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Près de 6 médecins sur 10 conscients que leurs préjugés peuvent influencer leur diagnostic

Rédigé par Rédaction le Mercredi 23 Novembre 2016 à 10:22 | Lu 109 fois


Refuser des soins dentaires à des patients séropositifs ? C’est le cas d’un dentiste sur 3 selon un testing réalisé en 2015. Exercer la médecine sous l’influence de préjugés, on en parle peu mais c’est pourtant un fait. What’s up Doc, le magazine des jeunes médecins propose dans son nouveau numéro un voyage introspectif dans la fabrique des préjugés pour comprendre comment ils influencent les médecins et comment ils tentent de s’en prémunir.


Médecins préjugés coupables

Près de 6 médecins sur 10 conscients que leurs préjugés peuvent influencer leur diagnostic
« Les médecins que nous sommes doivent en permanence lutter contre leurs idées préconçues. Sur les personnes obèses, les très sales, les voilées, les métrosexuels, les personnes âgées, les 'tox', les 'psy'... La liste est longue tant les stéréotypes sont nombreux, chacun faisant plus ou moins écho en nous » explique le Dr Alice Deschenau, rédactrice en chef du magazine et psychiatre.

Cette question des préjugés des médecins est beaucoup plus étudiée aux États-Unis qu‘en France. Dans un article de 2013 (1), Chapman et al. recensaient des études montrant qu’aux urgences, pour des cas similaires, des patients noirs ou hispaniques reçoivent significativement moins d’antalgiques que des patients blancs.

C’est un fait, comme toute personne, les médecins ont une tendance naturelle, favorisée par la manière dont se déroulent leurs études, à organiser leur réflexion sous forme de tiroirs, explique le Pr Olivier Bouchaud, chef de service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Avicenne de Bobigny, spécialiste d’ethnomédecine et expert sur la question de l’altérité : « On ouvre le tiroir, et on y trouve des choses bien standardisées, bien cadrées, qu’elles soient pertinentes ou non. Par exemple, en ouvrant le tiroir ‘toxicomane’, on va avoir tendance à étiqueter notre patient dans la catégorie de ceux qui ne viennent pas à l’heure, qui sont non-observants... bref, de ceux qui risquent d’être casse-pieds». Les patients alcooliques ou toxicomanes sont effectivement ceux jugés les plus exposés aux préjugés, selon 78% des médecins interrogés par What’s up Doc (2).

Autre exemple cité par le Pr Bouchaud : les migrants, qui entrent dans la case de ceux qui ont du mal à s’exprimer, qui comprennent mal le français. « On a facilement tendance à utiliser avec eux un langage simplifié, voire à ne pas donner beaucoup d’explications. Il ne s’agit pas de xénophobie, bien au contraire, l’idée est plutôt de bien faire. Je me laisse prendre moi-même à ces attitudes, alors que c’est une question que j’ai étudiée et que je connais. » 

Pourquoi ces préjugés ?

Les préjugés se construisent en grande partie au cours des études car  l’apprentissage utilise des prototypes, des cas cliniques avec des « patients types ». «Mais s’il s’en tient aux prototypes ou stéréotypes, le praticien risque de passer à coté du bon diagnostic explique le Pr Bouchaud. Pour y remédier, il faut que les médecins intègrent l’idée qu’ils n’ont pas une maladie devant eux, mais une personne avec toute sa complexité ». C’est compliqué et cela nécessite beaucoup d’expérience, car la méthodologie des tiroirs s’applique alors moins facilement.

À cela s’ajoutent les affects personnels : « La formation des médecins est rationnelle mais ce sont nos émotions, nos croyances qui déterminent l'adoption de comportements de santé, explique Catherine Tourette-Turgis, fondatrice de l’Université des patients. Les médecins porteurs de préjugés ont parfois été fragilisés ou confrontés à des situations traumatisantes sans bénéficier d'aucune aide. Le fait d'être seul dans ce métier, même si l’on exerce dans une institution avec des collègues, a un effet de repli. C'est la confrontation à d'autres points de vue qui peut réduire les préjugés ». 

Que faire pour y remédier ?

90% des médecins interrogés par What’s up Doc admettent qu’il faut lutter contre l’influence des préjugés en médecine. Comment ?

La formation initiale est plébiscitée par 59% des personnes sondées. A Paris 6, le Dr Christine Poitou-Bernet, MCU-PH en endocrino à la Pitié-Salpêtrière, a fondé il y a deux ans des focus groups pour lutter contre les préjugés. Au programme : obésité, addictions, handicap et troubles psy. Une dizaine d’externes échangent leurs impressions et expériences avec des patients souvent stigmatisés. Ainsi, la connaissance et la bienveillance permettent d’aller à l’encontre de leurs préjugés. 

Pour la grande majorité des médecins sondés, c’est le travail d'équipe et les staffs pluridisciplinaires qui sont les meilleurs moyens pour lutter contre l'influence des préjugés (71% des répondants)Dans un rapport médecin-patient compliqué, « l’écoute des confrères, de leur curiosité, relance l’intérêt du praticien rapporteur du cas pour son patient » explique Françoise Auger, ancienne présidente de la société médicale Balint.  

Une autre manière d’avoir une vision de l’intérieur est de lire des témoignages sur les réseaux sociaux, véritable fenêtre ouverte sur le vécu des patients selon Baptiste Beaulieu, médecin généraliste et écrivain. 

«
Formation et échanges entre professionnels et avec les patients semblent les clés pour ne pas se laisser déborder par nos préjugés, explique le Dr Matthieu Durand, directeur de la rédaction de What’s up Doc. A chacun de trouver sa formule pour écouter, examiner, conseiller ou soigner avec la même conscience tous ses patients » . 

(1) Chapman et al., Physicians and Implicit Bias: How Doctors May Unwittingly Perpetuate Health Care Disparities, J Gen Intern Med 28(11):1504–10 
(2) Sondage réalisé par What’s up Doc du 10 au 16 octobre 2016 auprès de 205 répondants, médecins, internes et étudiants en médecine




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