenaires, en encadrant des phases d’expérimentation puis de validations rigoureuses, avant tout déploiement à plus grande échelle si les retours utilisateurs sont satisfaisants.
Plus concrètement, comment est organisée cette gouvernance ?
Elle s’appuie sur un « comité IA » pluridisciplinaire. Des médecins de différentes spécialités y siègent, aux côtés d’une représentation des équipes soignantes, notamment des cadres de santé, et les principales directions concernées, sous la présidence du directeur général. Le comité se réunit tous les deux à trois mois pour suivre l’avancement des projets, partager les retours d’expérience des équipes utilisatrices et évaluer les partenariats en cours ou en initier de nouveaux. Cette organisation nous a permis de conduire des projets d’IA innovants dans un cadre maîtrisé.
Dans quels services l’IA est-elle déjà utilisée ?
L’IA est aujourd’hui déployée dans différents services grâce à des médecins « early adopters », avec l’ambition de l’élargir progressivement à tous les services. Un exemple emblématique est celui du partenariat avec une société externe pour la génération automatique de comptes rendus médicaux, testée dans quelques services pilotes et appelée à s’étendre à tous les médecins concernés par l’activité de consultation. La méthode est simple : expérimenter et mesurer l’impact, puis diffuser par effet d’entraînement, même si certaines applications ont toutefois des usages plus ciblés, par exemple en imagerie médicale, où l’IA ne se concentre que sur le plateau médico-technique.
Qu’en est-il de la recherche ?
L’IA va transformer notre manière de faire de la recherche. Les outils génératifs facilitent et accélèrent les projets, tant en amont lors du montage du projet que lors de la restitution des résultats. Mais la transformation la plus structurante concerne l’exploitation des données. L’IA nous permet de traiter des volumes de données beaucoup plus importants, afin de mieux valoriser les données collectées dans le cadre du soin. À titre d’exemple, nous collaborons par exemple avec une entreprise spécialisée pour constituer des cohortes dynamiques à partir de comptes rendus médicaux. Dans ce cadre, nous sommes porteurs du projet « Cub Trajectory » consacré aux maladies bronchiques chroniques (BPCO, asthme) et porté par le service de pneumologie. Cette cohorte dénombre aujourd’hui plus d’un millier de patients inclus en moins d’un an et sans action manuelle de notre part.
Vous travaillez aussi sur des données de santé « artificielles ». De quoi s’agit-il ?
Ce projet consiste à mobiliser l’IA pour finaliser des études cliniques lorsque le nombre de patients inclus dans la cohorte n’est pas suffisant. Nous l’avons expérimenté à partir d’un essai initié pendant la période Covid et qui n’a pu être finalisé faute de patients potentiels à inclure. À partir des données réellement collectées, la technologie utilisée a généré des données « augmentées » permettant d’atteindre la puissance statistique nécessaire pour répondre à la question posée. Les premiers résultats obtenus sont très proches de ceux rapportés dans la littérature, ce qui conforte la robustesse de l’approche. Cette méthode est particulièrement intéressante pour les maladies à faibles effectifs comme les maladies rares, la pédiatrie ou certains cancers peu fréquents. L’enjeu est désormais d’obtenir sa reconnaissance réglementaire par les autorités de santé.
L’introduction de l’IA dans les services suscite-t-elle des réticences ?
Aucune opposition structurée n’a émergé, mais certains utilisateurs individuels ont pu manifester des interrogations légitimes, compte tenu du caractère sensible des données de santé. Cela étant dit, l’IA est globalement bien accueillie, car ses bénéfices sont tangibles et mesurables. Les outils de génération automatique de comptes rendus illustrent bien cette dynamique : ils allègent la charge médico-administrative des médecins en leur permettant de se recentrer sur l’échange avec leur patient. Beaucoup y voient une amélioration de la qualité de leur consultation et de leurs conditions d’exercice.
Comment intégrez-vous les exigences de l’AI Act européen ?
La conformité réglementaire est bien évidemment une priorité. L’AI Act établit notamment le principe fondamental de supervision humaine pour les usages en santé. Nous travaillons donc avec des experts externes pour mettre en place une plateforme de « garantie humaine » visant à assurer un développement et un déploiement éthique des solutions d’IA au sein de l’établissement. Ce travail mobilise des ressources internes : le DPO, la direction de la recherche et le comité d’éthique sont pleinement mobilisés pour garantir le respect du RGPD et de l’AI Act.
Vous envisagez aussi l’IA pour la performance énergétique, notamment via des « jumeaux numériques ». Où en est ce projet ?
Il s’agit d’un axe prometteur, toutefois encore en phase de structuration. Le principe des jumeaux numériques repose sur la modélisation virtuelle des infrastructures à partir des données de consommation, de flux et d’organisations. Ces modèles permettent ensuite de simuler des scénarios et d’anticiper leur impact, notamment énergétique – mais de nombreux secteurs hospitaliers sont potentiellement concernés. Nous avons aujourd’hui avec plusieurs discussions avec des partenaires potentiels pour transformer ces pistes en applications concrètes.
Pour conclure, comment imaginez-vous l’avenir de l’IA à l’hôpital Foch ?
Notre ambition est de rester moteurs et à la pointe de l’innovation, en testant et en validant continuellement de nouvelles solutions. L’hôpital s’est également donné la capacité de développer ses propres projets d’IA. Nous disposons désormais de ressources et de compétences internes qui nous permettent de porter des projets adaptés aux besoins de nos utilisateurs.
> Article paru dans Hospitalia #72, édition de février 2026, à lire ici